Cela faisait presque 15 jours que ma directrice d’école arrivait tardivement le matin, quittait l’école avant la fin des cours ou ne se présentait pas de toute la journée. Qu’en était-il du sort de ses élèves abandonnés par l’enseignante ? Et bien tout simplement du stress pour tous les élèves de ma classe. Jour après jour, sans avoir reçu le travail à effectuer, les écoliers de 6 ème année venaient augmenter le nombre d’élèves que je dois prendre en charge soit une cinquantaine.

Par hasard, je rencontrai l’échevin de l’enseignement et je lui expliquai la situation et celui-ci me répondit : « Nous sommes au courant et nous allons arranger l’histoire. » Après cette rencontre avec le responsable politique, je crus que la situation allait se décanter du jour au lendemain. J’étais réellement un grand naïf
Et puis un beau matin à 8 h15, notre chef apparut et se dirigea vers la cloche de l’école pour faire rentrer les élèves sans nous avoir salués au préalable mais ajouta : « Je le fais pour protéger du froid les parents qui attendent au grillage. » Comme je suis la première classe qui doit entrer dans le couloir, elle leur donna l’ordre d’avancer. Immédiatement, je donnai le contrordre : « Reculez ! ». Cela se passa deux ou trois fois d’affilées « Avancez ! … Reculez ! » A8h30 précises, je demandai à mes enfants d’entrer en classe.
Évidemment, je savais ce qui m’attendait car j’avais désobéi effrontément à ma supérieure hiérarchique et je savais que je serais interpellé par les pouvoirs politiques. Ce fut fait sans tarder. Je reçus une convocation officielle à comparer devant le collège communal, assemblée décisionnaire. Le bourgmestre, avant de me saluer, me dit que mon sort dépendrait du conseil communal où vous serais convoqué très prochainement
Effectivement, une convocation officielle arriva et je fus convoqué devant le conseil communal de Courcelles qui, à l’époque, était composé de 15 membres. La majorité socialiste comptait dix membres qui m’étaient hostiles. Du côté de l’opposition, ses membres me soutenaient, les trois élus communistes, Glineur, Depoplimont, Romain, le conseiller communal libéral André Henreaux et le conseiller Rassemblement wallon Michel Meurée. À mes côtés, en soutien, se tenait la délégation courcelloise de la CGSP enseignement c’est-à-dire Messieurs Hamaide et Eeckhout. De même, je recevais le soutien du camarade Guillaume responsable fédéral pour la régionale de la CGSP enseignement de Charleroi. Mon défenseur réexpliqua les raisons qui m’avaient poussé à réagir puisque je ne recevais pas d’aide des pouvoirs publics. Pendant ce temps, une importante pétition était organisée par un ancien instituteur qui avait déjà récolté 3000 signatures. Tout le débat tourna autour de ma personne mais on sentait une forme d’embarras dans le chef de certains mandataires socialistes. Comme la séance s’éternisait, le président reporta la suite de la réunion au lendemain soir. Comme celle-ci s’était tenue à huis-clos, les portes s’ouvrirent et on constata qu’une bonne dizaine de mes collègues instituteurs étaient présents avec à leur tête Michel Daminet et Georgette Vandierendonck. Mes collègues entreprirent à converser avec les membres du conseil communal.
Le lendemain soir, la séance reprit et je m’aperçus que l’attitude de l’ensemble de la majorité avait changé. Après un bref moment, la séance reprit et se termina par un blâme qui me fut adressé. Que pouvais-je attendre de mieux car j’avais risqué l’e ? Le pouvoir politique avait été réellement embarrassé et je l’avais perçu en écoutant l’intervention d’André Trigaut, jeune mandataire socialiste et futur bourgmestre courcellois. La présence de mes collègues lui avait affirmé que la situation avait duré trop longtemps et qu’elle n’aurait pu que se dégrader davantage.
Robert Tangre