Alice Degeer : son travail parlementaire et communal.

Alice Degeer fut députée de l’arrondissement de Liège en mai 1936 et le restera jusqu’à 1946. Elle fut sénatrice de 1946 à 1949. En 1939, elle est en plus élue conseillère communale et échevine des affaires sociales à Ougrée.

À partir de 1930, le chômage se développe de manière importante suite à la grande économique de 1929. Les salaires sont très bas. Des grèves éclatent un peu partout dans le pays, surtout dans les centres industriels de Wallonie.

De nombreux militants communistes participent à ces conflits. Ce fut le cas d’Alice Degeer. Les élections de mai 1936 consacrent les résultats du travail des communistes en faveur des ouvriers par l’élection de 9 députés et 4 sénateurs. Parmi eux : une femme Alice Degeer.

Au cours de ces mêmes sélections, 21 élus rexistes font leur entrée au Parlement. Les communistes s’affrontent durement à ces derniers y compris Alice qui avait déjà l’expérience de l’opposition à l’extrême droite à Liège.

Elle utilisera sa fonction de parlementaire pour continuer la lutte pour l’augmentation du pouvoir d’achat, pour la protection de la santé, pour combattre le chômage et aussi pour l’émancipation des femmes.

Elle fait des propositions étonnantes vu leur actualité en ce qui concerne les droits des femmes. Elle interpelle le gouvernement à plusieurs reprises, dénonçant les difficultés auxquelles elles font face, réclamant de meilleurs salaires et la baisse des prix pour les produits de première nécessité.

Après de nombreuses tentatives pour obtenir le droit de vote pour les femmes, elle dépose au cours de la séance du parlement du 23 juin 1939 une proposition de loi leur accordant le suffrage universel, en motivant cette proposition par une seule phrase  » La condition d’infériorité des femmes dans le domaine électoral n’a que trop duré. »

Les événements qui se déroulent juste avant la guerre vont rendre la situation des parlementaires communistes de plus en plus difficile. Les 29 et 30 septembre 1938, les accords qui ont été signés à Munich entre la France, l’Angleterre, l’Allemagne et l’Italie prévoit la session du territoire des Sudètes (Tchécoslovaquie) à l’Allemagne en échange de la promesse de ne pas attaquer les pays occidentaux.

L’URSS, de son côté, signe le pacte germano-soviétique en août 1939. Le parti, qui défend ce pacte, va être attaqué par la grande majorité de la classe politique belge en dépit du soutien des travailleurs dans certains centres industriels. Les communistes considèrent qu’en signant ce pacte de non-agression, l’URSS a remporté une victoire pour la paix et ils dénoncent la capitulation des pays occidentaux qui espèrent lancer Hitler contre le l’URSS mais pour la population, l’attitude des soviétiques est une trahison.

C’est à ce moment que les accords passés entre le PCB et le POB sont rompus. La Fédération liégeoise du POB décide le 24 septembre 1939 de mettre fin à la direction commune de la province. Des collèges communaux sautent. Alice Degeer refuse de quitter son poste et reste échevine sans attribution. Elle devra cependant abandonner son mandat communal suite à la notification qui lui est faite par le Conseil communal le 9 avril 1940.

Le 13 mai 1940, le gouvernement Pierlot décide l’arrestation des dirigeants et des cadres communistes en dépit de leur immunité. Presque tous les parlementaires seront arrêtés et internés. Ils se retrouvent à la prison de Forest en compagnie de rexistes. Les prisonniers seront ensuite conduits en France et subiront des sorts divers. Quelques-uns seront dirigés vers Abbeville où deux d’entre eux seront fusillés en même temps que des militants flamands, des immigrés allemands et des Juifs ayant fui le nazisme et es rexistes. Alice Degeer sera, elle, emmenée dans le Sud-Ouest et séjournera un moi au camp de Gurs. Elle sera libérée grâce à une opération audacieuse menée par Jean Fonteyne, avocat communiste bruxellois

Après la Libération en 1944, la résistance participe à la vie politique, à la reconstruction démocratique du pays et à la répression des collaborateurs. Certains excès seront reprochés aux membres communistes de la Résistance. Àlice Degeer, seule rescapée, à ce moment du groupe parlementaire communiste, devra assumer la tâche de défendre les résistants.

Alice Degeer n’a jamais hésité à afficher clairement ses conviction politiques et son origine sociale. Redevenue parlementaire, elle a fait preuve d’un courage et d’une volonté peu ordinaire. L’ambiance au Parlement n’était certainement pas très sympathique vis-à-vis d’une femme d’origine sociale défavorisée, communiste de surcroît qui prenait la défense des plus démunis face à des parlementaires masculins représentant plus de 99 % des élus d’origine bourgeoise pour nombre d’entre eux. Elle n’a pas hésité à déclarer à la tribune du Parlement le 14 mars 1940 : » Travaillant aux usines d’Ougrée Marihaye en 1921, j’ai dû faire des journées de 16 heures. Nous devions nous soumettre à cette exploitation d’abord parce que nous étions obligés de gagner notre pain ensuite parce que nous n’étions pas du tout défendus. »

A suivre

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