
Malheureusement, nous avons eu un coup de grisou le 11 mai 1950 à la taille 27 niveau 570 m. Il y avait 40 hommes ouvriers abatteurs et manœuvres du transport. 39 furent tués dont mon frère Georges âgé de 22 ans et mon frère Yvon de 15 ans fut le seul rescapé. Il a beaucoup souffert car il avait de graves brûlures sur tout le corps. Pendant son hospitalisation à Morlanwelz, il n’a jamais passé une nuit seul. Il y avait toujours un membre de la famille à ses côtés.
Parmi les victimes, nous comptions 21 Belges, 1 Français, trois Italiens, 7 Ukrainiens, 4 Polonais, 2 Russes et un Allemand.
Nous avons été prévenus par notre frère Albert. Joseph et moi avions terminé le pose de nuit. Nous sommes partis au puits pour organiser une deuxième équipe de secours constituée de mon frère Joseph, Raymond Gamache, François Embise, Maurice Dolivier, Gaston Saligot, Fernand Masquelier, Jean Desmet et moi-même. Nous étions tous porions accompagnés du boutefeu Joseph Gillot.
Comme la première équipe de secours était au niveau 570, la nôtre fut envoyée au niveau 490 vers la tête de taille. C’est là que deux sauveteurs de la centrale de Ressaix et l’ingénieur monsieur Istace ont récupéré notre frère Yvon.
Notre équipe n’a ramené que des corps brûlés. Lors de notre dernière descente sont venus s’ajouter trois volontaires : un Ukrainien, Joseph Luniot et deux Italiens, Partito Vito et Gigi.
Après avoir remonté tous les corps, nous sommes allés rechercher les lampes, les autres objets, reboiser la taille car tous les bois et bêles avaient été soufflés. Gigi, Joseph, Victor et moi, nous étions vers le milieu de la taille qui avait un très bon toit puisse qu’il n’y avait pas eu d’éboulement.
Tout en reboisant, je pensais à ce que je lisais pour mon père en 1934 après le drame du 23 mai à Pâturages lorsqu’une équipe de sauveteurs avait péri dans un second coup de grisou. Plus j’y pensais, plus je prenais peur.
Soudainement, j’ai dit aux trois ouvriers qui m’accompagnaient : « Venez, c’est fini ! » Nous sommes remontés à la surface. Tout en marchant, je leur racontais pourquoi j’avais eu peur.
Oui, en 1934, je lisais le journal pour mon père donc les nouvelles du coup de grisou de Pâturages. C’est pourquoi je m’en suis souvenu car le deuxième coup de grisou avait tué une équipe de sauveteurs conduite par Dupuis
C’est alors que j’ai dit aux hommes qui étaient avec moi de remonter car j’avais pris peur en pensant à tous ces mineurs morts à cause de ce sale grisou.
Arrivés à la surface, tous les corps avaient été rendus à leur famille et déposés à la maison communale de Trazegnies qui avait été transformée en chapelle ardente. C’est seulement en fin d’après-midi que j’ai pu rendre visite à Yvon et à Julien Roelandt à l’hôpital de Morlanwelz. Mon frère fut le seul rescapé car Julien mourut durant la nuit du 13 au 14 mai.
On avait ramené le corps de mon frère Georges chez mes parents. C’était vraiment une grande tristesse pour la famille.
Le samedi 13 mai, c’était le moment des funérailles de 24 victimes que l’on avait placées dans la chapelle ardente de Trazegnies. Une énorme foule se pressait sur tout le parcours du cortège funèbre. Le soir, mon épouse et moi, nous nous sommes rendus à l’hôpital de Morlanwelz pour passer la nuit près de Yvon. À côté de lui, Julien mourut vers 3h du matin. Vers 6h, son père arriva des Flandres.
Il voulait reprendre le corps de son fils mais il ne parlait pas le français et c’est mon épouse qui servit d’interprète entre le père éploré, le docteur et les gendarmes.
A suivre
Jean, le mineur.