Beaucoup de nos lecteurs méconnaissent certainement les jours sombres de mai et juin 1940.
Notre armée, en déroute est acculée à la capitulation. Nos alliés français et anglais, taillés en pièces, sont refoulés vers la mer ou les Pyrénées. Paris est envahie et les deux tiers de la France sont occupés.

Les Allemands étaient vainqueurs et leurs troupes avaient traversé nos pays en les laissant en ruines. Pleurant leurs morts, beaucoup de Belges réalisaient jusqu’où l’incurie et l’aveuglement des plus hautes autorités du pays les avaient conduits.
A l’annonce de la trahison de nos élites se mêlait un sentiment de rage impuissante devant l’arrogance des nouveaux maîtres, déjà escortés par les valets de l’ordre nouveau.
Pourtant dès les premiers jours, des hommes se levèrent pour dire « NON » à l’occupant et à l’aveulissement d’une partie de la population. Les premières actions de résistance datent de la fin du mois de juin 1940. Les façades des collaborateurs étaient maculées d’inscriptions vengeresses au goudron. En juillet, un premier attentat contre la Wehrmacht avorta à Bruxelles. Des armes, abandonnées par les soldats en déroute dans les bois et les campagnes, étaient récupérées. Des groupes se formaient. Ils seront les noyaux des futures organisations de résistance. Les anciens de « 14-18 » se retrouvaient pour reprendre du service.
Aux ACEC, le délégué ouvrier, Auguste Wéry de Gosselies avait édité le premier tract clandestin « Dynamo », écrit à la main sur de simples feuillets de calepin. Circulant parmi les ouvriers, ce sont des centaines de personnes qui furent ainsi touchées. Ce tract appelait à la résistance. Il disait entre autres » Le meilleur lubrifiant pour vos machines, c’est le sable ».
De son côté, Raoul Baligand, vu son passé de membre des Brigades internationales d’Espagne l’y prédisposant, ne resta pas inactif à son retour de France. Astucieux, il envisagea des actions futures de plus grande envergure et d’une efficacité immédiate. Avec un oncle fossoyeur, il commença l’entreposage d’armes et de dynamite dans un caveau du cimetière de Marcinelle. Il achemina également des explosifs à Gilly.
Pourtant faute de moyens, beaucoup de résistants, se sentaient faibles. Beaucoup d’actes de sabotage restaient des faits isolés, traduisant plutôt le sentiment de rage du peuple que la volonté d’accomplir une œuvre efficace et de longue durée. Il manquait en fait à ces gens un sentiment d’appartenance à un mouvement profond et unanime.
Chaque jour, on tournait les boutons de la radio dans l’espoir d’entendre une voix amie mais en vain.
L’écoute de la radio de Londres ou des radios neutres ne pouvait guère soulager ce besoin d’obtenir des nouvelles encourageantes pouvant briser le sentiment de solitude. On n’entendait que les communiqués de victoire de l’ennemi ou les diatribes des traîtres à sa solde.
Cependant, le lundi 9 septembre, on n’en crut pas ses oreilles. A la suite de l’air connu « Sambre et Meuse », on entendit soudain des mots de réconfort et d’espérance en la victoire. C’était une première sur notre sol envahi et celui qui les prononçait s’appelait Oscar Debakker. Grâce à lui, le voile se déchira, l’espoir naquit, la résistance se conforta, se raidit. Le Rovien Oscar, avait, à sa façon, trouvé le moyen de servir sans faiblesse, sans répit. Il claironna dans l’éther des mots d’ordre énergiques. Bientôt, il annonça les premiers succès alliés et vanta les mérites de la résistance armée.
Oscar avait construit lui-même son émetteur baptisé Radio Wallonie, Sambre et Meuse ». Lorsqu’en juin 41, l’Armée Rouge se mit à nos côtés dans la lutte, il sut trouver des mots plus convaincants encore quant à l’issue du combat titanesque qui commençait à l’Est. Malgré les revers du début, il croyait fermement à la victoire soviétique… Napoléon, aussi, avait bien cru vaincre l’ours russe … Ses paroles aidaient ainsi tout un peuple à se ressaisir dans sa volonté de résistance à l’ennemi. Bien sûr, ses émissions ne couvraient pas toute la Wallonie mais ces paroles étaient reprises et transmises de bouche à oreilles. Beaucoup de traîtres furent ainsi dénoncés et leur action entravée.
Même les actions peu spectaculaires de la résistance étaient décrites. Elles encourageaient les gens à résister et la population toute entière était conviée à harceler les collaborateurs.

Par exemple, on jetait des boules puantes dans les salles de propagande nazie pour perturber les spectacles. Un autre moyen s’avérait efficace dans les cinémas : les patriotes lâchaient des papillons de nuit durant la projection. Attirés par la lumière des projecteurs, ils voltigeaient dans le faisceau lumineux et empêchaient la vision des films hitlériens.
« Radio Wallonie Sambre et Meuse » ne jouait pas seulement un rôle de propagande car à l’aide de codes secrets, sous forme de messages personnels, la radio coordonnait aussi des groupes de partisans armés.
Elle diffusa des communiqués et des mots d’ordre lors des grèves pour obtenir un meilleur ravitaillement au cours du premier hiver de guerre. Ces grèves se déroulèrent dans certaines entreprises wallonnes et obtinrent des résultats significatifs. C’est au cours de celle de décembre 1940 que des résistants communistes se réunirent sous l’appellation de « Partisans armés ».
La radio d’Oscar Debakker joua aussi un grand rôle dans la constitution de ce qui deviendrait « Le Front de L’indépendance ». Bien que traquée par la Gestapo, la radio échappa à tous les repérages vu sa situation au pied du terril.
Pendant toute la durée de la guerre, un modeste patriote, avec un émetteur en construction, parvint à se jouer de l’occupant et de ses valets.
Ce texte fut écrit par notre ami Roger Nicolas le 11 novembre 1997 et rapportait de récit d’une camarade revienne Françoise Vromant.
Nous avons parlé de Rovien et de Rovienne, c’est-à-dire le nom porté par un habitant (te) de Roux.
avez vous des témoignages des survivants du premier chasseur à pied ?ils étaient aux premières loges le dix mai et prisonniers le 29 mai, libérés en juin
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Malheureusement, non.
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