
Le 8 mai de nouveau un jour de congé officiel.
Aux Pays-Bas, la Journée nationale de la Libération (Bevrijdingsdag), une institution à elle seule, a lieu le 5 mai – elle commémore la signature de la capitulation allemande aux Pays-Bas. En Belgique, à l’exception de la Fête de l’Iris qui est le jour de fête de la Région de Bruxelles-Capitale et qui tombe aussi le 8 mai, il n’existe pas de journée nationale de commémoration à cette date. Comment cela s’explique-t-il ?
Il est facile d’invoquer les différences dans les cultures mémorielles nationales. L’État néerlandais a utilisé la Seconde Guerre mondiale après 1945 pour renforcer l’unité nationale. En Belgique, c’est l’inverse qui s’est produit. L’État belge a décidé après 1945 de déléguer les commémorations à des acteurs privés et aux autorités locales. À l’échelle nationale, c’est surtout la mémoire de la Première Guerre mondiale qui est restée centrale. Cela n’était évidemment pas possible aux Pays-Bas, restés neutres pendant la Première Guerre mondiale.
S’en tenir à l’« ancienne » culture mémorielle de 1914–1918 a été une solution de facilité, mais cela n’a pas produit de culture du souvenir particulièrement forte. En effet, le patriotisme commémoratif lié à la Première Guerre mondiale avait déjà perdu beaucoup de sa vigueur, surtout en Flandre, où une commémoration alternative, le pèlerinage de l’Yser, avait émergé.
Le nouveau site national de mémoire, l’ancien camp de concentration de Breendonk, s’inscrit lui aussi dans une culture commémorative à tonalité essentiellement militaire. Contrairement aux Pays-Bas, l’héritage de la Résistance belge n’a pas non plus pu former la base d’un nouvel ordre moral.
Mais dans le même temps, il ne faut pas non plus chercher les causes trop loin. Une raison bien plus importante est tout simplement le fait que la plus grande partie de la Belgique a été libérée les 3 et 4 septembre 1944. Et les autorités locales, devenues après 1945 les principaux organisateurs des commémorations, ont surtout voulu célébrer leur propre libération. Les jours de libération en septembre (voire en octobre) ont donc d’emblée bénéficié d’un bien plus large soutien.
Le fait que le 8 mai soit malgré tout devenu un jour férié en Belgique après 1945 tient surtout à l’intégration du pays dans une culture mémorielle atlantique. Mais cela a toujours été un jour férié de second rang. Dans les années 1950 et 1960, les écoles et certains services publics étaient fermés le 8 mai. Mais il n’y eut jamais de festivités de grande ampleur.
Lorsqu’en 1974, le gouvernement Tindemans a décidé de supprimer le 8 mai comme jour férié pour des raisons budgétaires, il n’y a quasiment pas eu de réaction. En 1983, le gouvernement Martens a aboli le jour férié en toute discrétion.
Nico Wouters
Docteur en histoire et chef de la Direction opérationnelle 4 (CegeSoma), spécialiste de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale, de la justice transitionnelle et des politiques de mémoire.