Verdict d’un tribunal militaire.

Ils ont tous aujourd’hui plus de 80 ans. Mais soixante-deux ans après les faits, le tribunal militaire de La Spezia les a condamnés par contumace, samedi, à la réclusion criminelle à perpétuité. Dix anciens soldats allemands de la 16e division SS Reichsführer ont en effet été retenus coupables d’avoir participé au massacre de Marzabotto qui, à l’automne 1944, avait fait pas moins de 771 victimes civiles, parmi lesquelles de nombreux enfants, plus de 300 femmes et quatre prêtres. « Ils lançaient en l’air les nouveau-nés et les tuaient à la mitraillette. Ils violaient les femmes », a rappelé l’un des témoins durant le procès.
Battant en retraite vers Bologne, la division SS avait semé la terreur sur son passage, dévastant les villages qu’elle traversait pour punir les habitants soupçonnés d’apporter leur soutien aux résistants. « Ils ne pourchassaient pas les partisans, a toutefois fait remarquer le procureur Marco De Paolis dans son réquisitoire. Ils préféraient massacrer des femmes enceintes et des enfants. »
Pas d’extradition
Jusqu’à présent, seul le major Walter Reder avait dû répondre de l’effroyable tuerie de Marzabotto qui reste l’un des symboles de la barbarie nazie en Italie. Capturé en 1951 par les Britanniques et extradé, le chef de la division avait été condamné à la prison à vie avant d’être gracié en 1985. La découverte, en 1996, dans les archives du Parquet militaire de Rome, de dossiers concernant les violences nazies durant la guerre a permis de relancer les procédures. Rédigés juste après la fin du conflit par les troupes britannico-américaines, les comptes rendus des interrogatoires des SS ayant participé aux massacres avaient été pendant plusieurs décennies ignorés, pour cause de Guerre froide.
Condamnés pour pluri-homicide, les dix anciens SS, qui se trouveraient aujourd’hui en Allemagne, ne devraient pas être extradés en raison de leur âge. « Il est clair qu’après tant d’années les coupables sont devenus inatteignables », a d’ailleurs indiqué dimanche le chef du gouvernement, Romano Prodi, qui a cependant rappelé qu’il « est juste que de tels crimes ne soient jamais prescrits ».Eric Jozsef, Rome Ecrit en 2007
Extrait de « Le Temps