Les suites de l’affaire Marivoet

Relisez au préalable l’article précédent intitulé « Un bien triste photographe ».

Maison d’un notaire fasciste attribuée par l’Etat au Parti communiste pour son comportement patriotique durant la guerre 1940 – 1945.

Averties, les associations de résistants protestèrent mais rien n’y fit. Le gouvernement Pholien appliquait la loi, toute la loi, rien que la loi. Le 14 mars 1948, les résistants organisèrent une collecte pour le paiement de l’amende. Ce patriote était marié et père d’un enfant. Marivoet, lui, de son côté, avait torturé son beau-père, F Rodelet.

Déjà en 1944 et au début de 1945, des habitants de Marcinelle et de Dampremy avaient tenté d’empêcher le ravitaillement des inciviques emprisonnés, par les colis que leurs familles leur apportaient. En un temps, nous l’avons déjà dit, où la population était encore largement sous-alimentée, il apparaissait scandaleux de voir défiler ces marchandises provenant du marché noir et destinées à des gens qui avaient souvent de véritables crimes à se reprocher. Plusieurs de nos concitoyens furent ainsi inquiétés avant que la direction de la prison fasse confisquer les marchandises en dehors de ce qui était en vente libre ou fourni p)ar le ravitaillement officiel.

Il existe d’autres cas où la justice semblait bien boiteuse et paraissait claudiquer plus volontiers du côté des anciens occupants que de celui des résistants. Prenons l’exemple de Roger Laroche de Marcinelle qui fut artificier du MNB et par conséquent chargé du maniement des explosifs. En 1948, il fut poursuivi pour avoir, durant l’occupation, fait sauter un pylône électrique. D’autres résistants furent aussi poursuivis pour faits de guerre advenus durant ces tristes années d’occupation et ayant parfois agi suivant les ordres ou les conseils de Radio Londres.

On peut aussi citer le fait qu’en 1948, les biens des rexistes et les richesses qu’ils avaient indument accumulées avaient été mis sous séquestre judiciaire. Or, certaines de leurs victimes conscientes du fait qu’elles ne pourraient jamais rentrer en possession de ce qui leur avait été volé car manquant des preuves exigées s’étaient servies d’autorité parmi les biens séquestrés. Plus tard, après avoir purgé leurs peines, les inciviques rentrés chez eux avaient pu constater le pillage de leurs biens et avaient porté plainte. Plusieurs personnes de Mont-sur-Marchienne et de Montigny-le-Tilleul furent ainsi condamnées pour vol ou recel car ce qui était placé sous séquestre était la propriété de l’Etat. Il faut noter que les résistants de l’époque se démarquaient de ce genre de voleurs tout en déplorant le manque de dédommagement que les victimes civiles de la guerre pouvaient recevoir. L’exemple de la première guerre mondiale était là pour le démontrer. Certaines de ces victimes ne furent, en effet, dédommagées qu’en 1952 soit 39 ans après les faits.

Lorsque les jugements des tribunaux de guerre venaient à gracier un « Kollabo » pour manque de preuves, il arrivait que des personnes indignées voulaient faire justice elles-mêmes. Heureusement, ce genre d’acte irréfléchi put être évité et les résistants, eux-mêmes, voulaient que cela ne se reproduise plus. C’est la résistance toute entière qui en aurait été éclaboussée.

En résumé, concernant l’état d’esprit d’une population soumise depuis quatre ans sous une dure et injuste férule, ayant souffert, ayant vu disparaître ou être retenus prisonniers, des dizaines de milliers de ses enfants, il y eut peu d’actes arbitraires de vengeance collective ou individuelle. Mais de grâce, qu’on ne nous demande pas, aujourd’hui, d’amnistier et rayer ainsi de la mémoire collective les méfaits des valets de l’ennemi.

Ecrit en novembre 1997 par Roger Nicolas.

2 commentaires sur “Les suites de l’affaire Marivoet

  1. Roger Nicolas avait évidemment eu de très bons arguments en affirmant ses convictions à une époque où elles ne constituaient enfin plus un véritable laisser- passer une condamnation à mort , dans notre petit pays . Il n’empêche que , à cette époque comme à la nôtre , notre justice nationale n’a jamais été considérée comme une des meilleures du monde . Personne en ce temps-là , n’était dupe : 14 – 18 nous avaient laissé de parfaits exemples de tout ce que nous ne devions pas faire après la Victoire !!! Surtout lorsqu’on croit encore en 2022 que des méfaits commis il y a au moins 77 ans sont toujours aussi condamnables aujourd’hui qu’en date de leurs survenues . Bien des choses ont changé depuis , les différents auteurs de tous ces événements des plus répréhensibles ont bien souvent pris tout leur temps pour disparaître de mort naturelle sans qu’ils soient , bien entendu , jugés et condamnés si besoin était , en temps voulu …….Malheureusement , beaucoup trop d’eau a coulé sous les ponts et les victimes aussi bien que les coupables ne sont souvent plus là pour faire face à leurs responsabilités et les victimes n’ont que très peu souvent retrouvé légalement les biens que les fachistes avaient fauché chez nous comme ailleurs et ainsi confisqué bien trop vite autant que bien trop de choses à nos  » honnêtes » concitoyens . Le sujet était trop délicat et même dangereux à traiter en ce temps-là , tout autant qu’aujourd’hui . Comment , sans spolier ni les uns ni les autres , régler enfin tous ces cas difficiles autant que lamentables en notre temps obscur , je laisse nos juristes ressortir tous les vieux dossiers de la poussière en souhaitant bien du plaisir à ceux qui seraient éventuellement chargés de s’en saisir . Je ne voudrais pas , pour ma part , les toucher d’un seul doigt , pour tout l’or du monde , de la Chine , de la Russie ,…..où d’ailleurs , sans aucun doute , ha , ha , ha !!! Y a-t-il finalement , dans le plus grand film de notre monde , des bons et des méchants ? John Wayne est mort , braves gens …… depuis bien longtemps………et Charlot aussi ………

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    1. Et oui, mon cher Jacques, tu as raison. Toutefois, certaines affaires se résolvent 70 ans après. Tout récemment une famille juive, s’est vu restituer un tableau volé par les nazis. Quant à la justice d’aujourd’hui, il y a plus d’une histoire à raconter. Pierre Bellemare n’est plus de ce monde pour nous les narrer.

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