
Au sortir de l’Ecole normale, en plus de notre diplôme, nous avons reçu un livre – Oh ! combien intéressant ! -, de beau format, préservé par une couverture entoilée : un plan d’études. Ce livre imprimé récemment était mis à la portée de tous les instituteurs en 1958. Il remplaçait celui qui l’avait précédé en 1936.
Notre carrière future d’enseignant était résumée dans ce livre. Il faisait le bilan de toutes les matières que nous devions enseigner de la première année primaire à la sixième. Il résumait toutes les matières que nous devions transmettre à nos élèves branche par branche, année par année. Quand nous avions le moindre doute, nous y avions automatiquement recours.
Si pour nous, il nous confortait dans le travail que nous avions à accomplir pour nos élèves, il était pour eux un garant. Un enfant pouvait changer d’établissement scolaire en cours d’année pour une raison comme un déménagement familial, il était assuré qu’en principe, il recevrait l’enseignement destiné pour les enfants de son âge.
Début des années 70, ce plan d’études fut remplacé par un ou plusieurs fascicules qui étaient moins stricts. On ne ressentait plus l’obligation d’enseigner une matière bien définie. La présentation était moins dirigiste. Personnellement, je ne me suis jamais référé à ces nouveaux fascicules. Jusqu’à la dernière année où je professai comme instituteur, j’eus toujours recours à mon plan d’études.
Durant ma carrière, je me souviens d’une conférence pédagogique organisée par un inspecteur cantonal dans la classe d’un enseignant courcellois pour des enfants de 2e année primaire. Le sujet qu’il souhaitait développer était la racine carrée pour des enfants de cet âge. En réalité, ce qui était important pour eux était la connaissance des cent premiers nombres et le sens des quatre opérations fondamentales.
La démonstration faite ne recueillit pas l’adhésion de la grande majorité de mes collègues. Durant son exposé, à un certain moment, passant du coq à l’âne, cet inspecteur affirma que nous ne devions pas nous faire trop de soucis à propos de l’orthographe de nos enfants. Il termina sa remarque en justifiant son propos en disant « Ils auront le téléphone ».
Continuant son propos, ce « pédagogue » nous présenta un livre qu’il venait de réaliser pour l’étude de l’orthographe. Pour un sujet donné, certains mots étaient terminés par un carré dans lequel les enfants devaient ajouter un S ou un X. Il en était de même pour des exercices de conjugaison.
C’était le début d’une forme de facilité. J’y reviendrai plus tard lorsque j’exposerai la conception qui fut mienne au niveau de l’étude du français et des mathématiques.
En 1988 ou 1987, j’ai accueilli dans ma classe une stagiaire qui venait effectuer son apprentissage dans ma classe pendant une quinzaine de jours. J’ai été particulièrement surpris par le manque de connaissances de cette personne à propos des matières qu’elle devait enseigner dans une classe de 4e année primaire.
Aujourd’hui je suis très loin de l’enseignement mais je constate que l’enseignement de l’orthographe est une matière qui laisse à désirer. En ce moment, les enseignants manifestent contre les mesures que les pouvoirs politiques veulent leur imposer. Je ressens le mal à l’aise de ces femmes et hommes qui ne sont pas compris et qui ne partagent pas les impositions des autorités administratives et politiques.
Robert Tangre