
Notre camarade Jean-Pierre Michiels interrogé à propos de son souhait que le 8 mai redevienne un jour de congé légal
Qu’un jour férié officiel soit instauré le 8 mai dépendra en fin de compte de décisions politiques. Il serait évidemment bénéfique de renforcer la mémoire de la Seconde Guerre mondiale. Mais cela nécessite aussi une réflexion critique, que l’on entend peu.
Deux questions importantes se posent : Quel impact ce jour férié aurait-il ? Et quelles significations concrètes voulons-nous lui attribuer ?
L’impact de ce jour de fête dépendra du soutien sociétal. Et là, il y a un problème. Il n’y a jamais eu en Belgique ou en Flandre de réelle tradition autour du 8 mai. Ce jour serait donc une tradition inventée. Le soutien actuel est aussi assez unilatéral : il vient surtout de la Flandre et des milieux progressistes de gauche, ce qui peut poser problème pour une journée dite nationale.
D’un point de vue politique aussi, des oppositions existent. Lors de diverses discussions parlementaires, la N-VA s’est toujours opposée à l’idée. En commission du parlement flamand, le 16 mars 2023, le ministre-président flamand Jan Jambon a déclaré préférer les fêtes locales de libération en septembre. Lors du débat fédéral d’octobre 2024, Theo Francken, alors chef de groupe N-VA, s’y est également opposé, arguant que le 8 mai pourrait être récupéré par le communisme.
Risque d’un nouveau CLIVAGE ?
Je ne reprends pas ces arguments à mon compte, mais je veux souligner qu’il existe aujourd’hui un clivage gauche-droite autour de ce jour férié éventuel. Ainsi, le plaidoyer pour une nouvelle fête nationale s’inscrit dans une vieille tradition belge : la politisation de l’héritage de la Seconde Guerre mondiale.
Il y a un risque qu’une future journée de commémoration le 8 mai soit portée par une partie de la population, mais explicitement rejetée par une autre. Cela risquerait d’aboutir à l’effet inverse de celui recherché : davantage de polarisation et moins de dialogue et de compréhension mutuelle.
Une autre question cruciale concerne le contenu d’un tel jour. Il est évidemment important de continuer à rendre hommage aux victimes. Mais quel message concret voulons-nous transmettre en plus ? Le message le plus souvent entendu est celui des droits humains et de la lutte contre l’extrême droite. C’est noble, mais que signifie-t-il concrètement pour les nombreux groupes différents de notre société ? Et comment veut-on transmettre ce message de manière tangible ?
La résolution adoptée est pleine de bonnes intentions, mais reste très vague sur le sens concret à donner à cette journée. Rien ne garantit qu’un tel jour férié contribuera réellement à une meilleure connaissance ou compréhension de la Seconde Guerre mondiale.
Dans un pays fragmenté comme la Belgique, il n’est pas clair non plus qui devra s’en charger. Par exemple, un dialogue entre les deux communautés linguistiques sur le sens à donner à une telle journée nationale semble absent.
Dans tout ce plaidoyer pour le 8 mai, j’ai souvent l’impression que l’on met la charrue avant les bœufs. Comme dit : se souvenir des victimes reste essentiel, mais il reste encore beaucoup de travail avant d’aboutir à une véritable journée nationale de commémoration, capable de donner un sens actuel et pertinent à ce passé.
Bibliographie
Cette contribution est un résumé actualisé de la contribution ‘Waarom we de bevrijding (niet) vieren’ uit De Lage Landen, februari 2025, p. 42-48.
Nico Wauters (Institution : CegeSoma/Archives de l’État)