En l’an 1839, des loups et des renards vivaient paisiblement dans les bois et les campagnes de Marcinelle et Mont-sur-Marchienne. Certes, ces animaux étaient des prédateurs mais ils remplissaient le rôle qui leur est dévolu par la nature, celui de maintenir l’équilibre biologique de leur milieu.

Si on obtenait de bonnes récoltes, c’est grâce à ces précieux auxiliaires qui débarrassaient les cultures des rats, des lapins en surnombre , des charognes et des animaux malades.
Si parfois, le loup ou le renard croquait une poule, c’est donc au centuple qu’ils nous rendaient service. Ils ne chassaient que pour se nourrir eux et leur progéniture. Bien plus cruels et destructeurs sont les chiens errants, qui, élevés par l’homme, en ont pris les attitudes néfastes. Ces chiens ne tuent pas par plaisir.
Hélas, en cette année de grâce, ces considérations dépassaient le cerveau obtus des amateurs de chasse de Mont-sur-Marchienne. Ceux-ci avisèrent les autorités de la nécessité de détruire les « nuisibles » qui hantaient nos bois .
Clément Jennar, bourgmestre de la commune à cette époque ne brillait pas par son intelligence. Il écouta ses administrés d’une oreille attentive et prit une grave décision. Avec l’accord du Gouverneur de la Province, il organisa une chasse mémorable. Elle fut fixée au vendredi 22 février à 9 heures du matin.
Les miliciens de la levée 1839 furent mobilisés. Ils serviront comme rabatteurs. Malheur à celui qui voudrait se soustraire à cette obligation, des peines sévères l’attendaient.
Le rendez-vous fut pris à la Tombe de Marcinelle. Une trentaine de chasseurs dont les noms sont conservés dans les archives étaient présents à l’heure fixée.
Toute cette joyeuse équipe se dirigea vers le bois de Marcinelle et Montignies-sur-Sambre. Chaque tireur s’embusqua tandis que les miliciens se déployaient en éventail dans la forêt afin de rabattre les bêtes.
Les Haies de Marcinelle furent donc investies malgré les récriminations qui s’opposaient au massacre de « leurs » loups.
Ici, des questions dont l’histoire ne parle pas, se posent : « Qui a donné l’autorisation à ces gens de chasser sur le territoire de Marcinelle ? Les autorités de cette commune ont-elles été prévenues ? » On n’en trouve aucune trace dans les registres officiels de Marcinelle. La journée du 22 février fut infructueuse, nul loup ni renard à l’horizon. Flairant le danger, ils se tenaient terrés au plus profond des taillis . Tout le monde revint bredouille et désabusé.
La vantardise n’était pas de mise et l’on arrive ainsi à la journée du 24 février. Ce dimanche , vers 7 heures et demie du soir, s’y croyant autorisé par le stupide arrêté du Gouverneur, le sieur Désiré Rossignol vint se poster en embuscade dans une prairie, à une portée de fusil d’une charogne et attendit.
L’attente ne fut pas longue. Dans la clarté de la lune, une louve de deux ans, superbe dans son port, surgit et se tint aux aguets. Hélas, le chasseur la vit , ajusta son coup et tira. La bête fut sérieusement blessée. Rossignol s’en approcha pour l’achever mais la louve perdant du sang en abondance par une plaie béante, se défendit avec courage. Affaiblie, elle succomba enfin sous les coups de crosse répétés que lui assénait sauvagement la brute sanguinaire.
Le lendemain, fier de son exploit, le triste sire traîna sa pitoyable victime désarticulée vers les autorités locales afin d’en tirer sa honteuse récompense.
Il fut congratulé et le curé Prunieau de Mont-sur-Marchienne composa une chanson idiote en son honneur. Celle-ci disait : « Rossignol fut plus fort que le loup. »
Les loups ont fini par disparaître de nos régions. Le renard est toujours chassé pourtant des catastrophes écologiques de temps à autre mettent à mal les cultures.
En 1936, on a connu une extraordinaire prolifération de lapins. En 1948, ce sont des rats qui se répandaient en grand nombre. En 1990, ce sont de nouveau les lapins qui furent de plus en plus nombreux malgré le fait que depuis pas mal de temps, on empoisonnait les renards.
Il reste beaucoup à faire afin d’empêcher les stupides chasseurs du dimanche de massacrer notre environnement.
Avant 1914, de vieux Marcinellois racontaient que les habitants des Haies de Marcinelle du milieu du siècle précédent s’enorgueillissaient d’avoir eu les derniers loups chez eux. C’est ce que corrobore l’histoire mais ajoutons qu’aucun de ces Marcinellois ne participait à la chasse de 1839.
Roger Nicolas.