GLB et la RTBF

Comme je suis un garçon courageux, je me suis farci l’écoute de l’interview de Georges‑Louis Bouchez sur La Première – RTBF ce matin. C’était d’une agressivité sans fard. Mais éclairant aussi.

Petit décryptage.

Selon GLB, la RTBF souffre d’un mal chronique et mystérieux : elle serait de gauche. Pas parfois, pas sur certains sujets — non, structurellement, culturellement, génétiquement presque. (Il faudrait prévenir Cyril Detaeye, mais bon !) Et comme elle est financée par de l’argent public, elle devrait évidemment refléter une neutralité parfaite… telle que définie par Georges‑Louis Bouchez et le MR.

Et qu’est-ce que la neutralité à leurs yeux ? Je cite la ministre Jacqueline Galant « le patron de la RTBF va changer cette année et le directeur de l’information aussi. Et donc, on espère, évidemment, qu’avec ces deux changements on pourra apporter une ligne un peu différente qui ira de l’autre côté de l’échiquier politique ». Bref, la neutralité, c’est la droite.

Selon GLB, quand la RTBF informe sur des grèves, des syndicats ou des questions sociales, ce n’est pas de l’information : c’est de la propagande. D’où l’étiquette élégante qu’il a employé sur les réseaux sociaux de « fournisseur officiel de fake news de gauche »,

Donald, sors de ce corps !

À cela s’ajoute un problème tout aussi grave selon GLB : la RTBF coûte cher, occupe trop d’espace (radios, web, sport, divertissement), et concurrence les médias privés — ce qui est évidemment inadmissible pour un service public qui… attire du public (quoi qu’il en dise). Acheter des droits sportifs ou proposer des contenus populaires devient donc une faute morale et budgétaire.

Dans des entretiens de fond, Bouchez est allé plus loin en déclarant que, dans sa vision, la RTBF pourrait à terme être privatisée ou supprimée, estimant que son rôle actuel n’est plus justifié.

Il inscrit cette position dans une « guerre culturelle » plus large contre ce qu’il perçoit comme une hégémonie idéologique dans les médias et le monde intellectuel. Et le fait qu’il propose une commission parlementaire sur l’audiovisuel public à l’instar de celle menée (oh surprise) par l’extrême-droite en France ne doit rien au hasard.

Regardons les choses un peu froidement. L’immense majorité du paysage médiatique de notre pays est dominé par des groupes privés qui ont une ligne éditoriale clairement marquée à droite. Il existe UN média de service public, média contrôlé par les différents partis politiques au prorata de leur poids politique, un média qui équilibre (très partiellement) ce paysage politique. Mais c’est trop pour le MR actuel.

Le 15 mars 1944, En France, le Conseil National de la Résistance (CNR), adoptait le programme « Les jours heureux ». Il comportait des principes très clairs concernant les médias, établis sur base des enseignements issus de ce qui venait de se passer en France avant et pendant la Guerre. (Oui oui, je fais un parallèle avec une période qui a vu émerger nazisme et fasciste.) Quels étaient-ils ?

1️⃣Rétablissement de la liberté de la presse

Le CNR affirmait explicitement la nécessité de rétablir une liberté complète de la presse, supprimée sous l’Occupation et le régime de Vichy. La liberté d’information était conçue comme un pilier de la démocratie restaurée après la Libération.

2️⃣Épuration des médias compromis avec l’occupant

Le programme prévoyait une éviction des responsables et entreprises de presse ayant collaboré avec l’ennemi, soutenu activement la propagande de l’Occupation ou de Vichy. Cette mesure visait à empêcher que les structures médiatiques compromises continuent à influencer l’opinion publique après la Libération.

3️⃣Indépendance de la presse vis-à-vis des puissances d’argent

Même si le texte ne détaillait pas encore des mécanismes précis, l’esprit du programme était clair : la presse ne devait pas être dominée par des intérêts financiers privés susceptibles de la détourner de l’intérêt général. Cette orientation s’inscrivait dans le projet plus large de démocratie économique et sociale défendu par le CNR.

4️⃣Rôle démocratique de l’information

Le programme associait directement liberté de la presse, liberté de pensée, et liberté d’expression, au retour de la souveraineté populaire (suffrage universel, débat public éclairé). L’information était donc pensée comme une condition du bon fonctionnement de la République (en France), et non comme une simple activité commerciale.

Je pense qu’on ne devrait pas oublier ces enseignements. Et vive les médias de service public !

Pierre Eyben

Extrait de Facebook

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