EN QUOI LA SITUATION DU SAHARA OCCIDENTAL NOUS CONCERNE-T-ELLE ?

Introduction (résumé)

De prime abord, le conflit du Sahara Occidental ressemble tout de même très fort à « guerre oubliée », confinée aux dunes d’un désert lointain et aux rapports des Nations Unies prenant la poussière depuis plus d’un demi-siècle. Néanmoins, pour qui sait observer les rayons de nos supermarchés, les factures d’énergie des ménages wallons ou les coulisses pas toujours reluisantes de nos démocraties, cette question internationale rejoint l’actualité belge d’assez près.

Cette étude ne se contente évidemment pas d’analyser une situation géopolitique lointaine et cependant, très intéressante. Elle démontre également comment la situation au Sahara occidental impacte directement le citoyen de la Fédération Wallonie-Bruxelles. À travers nos choix de consommation, qu’il s’agisse de l’achat de tomates cerises en vente, par exemple, chez Delhaize ou de la dépendance au gaz naturel pour chauffer un bâti wallon souvent centenaire, tous les Belges sont, sans qu’ils s’en rendent compte, parties prenantes à ce conflit. L’opacité en matière d’étiquetage des exportations en provenance de territoires occupés (au Sahara comme en Palestine) et les enjeux de souveraineté alimentaire nous rappellent que nos choix quotidiens ont des répercussions directes sur le droit à l’autodétermination des peuples loin de chez nous. On ne rappellera jamais assez à ce propos le rôle important que joueront les ressources du Sahara occidental dans la stratégie de transition verte (par exemple, l’hydrogène vert) que l’Union européenne compte poursuivre à l’avenir.

Le cœur de ce travail répond également au constat d’une fracture au sein de la société belge au sujet du Sahara occidental. D’un côté, une partie de la classe politique et des médias semble céder aux sirènes du lobbying marocain, comme l’a tristement illustré le scandale du « Marocgate », ou, et c’est peut-être pire, se faire les relais d’une profonde inculture politique et historique en réduisant la complexité du droit international à de simples opportunités diplomatiques ressortissant, dans la lignée idéologique du trumpisme, au registre de l’échange transactionnel. De l’autre, un tissu associatif indépendant s’active et se dresse comme le dernier garant d’exigences éthiques à inscrire dans le champ des relations internationales. Des organisations telles que le CNCD-11.11.11, la CNAPD ou le Comité belge de soutien au peuple sahraoui (l’Association Joseph Jacquemotte est membre des deux dernières) maintiennent cependant vivante la flamme de la solidarité internationale. Ces organisations, sans doute moins inféodées aux intérêts économiques immédiats que les sphères de pouvoir, mènent un travail essentiel pour offrir aux citoyens une information alternative et critique.

À travers les pages qui suivent, nous explorerons les mécanismes de ce que certains commentateurs un peu distraits qualifient de « décolonisation tardive » mais qui constitue, en réalité, par bien des aspects une recolonisation tardive. Nous analyserons :

1. L’anatomie d’un abandon historique dans lequel la diplomatie belge s’est, au demeurant, récemment engouffrée au plus grand mépris du droit international

2. L’enjeu des ressources naturelles (phosphates, pêche, agriculture) et la responsabilité du consommateur belge

3. La fragilité des démocraties occidentales (y compris en Belgique) face aux influences extérieures ainsi que le rôle, à l’avenir, crucial de l’Algérie, alliée historique du mouvement indépendantiste sahraoui, pour l’équilibre énergétique européen.

En participant du projet d’ancrer davantage les revendications du peuple sahraoui dans le vécu des populations francophones de Belgique, cette étude aspire, à sa modeste échelle, à transformer une solidarité abstraite en un engagement citoyen concret et éclairé.

Xavier Dupret
Texte complet : https://www.acjj.be/en-quoi-la-situation-du-sahara-occidental-nous-concerne-t-elle/

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