Trois raisons pour boycotter les championnats du monde de cyclisme au Rwanda

Au mois de septembre, les championnats mondiaux de cyclisme sur route auront lieu à Kigali. Alors que la Belgique et le Rwanda ont récemment rompu leurs relations diplomatiques, le boycott de cet évènement par les autorités de notre pays s’impose pour plusieurs raisons.
Tout d’abord, les graves violations des Droits Humains imputables au M23 dans l’est du Congo ont été, c’est de notoriété publique, commises avec l’appui de l’appareil d’Etat rwandais. Il est de ce point de vue indéniable que le régime de Paul Kagame poursuit une politique expansionniste dans la région des Grands Lacs. Le bilan humanitaire de cette négation de la souveraineté de la RDC est à proprement parler effroyable. Les milices pro-rwandaises sévissant dans la région depuis bientôt 30 ans sont, en effet, responsables de la mort de près de 6 millions de personnes. De surcroît, cette zone du Congo compte 7 millions de réfugiés du fait de l’activité des mouvements de rébellion financés et équipés par le Rwanda. On se souviendra qu’à l’occasion de la Coupe du monde de football en 2022, le mouvement social avait, à raison, dénoncé l’organisation de cette compétition par le Qatar, du fait de la maltraitance systémique des travailleurs immigrés employés sur les chantiers de la riche pétromonarchie. La cohérence impose, dès lors, d’en faire autant avec le Rwanda.

Ensuite, nous sommes tous concernés, en tant qu’utilisateurs d’appareils numériques (à commencer par les smartphones), par le drame qui se déroule sous nos yeux dans la partie orientale de la RDC. En effet, les richesses du sous-sol congolais constituent la base matérielle de la chaîne de valeur du numérique tant et si bien que nous avons tous, d’une certaine façon, un petit bout du Congo dans une poche. Sans coltan, les condensateurs de nos téléphones mobiles et de nos ordinateurs ne pourraient pas fonctionner. De même, les soudures des circuits électriques de nos tablettes ne pourraient être effectuées sans une utilisation massive de la cassitérite congolaise dont on extrait l’étain. Et qui sait en Belgique que les vibreurs et les hauts parleurs de nos GSM seraient parfaitement inopérants sans le wolfram et le tungstène présents en très grande quantité dans l’est de la RDC ? En outre, l’or du Kivu occupe une fonction cruciale dans la production des cartes mères et des circuits imprimés. La liste des minerais congolais indispensables à la mise en réseau du monde est longue. En tout état de cause, il est particulièrement interpellant que toutes ces matières premières soient aujourd’hui qualifiées de « minerais du sang » par les Congolais-e-s.

Enfin, mettre en exergue notre responsabilité de consommateurs dans le conflit en cours à la frontière rwando-congolaise ne peut évidemment se faire sans dénoncer dans un même mouvement la si mal nommée « communauté internationale », à commencer par l’Union européenne. C’est ainsi que le partenariat stratégique sur les matières premières critiques conclu entre l’UE et le Rwanda doit être catégoriquement dénoncé. En confiant un rôle à ce point central à Kigali pour ce qui est de l’approvisionnement des chaînes de valeur de la filière numérique, la Commission européenne se fait clairement la complice des massacres, des viols et des pillages perpétrés par le M23. Pourtant, aucune realpolitik ne peut justifier cette collusion. L’histoire récente des conflits en Afrique en lien avec le secteur extractif le prouve amplement. Par exemple, depuis plus de 20 ans, un mécanisme plus connu sous le nom de « processus de Kimberley » associant des ONG, des entreprises privées et des officiels (dont l’Union européenne) ont rendu possible le fait que la filière du diamant ne soit plus mise au service du financement des activités militaires de mouvements rebelles visant à saper l’autorité de gouvernements légitimes.

Un débat doit donc être engagé à partir de la Belgique, dont les liens avec le Congo relèvent de l’histoire profonde, pour que des dynamiques similaires s’appliquent au cas d’espèce des ressources minérales citées précédemment. Dans cette optique, le boycott des prochains championnats du monde de cyclisme constitue à coup sûr une initiative dont la force symbolique, du fait la popularité de ce sport chez nous, permettra de donner à toutes ces problématiques la caisse de résonance qu’elles méritent.

Il est plus que temps…

L’Association Culturelle Joseph Jacquemotte

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