
Être antifasciste aujourd’hui n’est ni un slogan, ni une posture militante réservée à quelques-un.e.s: c’est une nécessité démocratique face au processus de fascisation que connaissent nos sociétés, alimenté par des politiques antisociales, sécuritaires et autoritaires. Il devient urgent de rappeler que l’antifascisme concerne toutes et tous. Dans un contexte où les attaques austéritaires se multiplient, où la peur est instrumentalisée pour gouverner et où la contestation est criminalisée, affirmer l’antifascisme, c’est refuser la résignation et réaffirmer un horizon politique fondé sur l’égalité, la solidarité et la démocratie réelle.
Processus de fascisation en marge.
Nous ne vivons pas (encore) dans un régime fasciste mais les signes avant-coureurs s’accumulent. Il faut acter que nous rentrons désormais dans une période de fascisation. Le fascisme ne surgit jamais : d’un coup : il s’installe lentement, par une succession de petites lois, de perquisitions, de renoncements et de complicités. Il avance à bas bruit à mesure de la démocratie est affaiblie de l’intérieur. Pas de coup d’Etat, pas de rupture spectaculaire : juste un glissement vers un Etat où le pouvoir se concentre, où la peur remplace le débat et où tout mécanisme un tant soit peu démocratique est vidé de sa substance. C’est à ce processus de fascisation que contribue la coalition Arizona.
En moins d’un an, ce gouvernement d’union des droites dirigée par les nationalistes flamands (un parti d’extrême droite siégeant à l’Union européenne aux côtés de partis d’inspiration fascistes tels Fratelli d’Italia) et les « libéraux » francophones non seulement s’attèle à détricoter les conquêtes sociales, poursuivre le démantèlement des services publics et la répression des personnes migrantes, précarisant ainsi davantage de pans entiers de la population; mais aussi multiplie les dispositifs répressifs afin d’étouffer la contestation que leur politique provoque.
Ce double mouvement – austéritaire- et sécuritaire – n’est pas qu’idéologique : il est aussi stratégique. Dès lors que l’on casse les mécanismes de solidarité et que l’on nie a une partie de la population la possibilité de se loger, de se nourrir, de se soigner ou de donner un avenir à ses enfants, on ne peut s’attendre qu’à de la résignation. La colère et la résistance finissent toujours par s’exprimer et elles sont à la mesure de la violence sociale subie. Le gouvernement le sait parfaitement. C’est pourquoi, parallèlement à ses mesures antisociales, il construit ses outils de répression afin de pouvoir gouverner seul, sans contrepoids, en isolant celles et ceux qui s’opposent. Le tournant n’est pas seulement sécuritaire : il est autoritaire au sens où le gouvernement s’impose comme la seule source de légitimité démocratique, les autres voix devant être écrasées car l’objectif de cette répression n’est pas la sécurité publique mais la peur, la peur d’oser se mobiliser, la peur d’exiger une vie digne pour toutes et tous, la peur de résister
Or, c’est sous couvert de « sécurité » que le gouvernement Arizona renforce la police, la surveillance et la criminalisation de la contestation. La répression violente de la manifestation du 14 octobre dernier, dans la continuité de celle des mobilisations pour la Palestine, en est une démonstration : garantir l’ordre devient le prétexte pour contrôler la population et restreindre les libertés. Je 9 février, une autre étape dans la répression de la contestation a été franchie : des militants antifascistes ont été perquisitionnés et arrêtés à Liège pour leur participation à une mobilisation contre la venue de Georges Louis Bouchez et du Centre d’étude du Mouvement réformateur à l’Université de Liège le 18 septembre 2025. Le projet de loi permettant les visites domiciliaires, sans autorisation judiciaire, afin de rafler et de déporter des personnes migrantes, et une autre déclinaison de cette accélération sécuritaire qui témoigne également d’une escalade du racisme d’État.
A suivre
Publié dans la revue Le Vif à l’initiative de la Coordination Antifasciste de Belgique (CAB).