
Bernard Baudoux, maire PCF d’Aulnoye-Aymeries (Nord), participait à une cérémonie de jumelage et à une récolte symbolique des olives à Taybeh, en Cisjordanie occupée, lorsque lui et une délégation de diplomates européens ont été violemment pris à partie par un groupe de colons israéliens. Entretien.
Pouvez-vous nous rappeler dans quel contexte s’est déroulée l’agression que vous avez subie ?
Ce samedi (17 octobre) devait être une journée de fête, puisque nous signions ce matin-là un accord de jumelage entre la ville dont je suis maire, Aulnoye-Aymeries (Nord), et (le village chrétien palestinien) Taybeh, situé en Cisjordanie, en présence du Consul général de France, de celle de Belgique, ainsi que d’un représentant du Consulat de Pologne.
Une partie de la population de Taybeh était présente, et je peux décrire un vrai sentiment d’humanité, de solidarité, d’amitié et de partage. Puis nous nous sommes rendus dans un champ d’oliviers, de façon symbolique. C’est à ce moment-là que notre délégation a été prise à partie par des individus arrivés en voiture.
Leurs visages étaient découverts ?
Pas du tout, ils étaient cagoulés, masqués, on ne voyait que leurs yeux. Ils étaient cinq, armés de bâtons et de barres de fer ; ils se sont dirigés vers nous de façon très agressive. J’ai mis mon écharpe (d’élu de la République française) afin qu’ils se rendent compte des possibles conséquences diplomatiques de toute agression.
Mais au lieu de les calmer ça les a fait enrager : je crois que le fait que je sois Français a fait empirer les choses, j’ai vraiment ressenti une haine. Le ton a encore monté et tout d’un coup ils se sont mis à me frapper, à coups de pied, de bâtons. C’est à ce moment que je suis tombé à terre, j’ai eu un petit moment d’absence…
Vous étiez le seul visé ?
Non, toute la délégation était visée par leurs agressions, tout le monde était terrorisé. Il y avait autour de moi, en plus des représentants diplomatiques, l’archevêque de Cambrai, le prêtre de notre paroisse d’Aulnois, des représentants de l’association qui travaille sur le jumelage.
Tout s’est passé très vite. On m’a relevé puis le personnel assurant notre sécurité nous a rapidement « jetés » dans une des voitures blindées de notre délégation. Nos agresseurs s’en sont alors pris aux véhicules, avant que nous ne parvenions à partir en direction de notre hôtel.
C’était une scène d’une violence inouïe, mais le plus marquant c’est la haine que ces individus portaient en eux. Je crois que si j’avais essayé de me défendre, je ne serais plus là aujourd’hui pour en parler. Au-delà des coups, le choc est psychologique. Et quel affront pour la France : c’est notre République qui a été visée, insultée et rouée de coups par ces individus.
Le chef de la diplomatie israélienne a condamné ces actes. Peut-on parler d’une forme d’hypocrisie quand on sait que les colons sont souvent couverts par l’armée israélienne et son gouvernement ?
C’est en tout cas ce que les Palestiniens nous ont rapporté, ici sur place. Le droit international et les accords existant sont continuellement piétinés. La vie des Palestiniens est épouvantable : les colons sont en roue libre, ils font ce qu’ils veulent, se permettent toutes les violences.
Ils ne devraient pas se sentir en capacité d’agir en toute impunité, mais je ne me fais pas d’illusions car nous savons le rôle qu’ils jouent dans la stratégie du gouvernement israélien. L’objectif est de faire partir les Palestiniens de Cisjordanie, pour l’annexer.
Taybet était auparavant habitée par 15 000 personnes, il n’en reste qu’à peine plus de 1 000 aujourd’hui. Ce que notre délégation a subi n’est qu’une infime preuve des violences que subissent les Palestiniens. La mort est partout. La Palestine, aujourd’hui, c’est une prison à ciel ouvert.
Luis Reygada
L’Humanité du 18 octobre 2026