
Rupture
Au final, l’idée qui prend de plus en plus corps, c’est que les communistes sont des enquiquineurs. Car si le PCF reste un force militante conséquente, ce parti “du passé”, ne pèse finalement plus grand chose électoralement. Ce que pense Mélenchon, c’est qu’il pourrait donc très bien se passer de lui et capter tout seul, une dynamique jusqu’ici collective. Le temps de la rupture est venu. A partir de là, la décision de rompre avec le PCF est actée. Et tout est fait en réalité pour monter en épingle les désaccords au sein du Front de Gauche, au lieu de chercher à continuer à construire sur ce qui rassemble. Cela se cristallisa au moment des municipales de 2014 et la question des accords avec le parti socialiste. La tension montera même très haut quand les communistes parisiens décident de s’allier dès le premier tour avec le parti socialiste. Face à cela, le Parti de Gauche réagit violemment décidé de sortir du parti de la Gauche Européenne dirigé alors par Pierre Laurent. Bref, cette question locale est montée en épingle au niveau national pour cliver sur quelque chose de bien réel : le rejet du PS. A partir de là, le Front de Gauche est sur la voie de la dislocation.
La France Insoumise
Si le Parti communiste continue d’y croire, le 10 février 2016, Jean-Luc Mélenchon enterre définitivement l’affaire en déclarant unilatéralement sur TF1, sa candidature à l’élection présidentielle. Fini l’alliance avec les communistes, dorénavant, la stratégie c’est “fédérer le peuple”. Pour cela, il faut alors créer de toute pièce un nouvel outil. Ça sera la France Insoumise, un mouvement crée ex nihilo (pour incarner le nouveau monde), à la fois citoyen (mouvement horizontal) mais piloté par Mélenchon et sa petite équipe (vertical, pour ne pas perdre la main). Ce qui signifie que l’idée de coaliser plusieurs forces est définitivement abandonnée. Finie l’Union de la gauche, le temps du populisme de gauche est venu. Et ce terme même de populisme, qui mettra quelque temps à être assumé, finira par l’être, légitimé par les travaux de Chantal Mouffe et Ernesto Laclau, qui ont également inspiré le mouvement Podemos. Un certain flou sera néanmoins entretenu tant que les parrainages communistes n’ont pas été obtenus. Mais une fois ceux-ci déposés, c’est la guerre de tranchées. Seuls ceux qui ont donné leur parrainage à Mélenchon peuvent éventuellement être préservés d’une candidature FI dans leur conscription. Mais dans les autres cas de figure, c’est l’affrontement. Au final, la division nous aura fait perdre plus de 70 candidats FI ou PCF au second tour des législatives. Mais c’est le prix à payer pour ancrer dans les esprits une nouvelle latéralisation politique, dont Mélenchon pense qu’elle est propulsive. Fini le clivage gauche/droite. Dorénavant, ce qu’il faut incarner, c’est le nouveau monde contre le vieux monde. Le PCF est donc ainsi repeint par Mélenchon dans des SMS colériques ou des tweets acerbes en “lamentable secte” ou en “mort et néant”. Difficile de dire les choses plus clairement…
Stratégie zéro alliances
Depuis, toutes les alliances locales, même hors PS, sont systématiquement rejetées par les états-majors de la France Insoumise. Toute tentative d’alliance est caractérisée de “tambouille”, “carabistouille”, “accord de coin de table”, “unitay”, même si un contenu politique concret et progressiste est construit par les militants eux-mêmes sur le terrain. Dans tout ça, le programme est finalement une question secondaire. Car le fait de mettre en avant le programme l’avenir en commun comme ce qui empêcherait de travailler avec d’autres forces. Ce programme n’étant pas négociable, est en réalité une pure astuce pour cliver. Car à y regarder de près, ce programme est rabougri par rapport à celui élaboré collectivement en 2011. Fini les nationalisations de banques. Fini le financement de la sécurité sociale par les cotisations. Reculs sur les politiques migratoires. Reculs sur les droits dans l’entreprise, etc. Mais malgré ça, il reste une multitude de points commun sur lesquels nous pourrions construire ensemble une alternative large si on s’en donnait la peine. Et puis, considérer que ce programme n’est pas négociable, ça voudrait dire qu’une fois au pouvoir, Mélenchon ne s’ouvrirait pas aux autres forces ? Il gouvernerait seul ? Sans discuter de rien avec personne ? Qui peut croire cela après qu’il ait proposé à Hamon d’être son premier ministre, à Arnaud Montebourg d’être son ministre et même après avoir tendu la main à Daniel Cohn Bendit ? Et quel rapport entre ce genre de méthode autoritaire et la 6e république citoyenne qu’il s’agit de construire ? Propose-t-il de gouverner comme Emmanuel Macron, sans rassembler, en clivant ? Peut-on vraiment à l’infini dissocier la fin et les moyens ?

Bref, ce qui compte ici en réalité, ce n’est pas le fond, mais la stratégie de prise de pouvoir. Et Mélenchon veut une stratégie lisible, du local et national, et peu importe si cela génère des contradictions et des échecs. Car ce qu’il vise, c’est l’Elysée et rien d’autre. Toute la stratégie est donc mise au service de cet objectif. En conséquence, quand les militants insoumis sur le terrain souhaitent faire des alliances avec leurs camarades de lutte avec qui ils voient une grande proximité, ils sont alors systématiquement taxés “d’usurpateurs”. Et cela n’est pas sans créer quelques tensions. Par exemple, aux élections territoriales en Corse, les insoumis avaient décidé de créer une liste regroupant toutes les forces de la gauche anti austérité. Cette liste, conduite par le candidat insoumis aux législatives était composée de communistes, d’insoumis, de syndicalistes, de membre d’Ensemble, etc. Bref, une liste de combat regroupant toute la gauche anti libérale et écologiste. Dans l’impossibilité de montrer une liste 100% insoumise alternative (cette idée étant très minoritaire sur place), Jean-Luc Mélenchon a finalement caractérisé cette alliance de tambouille et de manœuvre des communistes, avant de féliciter nos adversaires, Simeoni et les indépendantistes. Pour mémoire, Simeoni c’est celui qui a conquis la mairie la Mairie de Bastia, auparavant communiste, en 2014, en s’alliant avec l’UMP. Les indépendantistes, ce sont ceux qui se sont abstenus à l’assemblée nationale sur la loi d’habilitation rendant possible l’utilisation des ordonnances sur la loi travail II. On cherche la cohérence. Second exemple, les législatives partielles à Montargis. Là-bas, encore une fois, les insoumis avaient décidé de soutenir un tandem PCF-FI, ces candidats étant soutenus par Ensemble ! Générations et EELV. Mécontent de ce choix, Jean-Luc Mélenchon a parachuté un candidat insoumis venu d’Orléans, contre l’avis de ses propres partisans locaux. Il est venu faire un meeting sur place pour le soutenir. Comme d’habitude, il a accusé les autres insoumis d’usurpation, pour au final, créer de la division et récolter moins de 5% des voix, derrière le PS, le PCF et Debout la France. Mais quels que soient les échecs, la stratégie reste belle et bien celle-là. Hors de question de se mélanger avec le vieux monde. Et cela, y compris dans les luttes sociales. Depuis le début des grèves, Mélenchon n’a pas participé à une seule réunion unitaire et a refusé toute action (rédaction de tract, déplacement commun, etc.) ou tout meeting commun avec d’autres responsables politique. Il qualifie cela de “gauche selfie”. De fait, cela fait bien longtemps que Mélenchon n’a pas partagé la tribune avec d’autres organisations politiques. C’est qu’il y a un cap stratégique à tenir, et il ne faudrait pas brouiller le message.
Il n’y aura donc pas d’alliances pour les européennes non plus
Face à cette stratégie acérée et pugnace du leader de la France Insoumise, l’appel de Pierre Laurent a peu de chance d’être entendu. Et si certaines déclarations des insoumis peuvent laisser croire que la porte reste ouverte, c’est uniquement parce que dire haut et fort qu’on refuse tout type d’alliance, c’est quand même assez difficile à assumer. Car en réalité, qu’on travaille ensemble, c’est exactement ce que les gens demandent. Telle est pourtant la stratégie officielle de la France insoumise pour les prochaines élections européennes. Le PCF n’est pas fréquentable parce qu’il s’allie au PS aux élections locales. Par contre, une alliance est proposée avec le Bloco, qui soutient le parti socialiste actuellement au pouvoir au Portugal. La France Insoumise ne veut aucune alliance avec les communistes, mais s’allie en Europe avec Podemos qui lui est allié avec les communistes aux élections municipales. Il serait impossible de s’allier avec le PCF pour les européennes car celui-ci ne se reconnaît pas dans la stratégie plane A plan B. Mais Mélenchon s’allie avec Podemos qui refuse aussi cette stratégie.
En réalité, il n’y a pas de clivage sur l’Europe entre insoumis et communistes qui nous empêcherait de nous présenter ensemble à ces élections. Pour mémoire, le PCF a combattu tous les traîtés européens à commencer par celui de Maastricht. Et si désaccord il y a, il existe également avec Podemos, avec qui Mélenchon souhaite pourtant former un groupe au parlement européen. Bref, tout cela c’est de la tactique. Mélenchon pense que la division est plus efficace, car la vague dégagisme va forcément submerger l’Europe. C’est donc cela qu’il s’agit d’incarner. Et Peu importe si cela fracture des dynamiques collectives sur le terrain. Peu importe si cela coûte des élus qui pourraient être utiles pour développer des solidarités concertées. Et peu importe si cela fait perdre des luttes sociales. Ce qui compte c’est de créer un climat pour gagner la prochaine élection présidentielle. Bref, une stratégie de division dans laquelle je ne me reconnais pas et finalement très orthogonale à l’histoire de la gauche qui a toujours conquis des avancées sociales dans des moments de rassemblement. La division : une véritable impasse !
politique politicienne , voilà tout . Qui peut encore s’étonner aujourd’hui de voir les programmes rétrograder au 2ème , si pas au 3ème plan ? Nos politiques européennes sont devenues incohérentes parce qu’elles n’ont plus de lignes de conduites précises….elles sont toutes à géométrie variable . La raison première de tout ça : assurer l’élection ou la réélection de nos vedettes politiques……Une conception de l’avenir vue depuis le raz des pâquerettes……
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