Pour ne pas oublier

Jean, le mineur

En 1954, le salaire journalier était de 315 francs. Pour les ouvriers qui pratiquaient l’ouverture des voies, le salaire était de 305, 38 francs. Pour les ouvriers de fausses voies, il était de 210,70 francs Mais il se peut que dans d’autres charbonnages, dans d’autres sociétés, les salaires étaient plus élevés au plus bas.

Encore un mot sur la vie des ouvriers mineurs dans les années 1945 à 1950. La mobilisation civile avait été décrétée en avril 1945 par le gouvernement Van Acker. Dans ces années, on a même vu des mineurs qui étaient partis travailler dans certaines usines ou dans la construction du bâtiment obligés à revenir à la mine. On a même vu des gendarmes venir les chercher sur leur lieu de travail pour les ramener à la mine. Par la suite, , on a interdit aux patrons des usines d’engager des mineurs. Pendant ces années, le transport du charbon était sévèrement contrôlé.

. Le charbon était surnommé l’or noir et c’est pourquoi pendant ces années, les gueules noires étaient les bien-aimés aussi bien en France qu’en Belgique. Je crois bien qu’en décrivant ma vie de gueule noire, que c’est bien celle de tous les mineurs du Pays Noir mais aussi de Campine puisque j’ai travaillé dans 6 puits différents en Wallonie et dans un en Campine, à Beringen.

J’ai déjà écrit dans un premier article la vie des gamins de 14 ans dans le fond de la mine surtout le travail dans les tailles. À 17 ans, j’étais ouvrier à veine. Après un grave accident à Beringen, à 24 ans, j’étais machiniste loco. De retour en Wallonie, au puts numéro 6 de Trazegnies à 26 ans, j’ai repris le poste d’ouvrier à veine et à 27 ans j’étais surveillant dans une taille.

Le 1er août 1949, je suis nommé porion et en 1950, comme j’étais en bonne santé, on m’a envoyé à la centrale de sauvetage de Ressaix comme sauveteur guide et j’y suis resté jusqu’en 1960. Alors après 25 ans de mine, j’ai pris ma retraite et bien des gens m’ont demandé si je n’avais pas honte de la prendre jeune. Je leur répliquais que je n’avais pas à être honteux d’être descendu à 14 ans au fond de la mine.

À ce jour en 1991, je suis encore en bonne santé. J’ai toujours suivi les conseils des docteurs de la centrale de sauvetage. Voici ces conseils : arrêter de chiquer du tabac ou de la roule d’Alost, arrêter de fumer, dans la mine et ne pas trop manger trop et surtout de ne jamais toucher votre pain ou votre fruit avec les mains noires car les médecins disaient : « La trace de vos doigts sur votre pain vous fera plus de mal que de respirer une journée de poussière. Gardez toujours votre masque anti-poussière, gardez-le même quand vous ne les voyez pas car ce sont les plus fines poussières les plus dangereuses. »

Je peux dire que j’ai toujours suivi leurs conseils et aussi, chaque matin je faisais des exercices respiratoires. De 18 % de silicose, je suis retombé à 2 %. Tous les deux ans, je passais une visite de contrôle des poumons et des voies respiratoires. Et lorsque je disais aux docteurs qui me soignaient que c’était la 15e année que je faisais les vendanges à Châteauneuf du Pape, aux  Grès et Rasteau, ils me disaient : « Et bien, c’est là dans les vignes que vous vous êtes régénéré vos poumons c’est aussi pour cela que je continue à y aller. »

. Si je parle de ma santé c’est pour répondre à tous les gens qui me téléphonent et que je remercie de s’inquiéter de ma santé.

Je ne suis pas le seul car je connais quelques anciens mineurs qui ont gardé la santé. Malheureusement, il n’y en a pas beaucoup. On entend dire aussi que les mineurs touchent une bonne pension. À cela, je leur dis que pour avoir une bonne pension, il faut être malade à 50 % et plus de silicose. Je vais de temps en temps leur rendre visite et ils me disent : « Oui, on vous donne de l’argent quand vous n’avez plus la santé pour pouvoir en profiter car beaucoup de ces mineurs ne savent plus sortir. » Il y a aussi d’autres métiers évidemment qui détruisent la santé des hommes.

Peut-être fera-t-on un livre des 42 articles qui sont parus dans La Petite Lanterne à la gloire des gueules noires. Je remercie tous les lecteurs et lectrices qui m’ont téléphoné et aussi La Petite Lanterne pour m’avoir encouragé à écrire ma vie de mineur de fond. J’ai fait de mon mieux et je m’excuse auprès des anciens si parfois j’ai eu un oubli sur certaines méthodes de travail.

J’étais une gueule noire parmi tant d’autres mais aussi le travail changeait d’un puits à l’autre

C’était la vie des gueules noires, écrite de mémoire.

Fin

Jean, le mineur

Un dernier mot à Jean,

Jean, tu as toujours participé à toutes les activités organisées par l’association courcelloise Progrès et Culture. À ce jour, tu nous as quittés mais tu es toujours bien vivant dans la mémoire de ceux que tu as bien connus et qui sont devenus vieux à leur tour. Vu l’évolution des méthodes d’impression et surtout grâce à Internet, nous avons jugé utile de réécrire ton histoire pour qu’il en subsiste un maximum possible dans la mémoire de nos concitoyens et de celle des générations à venir.

Progrès et Culture.  

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