Peloton d’exécution, électrocution, asphyxie par gaz… Quand la Justice américaine préconise la diversité des mises à mort

Alors que Donald Trump a pour volonté d’élargir l’application de la peine capitale pour les crimes fédéraux les plus graves, son administration souligne les difficultés d’approvisionnement des substances nécessaires à l’injection létale. Le ministère de la Justice recommande de recourir à des méthodes d’exécution… qui sont par ailleurs contestées par les Nations Unies.

C’est un pas de plus vers l’élargissement des condamnations à la peine de mort aux États-Unis souhaitée par le président Donald Trump. Le ministère de la Justice a publié ce 24 avril des recommandations visant à faciliter le recours à la peine capitale pour les crimes dits « fédéraux » les plus graves – comme le meurtre d’un membre du Congrès – en autorisant l’usage du peloton d’exécution, de l’électrocution et de l’asphyxie par gaz.

Ce rapport s’inscrit dans la volonté du locataire de la Maison-Blanche. Tout juste réélu, le 47e président des États-Unis avait signé, en janvier 2025, un décret ordonnant le recours à la peine capitale pour les atteintes les plus graves au pays, les meurtres de policiers et les crimes commis par des étrangers en situation d’irrégularité. De quoi marquer la rupture avec son prédécesseur, Joe Biden, auteur d’un moratoire – une suspension – des exécutions fédérales seulement quelques semaines auparavant. « Je commue les peines de 37 des 40 individus présents dans le couloir de la mort de la justice fédérale à des peines d’emprisonnement à vie sans possibilité de libération conditionnelle », avait-il annoncé dans un communiqué.

Champ des possibles

Depuis, les choses ont bien changé. Début février 2025, la ministre de la Justice Pam Bondi – remplacée début avril 2026 par Todd Blanche à cause, notamment, de sa mauvaise gestion de l’affaire Epstein – a publié un rapport intitulé « Réinstauration de la peine de mort fédérale et levée du moratoire sur les exécutions fédérales ». Le ministère de la Justice s’aligne à son tour, plus largement, sur la directive présidentielle. Mais alors, pourquoi élargir les méthodes d’exécution ? Pour utiliser une alternative à l’injection létale – majoritairement utilisée depuis les années 1970 – en cas de difficultés d’approvisionnement des substances nécessaires. La faute aux activistes opposés à la peine capitale, selon le rapport : « Ces dernières années, les militants opposés à la peine de mort ont mené une campagne publique contre les fournisseurs de produits utilisés pour l’injection létale (…) mettant ainsi en péril l’avenir de l’injection létale en tant que méthode d’exécution. Des membres du Congrès et certains médias ont facilité ces efforts en divulguant publiquement

Avant d’ajouter : « Face à ces difficultés, les États ont commencé à élargir l’éventail des modes d’exécution disponibles pour mettre en œuvre les condamnations à mort. » En effet, outre l’État fédéral, 27 États fédérés appliquent la peine de mort… et trois concentrent la majorité des exécutions : 60 % ont eu lieu au Texas, en Floride et en Caroline du Sud en 2025. Et par « éventail des modes d’exécution disponibles » il faut comprendre : le peloton d’exécution, l’électrocution et l’asphyxie par gaz. La première option, le peloton d’exécution, est ainsi autorisée dans cinq États, dont l’Idaho, l’Utah, et la Caroline du Sud. L’électrocution, prédominante jusqu’en 1972, est toujours d’actualité dans neuf territoires dont l’Alabama, la Floride et la Louisiane. Enfin, l’asphyxie par gaz, admise dans sept États, est la méthode la plus controversée. Mise à exécution pour la première fois en 1924, elle est tombée en désuétude dans la deuxième moitié du siècle à la suite du recours aux chambres à gaz au cours de la Seconde Guerre mondiale.

Inhalation d’azote

Pour autant, la mort par gaz n’a pas dit son dernier mot. Le pays y a eu recours de manière ponctuelle : d’abord en 1999, pour mettre fin aux jours de Walter LaGrand. D’origine allemande, il a été intoxiqué au cyanure d’hydrogène en Arizona pour avoir assassiné un directeur d’agence bancaire en 1982 au cours d’un vol à main armé.

Plus récemment, en 2024, la première mise à mort par hypoxie à l’azote a été exécutée sur Kenneth Eugene Smith en Alabama. Auteur du meurtre d’une femme en 1988, il avait réchappé à une injection létale en 2022. Ce procédé, également autorisé en Oklahoma et au Mississippi, a suscité l’indignation des Nations Unies : « L’on craint sérieusement que cette méthode nouvelle et non testée d’asphyxie par l’azote gazeux ne s’apparente à de la torture ou à un traitement cruel, inhumain ou dégradant », avait alors réagi l’organisation dans un communiqué.

Gérard VitelExtrait de Marianne

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