
Marguerite Mertens n’était jamais à court de propositions : création d’un tarif réduit pour l’accès des pensionnés aux bains communaux, installation de lavoir communal de manière à alléger le travail des ménagères, octroi de crédits décents pour les crèches et les garderies, baisse des tarifs des tramways en particulier le dimanche. Voilà encore quelques thèmes récurrents de ses interventions.
Elle obtient l’accord du conseil communal en faveur d’un subside pour le Centre de défense de l’école officielle et elle décroche un doublement du crédit accordé à la bibliothèque populaire.
Marguerite s’est battue avec constance pour améliorer les conditions d’habitat tout à fait déplorables à l’époque des immeubles appartenant à la commune et où les promesses étaient répétées d’année en année. « Vous laissez des centaines de gens croupir dans les taudis de la rue Gray, constatait-elle le 4 décembre 1951. Retenez bien la rue Gray: on y reviendra ! »
Sur le fonctionnement même de l’institution, du conseil communal, Marguerite a formulé des critiques de fond qui devaient grandement déplaire au collège : « transparence insuffisante, études souvent bâclées, attitude raide et témoignage d’une méconnaissance profonde des réalités sociales. « Le conseil communal ne peut se contenter d’être comptable des finances communales, il doit être l’interprète et le défenseur de la population qui constitue la commune, déclarait-elle le 5 décembre 1950 et de l’aider. Une fois encore elle intervenait pour une fiscalité dégressive, une politique du logement, la défense du service public et de son personnel.
Conseillère communal assidue et combative, Marguerite ne fut pas réélue en 1952. Elle allait poursuivre son combat sur d’autres terrains, obstinée et souriante.
Dans l’intervalle, elle a retrouvé un emploi dans le secteur privé. Fidèle au PC et elle investit ses immenses énergies dans des secteurs divers : solidarité avec le peuple vietnamien où Marguerite militera avec Madeleine Jacquemotte, l’abbé Houtard et le sénateur socialiste Rollin, défense d’Angela Davis, cette communiste noire américaine devenue un symbole de la lutte pour les droits civiques, comité contre les interdits professionnels en République fédérale allemande à l’heure de la guerre froide.
Mais dans la durée, c’est surtout le secteur « luttes urbaines » via le Comité d’habitants de la rue Gray, une rue et un quartier du bas d’Ixelles souvent inondé et négligé que Marguerite va investir de ses talents d’administratrice patiente et stimulante. Très attentive aux réalités du terrain, écoutant soigneusement les propos des uns et des autres, informée des exigences techniques, elle a grandement contribué à faire prendre conscience aux simples gens qu’ils pouvaient, à certaines conditions, se faire entendre des décideurs politiques. Elle déclarait à ce propos, lors d’une table ronde sur les luttes urbaines en 1975 : « Les comités de café représentent quelque chose de nouveau dans la mesure où grâce à leur action, les citoyens concernés refusent désormais de se laisser imposer la politique du fait accompli du moins en matière d’habitat. Si les comités ne mettent pas en péril le pouvoir économique, ils bousculent les élus. Cela m’apparaît comme un net progrès. »
À Jean-François Vaes, alors sénateur ECOLO qui l’interrogeait en 1993 sur cette longue expérience elle déclarait : « Durant ces 20 ans de lutte, de sueur, de déception on a souvent l’impression d’être cocu mais c’est chouette quand même. » On peut affirmer sans exagérer que Marguerite a éduqué des dizaines de citoyens jeunes ou pas à l’action pluraliste de quartier c’est-à-dire à l’écoute, à l’organisation de débats, à la pratique du pétitionnement, à la négociation avec les autorités.
Sa fidélité au PC qui avait été pour elle une manière de colonne vertébrale était devenue de plus en plus critique. Elle observe dans une contribution à une conférence fédérale en 1985 : « Je nous sens complètement sclérosés… aucun courant d’idées ne circule plus
Son dernier geste politique fut de figurer avec Maggy Rayet-Van Loo et Anne Herscovici comme candidate indépendante sur les listes ECOLO à Ixelles lors des élections communales de 1992.
Marguerite a vécu seule, sans compagne ou compagnon, très attachée à sa liberté mais toujours attentive à la détresse des gens. Elle aura été pour sa filleule « une mère de rechange » et elle a aidé avec chaleur de nombreuses personnes esseulées.
C’était une grande lectrice : Yourcenar, Colette, Jean Rostand figureraient parmi ses favoris. Elle fut aussi une grande voyageuse et une chineuse avertie dotée jusqu’au bout d’un grand appétit de vivre.
Marguerite Mertens : une femme engagée, forte et modeste. Une vie généreuse toute de cohérence et de lucidité.
Rosine Lewin