
Avec beaucoup de recul, je dois reconnaître que l’année que j’ai appréciée le plus pour enseigner était la 5e année primaire. Les matières qui sont enseignées durant cette année constituent la base de l’enseignement futur.
Pour vous expliquer ma conception, une petite description est nécessaire. Lorsque je demandais à un élève de venir travailler au tableau, il devait tout d’abord monter une marche, l’estrade. Ensuite, il se hissait sur un banc pour écrire sur le tableau. Celui-ci constitué d’une pierre noire luisante occupait toute la largeur de la classe.
Avant d’occuper le banc, l’élève fermait une tenture glissant sur un gros fil de fer tendu d’un mur à l’autre. Après avoir lu une première fois très distinctement le texte, je le dictais. La dictée terminée, l’élève ouvrait le rideau. Les écoliers déposaient leur bic et à ma demande et relisaient le texte écrit sur le tableau pour corriger les éventuelles fautes d’orthographe qu’ils pensaient repérer. La correction rappelait les différentes règles orthographiques ou grammaticales. Cet exercice terminé, chacun corrigeait sa propre dictée, soulignait ses propres fautes puis recopiaient le texte corrigé.
Au travers de cet exercice, ce que je trouvais de plus important était le travail de la mémoire. Lorsque je parle de mémoire il ne faut pas penser que j’étais un enseignant demandant à ses élèves de tout étudier par cœur. Pour moi, la mémoire est diverse et nécessite une explication. La mémoire est d’abord dans l’oreille, c’est l’expression orale correcte de l’instituteur. La mémoire est visuelle, c’est le cas de l’écriture au tableau. La mémoire est aussi auditive d’où la nécessité de recourir aux différentes formes de lecture. Enfin, la mémoire est manuelle, l’écriture est dans la main, dans la copie.
Certains trouveront sans doute cette façon de travailler très archaïque. Personnellement, depuis lors je ne me suis jamais demandé comment mes jeunes collègues d’aujourd’hui enseignent ces matières. J’entends comme vous les critiques. Je me rappelle un regretté camarade, excellent professeur de français qui me montra un texte écrit par l’une de ses élèves en rhétorique et me demanda ce que j’en pensais…
Le vieil instituteur a quitté l’enseignement en 1988. Nous étions à une époque où nous servions des livres scolaires. J’ai utilisé énormément les livres d’orthographe et de conjugaison de la marque Bled. Je demandais toujours à mes élèves te recopier l’exercice entièrement sur leur cahier de brouillon.
La mémoire c’est donc la compréhension de l’écrit, de l’indispensable travail de la lecture que ce soit la réponse à des questions concernant un texte donné à lire ou la compréhension d’un exercice de mathématiques lors de la lecture et la compréhension de l’énoncé d’un problème de mathématiques à résoudre.
Je pourrais m’étendre plus longuement sur ma conception de l’enseignement. Je crois que les jeunes doivent faire preuve aujourd’hui de beaucoup de courage pour partager leur savoir.
Robert Tangre