Jean le mineur (suite)

Verrerie Fourcault où l’on emprisonna beaucoup d’inciviques en attendant leur jugement

Rappel : « On venait d’annoncer à Jean le mineur que des inciviques allaient venir travailler dans la mine. «

Jean continue son récit.

Je revenais au puits avec le train vers 7h car les inciviques venaient 1 h plus tard que les ouvriers de la pause de 6 h. Le premier jour fut très difficile car ces hommes ne voulaient pas monter dans le train. C’étaient des hommes qui avaient servi dans les brigades de Léon Degrelle. Ceux que j’ai connus étaient beaucoup d’hommes des environs de Charleroi.

Comme ils me l’ont expliqué, ils étaient condamnés à des peines différentes soit 2 ans, 4 ans ou 6 ans. Certains devaient y rester 10 ans. C’étaient ceux qui avaient fait partie de régiments SS. En acceptant de venir travailler dans la mine, ils ne faisaient que la moitié de leur condamnation. Donc celui qui était condamné à 2 ans ne restait qu’un an au fond. Celui qui en avait quatre ne faisait que 2 ans et ainsi de suite.

Nous avons eu bien des difficultés pour leur apprendre le travail car ils n’acceptaient pas d’être commandés en flamand et souvent ils ne comprenaient rien. On les encadra par chef porion wallon et des surveillants moniteurs. Je me souviens que durant les premiers jours, il y a eu des bagarres dans la taille et plusieurs furent renvoyés en prison pour avoir frappé des surveillants. Monsieur Maloteau, le conducteur des préparatoires, qui était un Wallon, passait tous les jours à la taille et alors on a vu la production du charbon augmenter.

À la surface, j’ai connu des soldats qui les gardaient et qui les amenaient à la mine. Ils étaient logés dans le camp où les prisonniers russes avaient été abrités pendant la guerre. Les soldats qui les gardaient de la classe 41 du 2e Chasseur à pied de Charleroi. C’étaient justement ces soldats que j’aurais dû rejoindre le 7 mai 1945.


Les mois passaient et nous voilà en 1946. Je continuais toujours mon travail de machiniste loco ce qui me plaisait mieux plutôt que de courir derrière les chevaux comme à Forchies la Marche. Je restais assis dans la cabine de la locomotive.

Au mois d’août, mes frères étaient venus à vélo de Courcelles à Bourg Léopold passer les congés. Ils ont encore insisté pour que je retourne avec eux et c’est la raison pour laquelle j’ai donné mon préavis. Le 27 août, je terminais à Beringen. Nous sommes revenus habiter à Courcelles.
Le 5 septembre, je commençais comme ouvrier abatteur au puits numéro 6 de Mariemont Bascoup, siège numéro 6 où j’ai commencé à travailler le 5 septembre 1946. On m’avait placé dans une taille de 60 à 80 cm où étaient occupés mes deux frères et juste à côté de mon frère Auguste.

Je tombais justement à une diminution de la hauteur de la taille et, il n’y avait que 20 cm de veine de charbon et en plus le toit était friable. J’étais bien mal servi, heureusement cela n’a duré que quelques jours.

Le porion était monsieur Jean-Baptiste Duquesne qui devint vite mon ami et qui m’avait conseillé d’aller suivre les cours de mine à Morlanwelz. Mon travail dans la taille me faisait beaucoup souffrir car après Beringen cela faisait plus de 2 ans que je n’avais plus travaillé dans une taille.
Heureusement je suis allé dans une autre taille qui avait un mètre et un peu plus d’ouverture, c’était bien mieux que dans la petite. Nous avions un porion très gentil, c’était Monsieur Jean Debacker et lui aussi, il m’avait conseillé de suivre des cours.

Tous les travaux étaient bien aérés ce qui fait que je m’y plaisais. je retrouvais un bon personnel de maîtrise et beaucoup de camarades parmi les ouvriers. En 1947, on nous a amené des prisonniers allemands. Je me souviendrai toujours des premiers arrivés, des jeunes de 17 ou 19 ans qui avait été placés à la trémie. Ils étaient aidés par un Belge pour leur apprendre le métier.


Jean le mineur
A suivre

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