Les technologies émergentes et les technologies de rupture

Le concept stratégique 2022 de l’OTAN présente les technologies émergentes et les technologies de rupture comme « porteuses de nouvelles opportunités stratégiques à saisir ». 

Ces nouvelles technologies regroupent ce qui a trait à l’intelligence artificielle et à l’informatique (principalement l’utilisation des métadonnées), aux systèmes autonomes (les « robots-tueurs »), aux technologies quantiques, aux biotechnologies (l’application de la science et de la technologie à des organismes vivants. Pensons par exemple aux projets d’ « humain augmenté »), aux technologies hypersoniques ou encore à l’espace.

Nouvelles, peu définies et peu réglementées, ces technologies laissent le champ libre à une série de nouveaux moyens militaires et participent à une nouvelle course à l’armement technologique afin d’obtenir l’arme la plus petite, la plus performante, la plus autonome possible. Or, ces technologies – bien-nommées de rupture – posent de sérieux problèmes éthiques, légaux et sociétaux notamment en matière de responsabilité. Elles augmentent le risque de dysfonctionnements techniques et favorisent la déshumanisation de l’adversaire. 

En 2021, au sommet de Bruxelles, les dirigeants des pays de l’OTAN ont décidé de créer DIANA (l’« Accélérateur d’innovation de défense pour les technologies émergentes et les technologies de rupture »). Un an plus tard, au sommet de Madrid, la charte du DIANA a été entérinée et l’OTAN a communiqué l’emplacement des premiers centres d’essais et des sites accélérateurs. Les dirigeants de vingt-deux pays ont en outre créé le premier fond de capital-risque « multi-souverain » au monde, qui est doté d’un milliard d’euros et permet depuis 2023 de réaliser des investissements. 

La Belgique a annoncé participer à ce fonds souverain, avec 21 autres États membres de l’OTAN.  Elle accueillera un « accélérateur d’innovations » et cinq « centres d’essais ». Ils travailleront sur la plupart des technologies émergentes et de rupture : l’Intelligence artificielle, les armes autonomes, les armes hypersoniques, la gestion et l’utilisation des métadonnées, les biotechnologies, l’aérospatial, les nanotechnologies et les technologies vertes.

Si Défi répond « Oui » à son opposition à la recherche et développement pour les technologies de rupture, c’est pour signaler son opposition aux systèmes d’armes létales entièrement autonomes. Pour le reste en effet, Défi soutient que « l’avancement dans ce type de technologie militaire se réalisera avec ou sans nous. Il est nécessaire que l’Europe soit à la pointe, l’OTAN également, en vue de ne pas être dépassés en cas de conflit ». 

Les Engagés sont encore une fois très clairs sur la question et semblent ne même pas vouloir s’encombrer de considérations éthiques puisque « les acteurs malveillants n’auront certainement pas a priori un rejet éthique des nouvelles technologies ». Du coup, les Engagés appellent finalement à faire la même chose que ces « acteurs malveillants ». Plus encore, ce parti soutient que « la dissuasion collective est plus que jamais d’actualité. Cette dissuasion doit prendre en compte la compétition technologie internationale ». Il va même jusqu’à soutenir que « toute attitude contraire serait une menace pour la paix » !

Le MR, lui, « est fier d’avoir joué un rôle moteur dans l’adhésion de la Belgique à Diana ». Pour ce parti, « la force de nos start-ups ainsi que notre position centrale en Europe et en tant que pays hôte de l’OTAN promettent un bon retour sur investissement ».

Le PS et Ecolo insistent tous deux sur la nécessité de poser des balises éthiques fortes pour encadrer le développement et l’utilisation de ces technologies émergentes. Cela étant, les deux partis signalent que les investissements dans les technologies de rupture sont utiles pour disposer d’une armée crédible et mieux adaptée aux défis actuels. 

Le PS rappelle par contre que le développement et l’acquisition de systèmes d’armes létaux autonomes ne sont pas prévus dans le Plan STAR présenté par la ministre de la Défense et approuvé par le gouvernement. 

Le PTB rappelle son opposition ferme contre les armes autonomes ou supersoniques. Il défend l’idée selon laquelle « la recherche sur les biotechnologies ou les technologies vertes [se fasse] dans un cadre civil et non militaire ».  

A suivre
Samuel Legros
Extrait du CNAPD

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