
30 juin 1962, l’école est finie. Devant moi s’ouvrent deux mois de grandes vacances qui seront consacrées à la recherche d’un emploi d’instituteur. Contrairement à de nombreux amis, je n’avais pas à espérer trouver un emploi à proximité du village. Je devais donc envoyer des courriers pour me présenter et demander des rendez-vous avec des autorités communales. Je le fis dans un cercle à partir du village de Vierves.
Les semaines vont s’écouler rapidement et malgré diverses aides qui me sont apportées, je n’obtins aucune réponse. Nous sommes maintenant arrivés à la fin du mois d’août. Il est presque temps de trouver une solution. Une connaissance de Vierves me conseille de demander un rendez-vous au député socialiste du coin habitants à Nismes, Marcel Grégoire. L’homme est un ancien instituteur qui avait professé dans l’école d’application de l’École normale. Cette personnalité connaît bien toutes les caractéristiques de la région. Je place donc tout espoir dans la rencontre que j’aurai avec lui
Le jour et à l’heure dite, je suis dans la petite maison de l’homme politique. D’entrée de jeu, il me dit : » J’ai peut-être une solution. Mon beau-fils est instituteur dans une commune proche de Charleroi, à Courcelles plus précisément. Il va revenir dans sa région natale car il a obtenu un emploi à Philippeville et je vais lui téléphoner de suite. » Le député forme le numéro de téléphone de son beau-fils qui lui répond : « Je vais donner ma démission demain à Courcelles. Si monsieur est disponible, je lui donne donc rendez-vous à Philippeville dès 10 heures. »
Le lendemain, nous arrivons à l’hôtel de ville de la commune de Courcelles. Nous montons à l’étage dans le bureau du secrétariat où par le plus grand des hasards, nous rencontrons le bourgmestre en titre, monsieur Robert Sampos. Il s’adresse à mon accompagnateur et lui dit : « Ecoutez, nous sommes à la veille de la rentrée des classes, nous sommes vendredi. Vous auriez pu vous y prendre plus tôt. Comment vais-je faire pour vous remplacer ? Mon accompagnateur, me désignant, répond : « Je vous ai amené un remplaçant. » Le bourgmestre s’adresse immédiatement à l’employée communale et lui dit prenez : « Prenez les coordonnées de Monsieur. » Pour un coup de chance, c’est un vrai coup de chance c’est vraiment sur le cordeau. »
Les démarches accomplies, nous reprenons la voiture et nous nous arrêtons à la rue Jules Destrée (aujourd’hui Trieu des agneaux) et nous rendons visite à mon futur chef d’école Monsieur Capron. Tout se passe dans la plus grande cordialité et j’en sors, soulagé.
Je n’avais pas pensé venir enseigner dans la région de Charleroi mais les circonstances m’y ont amené. Pourquoi la situation fut-elle ainsi ? Jeune, j’avais 19 ans et à l’époque, je ne connaissais rien aux réalités politiques. En effet, toutes les communes où j’avais envoyé mes coordonnées étaient dirigées par des majorités catholiques. Pour ces dernières, à l’époque, il n’y avait de bons instituteurs que ceux sortant des écoles dites libres. En conclusion, j’ignorais que des jeunes gens sortant d’une école officielle avaient peu de chance de trouver un emploi dans la partie rurale du Sud namurois. Il aurait fallu s’adresser à des communes administrées par une majorité socialiste ou libérale.
De retour à Vierves, je n’avais plus qu’une chose à faire : « Préparer mes affaires pour être présent le lundi 1 er septembre dès 8h30 à Courcelles. » J’avais réellement joué de chance.
Robert Tangre