Les événements du Bois du Cazier.
En 1959, une cellule de jeunes communistes fut formée auprès du charbonnage du Cazier. Elle regroupait des Belges, des Italiens, quelques Polonais et Grecs. Le responsable était Louis Michel qui habitait à la rue de la Mallavée et les réunions se tenaient dans le local du syndicat situé en bas de la rue des Sarts.

La catastrophe du 8 août 1958 qui fit tant de victimes avec suscité un vaste élan de solidarité. Dans les mois qui suivirent, les Femmes Prévoyantes Socialistes, celles de Vie Féminine et le Rassemblement des Femmes communistes organisèrent des collectes de vivres et rendaient de nombreuses visites aux familles des victimes.
Avec Marcel Baugniet, je fus contacté par Marie Guisse qui allait venir avec une délégation de femmes bruxelloises. Nous devions leur servir de guide pour organiser leurs visites auprès des familles italiennes du Sart-Saint-Nicolas.
Ces personnes vivaient dans de véritables taudis en tôle sans commodité, sans hygiène et dans une humidité constante en hiver. De nombreux articles ont été écrit sur ces mauvaises conditions de vie dans le journal, le Drapeau Rouge mais aussi dans le livre écrit par Anne Morelli.
À la mine, les conditions de travail ne s’étaient pas améliorées depuis la catastrophe et cela malgré les multiples protestations des syndicats et des partis de gauche. En 1960, on devait encore déplorer plusieurs accidents dont un mortel. Il était donc nécessaire d’avancer de nouvelles revendications pour améliorer les conditions de travail. C’est ce que comprirent de jeunes mineurs qui décidèrent de créer une cellule communiste comme nous l’avons décrit.
Tous les samedis, à la sortie de la pause du matin, les jeunes communistes vendaient le Drapeau Rouge. Après la vente, tout le monde se réunissait pour boire une bonne chope chez Alfreda, la tenancière du café situé au coin du Tienne Brico. Alfreda était une cousine de Marcel Massin de la Chenevière qui avec Nestor Giot, reconstruisit la section du Parti d’après-guerre. Alfreda avait recruté de nouveaux jeunes adhérents dans le quartier des Haies. La seule ombre qui agitait le groupe, c’est que Alfreda aimait un peu trop la danse et la gent masculine. Ce fait déplaisait beaucoup à notre bon vieux camarade Alphonse qui était d’une autre époque.
Malgré cela, cette bande de jeunes à laquelle s’étaient joints beaucoup de camarades italiens mettaient beaucoup d’animation dans le quartier. Il y avait de nombreux meetings, des collages d’affiches, des distributions de tracts et la vente de notre hebdomadaire « Jeune Belgique ».
Chaque samedi matin avec le Drapeau Rouge, nous vendions une vingtaine de revues féminines italiennes « Nona Dona ». Je recevais ces revues des communistes italiennes que je n’avais jamais commandées. Tous les jeudis, je recevais un paquet venant de Rome et le bénéfice de la vente alimentait le mouvement des jeunes.

Au coin de la rue Ferrer et du Tienne Bricout, il y avait un café bizarre. Il ne portait aucun nom, aucune enseigne, rien qui puisse indiquer que c’était un débit de boissons. Nous sommes entrés par hasard dans cet établissement à deux ou trois garçons. Nous étions suivis par Marcel Baugniet qui jouait de la mandoline en chantant une chanson de la Jeunesse Libre Allemande « Free Deutsche Jugend … ». La tenancière fut interloquée car elle était allemande et connaissait ce chant. Peut-être Gerda avait-elle fui la RDA et n’osait pas le dire ? Elle avait toujours l’air triste et personne ne fréquentait son estaminet. Nous lui promîmes de revenir avec d’autres copains. Cela mettrait un peu plus de gaieté. Il y eut bientôt un orchestre musette. Chaque samedi soir, c’était Daniel Aldruide qui venait animer le bal avec son accordéon. Son beau-frère Eustache l’accompagnait à la batterie. Bref on ne s’ennuyait pas aux Haies.
Roger Nicolas
A suivre.