La Belgique doit se prononcer contre la menace de guerre américaine contre Cuba

Cuba est confronté à un lourd blocus énergétique, à une pression économique et à une menace militaire croissante de la part des États- Unis. La Belgique ne peut pas détourner le regard mais doit se prononcer explicitement en faveur du droit international et contre une intervention militaire.

Le 29 janvier 2026, le président Donald Trump a promulgué l’Executive Order 14380, Addressing Threats to the United States by the Government of Cuba. Il a ainsi menacé d’imposer des droits de douane élevés aux pays qui vendraient ou livreraient du pétrole à Cuba. Les fournisseurs risquent des sanctions financières et les pays qui livrent du carburant sont mis sous pression. Les pétroliers sont menacés d’interception.

Le blocus ne se limite plus seulement à l’énergie. La nourriture, les médicaments et d’autres produits de première nécessité sont également bloqués. Des milliers de conteneurs sont immobilisés dans des ports des Caraïbes. Les conséquences se font directement sentir dans les hôpitaux, les transports, l’approvisionnement en électricité, l’approvisionnement alimentaire et la vie quotidienne de la population cubaine.

Ces nouvelles mesures s’ajoutent à des décennies de sanctions américaines. Les Nations unies mettent en garde contre une grave crise humanitaire. En raison du manque de médicaments, d’énergie et d’équipements, la mortalité infantile a plus que doublé et des milliers de Cubains sont morts.

Cela rappelle des pratiques médiévales d’affamement des populations que nous pensions avoir laissées derrière nous.

À cela s’ajoute la menace militaire. Le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, a déclaré en août, pour la deuxième fois, que « toutes les options sont sur la table, y compris les options militaires ». Selon CBS News, de hauts responsables du Pentagone ont également étudié en juillet des scénarios militaires concrets.

Cuba ne constitue aucune menace militaire ou économique ni pour les États-Unis ni pour d’autres pays. Les États-Unis et Cuba sont tous deux des États souverains membres des Nations unies. La Charte des Nations unies s’applique donc à ce conflit.

Selon cette Charte, des sanctions internationales contraignantes ne peuvent être imposées que par le Conseil de sécurité. Le blocus économique et énergétique actuel manque de toute légitimité internationale. L’article 2, paragraphe 4, interdit en outre la menace ou l’usage de la force contre des États souverains.

Ce principe est essentiel. Aucune grande puissance ne peut décider quels peuples ont droit au développement, à l’énergie et à l’autodétermination, et lesquels n’y ont pas droit. Si ce principe est abandonné, nous basculerons dans la loi du plus fort.

Plusieurs pays se sont déjà prononcés contre une intervention militaire. En avril 26, le chancelier allemand Friedrich Merz a rejeté toute intervention militaire, parce que Cuba ne constitue pas une menace et qu’un changement politique ne peut passer par des moyens autres que diplomatiques.

L’Espagne, le Mexique et le Brésil ont également demandé, dans une déclaration commune, le respect du droit international, de l’intégrité territoriale et de la souveraineté cubaine. Le gouvernement britannique a plaidé pour une solution pacifique et diplomatique ainsi que pour le respect du droit international.

Le Parlement portugais a demandé la fin des menaces américaines. Le Canada a souligné que le changement politique devait se faire pacifiquement, par les Cubains eux-mêmes et dans le respect de la souveraineté de l’État.

Par le passé, la Belgique ne s’était pas laissé entraîner, à l’égard de Cuba, par la politique hostile de Washington ni par la pression conservatrice au sein de l’Europe. Cette tradition de diplomatie indépendante doit aujourd’hui être poursuivie.

Nous demandons donc que le gouvernement belge se prononce expressément contre toute intervention militaire américaine possible à Cuba. La Belgique doit faire clairement savoir qu’un changement de régime imposé de l’extérieur, la menace militaire et l’étranglement économique ne sont pas des instruments acceptables.

Nous demandons également que la Belgique contribue à un approvisionnement énergétique humanitaire rapide, sous la forme d’un corridor de carburant garanti et protégé par les Nations unies et des partenaires régionaux, afin que les centrales électriques, les hôpitaux, les transports, l’approvisionnement alimentaire et les services de base à Cuba puissent recommencer à fonctionner.

Enfin, nous demandons un soutien belge à une réforme énergétique durable à Cuba. Des investissements dans l’énergie solaire, la biomasse et les réseaux énergétiques locaux peuvent rendre l’île moins dépendante du pétrole étranger et mieux la protéger contre de futurs blocus.

La Belgique ne peut pas attendre que la situation s’aggrave encore. Elle doit faire entendre sa voix maintenant : pour le droit international, pour la protection humanitaire et pour le droit du peuple cubain à déterminer lui-même son avenir.

L’Association Joseph Jacquemotte fait partie des signataires.

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