Carte blanche : nous sommes toutes et tous antifascistes (suite).

Car les processus de cotisation se nourrissent toujours de la mise au ban de personnes jugées ennemies externes à la nation : hier, le juif; aujourd’hui, l’étranger, le musulman. Mais ils requièrent aussi la désignation de figures internes à abattre car elles menacent la prospérité de la communauté nationale : l’assisté. C’est ainsi que les politiques d’austérité visent : systématiquement les plus vulnérables allocations de chômage limitées à 2 ans, chasse aux malades, fin du plan grand froid, coupes dans la protection sociale au profit d’exonérations patronales massives. Et pendant que la population s’appauvrit : les budgets militaires explosent 34 milliards d’euros pour atteindre les 2 % du PIB exigés par l’OTAN. L’économie se militarise, l’industrie de l’armement prospère, le déploiement de dispositifs de surveillance et d’armement se généralise. Et le discours nationaliste s’impose comme une évidence.

Enfin, les contre-pouvoirs essentiels à une démocratie digne de ce nom sont méthodiquement affaiblis afin de permettre au gouvernement d’avancer sans entrave. Cela fait un petit temps que le gouvernement piétine les décisions de justice mais avec l’avant-projet de loi Quintin qui permettrait dans sa première version à l’exécutif de dissoudre des associations jugées trop « extrêmes » ou « radicales », il prépare la possibilité de se passer totalement du juge pour s’attaquer à l’opposition tout en permettant ensuite la poursuite pénale des individus participant aux activités dissoutes. La réduction des financements aux associations (éducation permanente, organisations de jeunesse, socio-culturel) s’inscrit dans cette même logique : réduire les espaces d’autonomie et de critiques. Les prochaines cibles, ce pourrait être les syndicats dont la légitimité est déjà quotidiennement attaquée ou encore les mutualités et les associations e les accusant de « sortir de leur objet » ou « de dévoyer leurs missions » dès lors qu’elles contestent une mesure gouvernementale. Dans quel type de régime le gouvernement définit-il ce que les corps intermédiaires ont le droit de faire ? Parallèlement, la concertation sociale devient une coquille vide, la presse subit des pressions et la rue est muselée. Mais le plus grand danger pour la démocratie, l’ennemi intérieur du moment – tant nécessaire au fascisme pour se mettre en place – ce serait, entre autres les antifascistes.

Les laboratoires de la répression

Quand Georges Louis Bouchez appelle à « dissoudre la structure Antifa », c’est la musique de l’extrême droite qu’il reprend. Rappelons-nous la proposition du Vlaams Belang en 2024 ou, plus récemment, le décret signé par Donald Trump visant à classer les antifas comme organisations terroristes. Faute de pouvoir « « dissoudre les antifa, ce sont les moyens répressifs traditionnels qui sont utilisés de manière démesurée : des perquisitions, arrestations et comparutions immédiates de jeunes pour quelques pommes pourries lors d’une manifestation protestant contre la politique impulsée par les libéraux.

C’est dans ce contexte très précis et afin d’améliorer l’arsenal pour faire taire la contestation que se profile l’attaque sur la liberté d’association que constitue l’avant-projet de loi Quintin, jugé contraire aux droits fondamentaux par l’Institut Fédéral des Droits de l’Homme, sévèrement critiqué par le Conseil d’État et dénoncé par la coalition Droit de protester dans sa carte dans sa carte blanche et le collectif DefendDissent dans sa pétition. Aujourd’hui, ce sont Samidoun et Stop Armin Israël qui luttent contre le génocide en Palestine ainsi que le Code Rouge qui utilise la désobéissance civile pour la justice climatique qui sont dans le viseur. Mais si l’exécutif juge ces associations extrémistes alors qu’elles utilisent des modes de contestation acceptés en démocratie n’importe quel collectif qui conteste la politique du gouvernement peut être attaqué.

Publié dans la revue Le Vif à l’initiative de la Coordination Antifasciste de Belgique (CAB).

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