Second mandat de Trump : une offensive conservatrice et des mesures radicales (suite)

Migration : une politique musclée mais limitée

En matière de migration, le président élu prévoit de lancer dès son investiture « le plus grand programme d’expulsions de l’histoire américaine« , a assuré le républicain pendant sa campagne. , a indiqué un haut responsable qui va prendre ses fonctions. « Il va y avoir des actions dans tout le pays« , a indiqué le 17 janvier sur la chaîne américaine Fox News Tom Homan, ex-directeur de l’agence chargée du contrôle des frontières et de l’immigration (ICE) et qui sera en charge des frontières dans l’administration Trump.

Le président élu veut aussi, dès le premier jour, mettre fin au droit du sol, qu’il juge « ridicule« . Selon les estimations, environ 11 millions de personnes résident clandestinement aux États-Unis. Pour passer à l’acte, Donald Trump veut déclarer l’état d’urgence national et faire appel aux militaires.

Effectivement, renvoyer un certain nombre de migrants illégaux et qui ont été condamnés sera probablement une des premières actions prises par le président Trump, pensent Serge Jaumain et Jean-Éric Branaa. Ce dernier avance même que les premières villes qui en feront les frais seront les villes « sanctuaires » pour les immigrants, comme Chicago, New York, Los Angeles, San Francisco ou encore Houston.

Mais, poursuit le Français, il y a une grande différence entre ce que Trump a promis et la réalité puisqu’il n’a « ni les moyens ni les hommes pour pouvoir conduire une telle politique« . Par ailleurs, « il est inimaginable qu’il renvoie, comme il l’a annoncé, 11 millions d’immigrants« , ajoute Serge Jaumain. « Cela mettrait l’économie américaine à mal dans toute une série de secteurs et il y aurait des pressions du monde économique.« 

Le président des États-Unis peut prendre certaines décisions immédiatement par simple décret. Les experts s’attendent à ce qu’il supprime une application utilisée par les demandeurs d’asile, ou un programme spécifiquement conçu pour les migrants en provenance d’Haïti, de Cuba, du Nicaragua et du Venezuela.

Mais son pouvoir a des limites. Jean-Éric Branaa rappelle qu’un décret s’appuie sur une loi, mais n’a pas force de loi en tant que telle. « Il va falloir souvent passer par le Congrès pour pouvoir mettre en place la politique qu’il va décider. » D’autres droits, comme le droit du sol par exemple, sont garantis par la Constitution. Tout programme d’expulsions pourrait donc buter sur des recours en justice, ainsi que sur le refus de certains pays d’accueillir leurs ressortissants.

Droits sociaux : un retour aux valeurs conservatrices

Le mandat de Donald Trump sera également marqué par une guerre culturelle extrêmement forte, prévient Jean-Éric Branaa. Même si les conservateurs ont déjà obtenu de nombreuses choses au cours de son premier mandat, ils considèrent qu’il faut aller plus loin. « Quand je parle des conservateurs« , précise-t-il, « je vais élargir aux évangéliques parce que la religion a beaucoup d’importance« .

Le chercheur pense en effet qu’ils vont demander, par exemple, que la Bible soit enseignée dans les écoles, qu’on retire des livres tout ce qui a un rapport aux transgenres, à la transidentité ou à autre chose que deux genres qui sont un papa et une maman pour le modèle familial.

« D’un simple trait de plume, dès le premier jour, nous mettrons un terme au délire transgenre« , a d’ailleurs assuré le président élu, qui a promis d' »exclure les transgenres » de l’armée et des écoles. « La politique officielle des États-Unis sera qu’il n’y a que deux genres, homme et femme« , a-t-il affirmé.

Donald Trump a aussi promis de supprimer tout financement fédéral des écoles ayant adopté la « théorie critique de la race« . Ce concept, qui désigne au départ un courant de recherche, est utilisé de manière péjorative par les conservateurs pour dénoncer les enseignements de sensibilisation au racisme.

La question de l’avortement n’est pas non plus réglée. Il y aura encore des offensives, affirme Jean-Éric Branaa, notamment contre le Mifépristone, une pilule qui permet de faire un avortement médicamenteux. La Louisiane avait en effet approuvé en mai 2024 une proposition de loi classant la pilule abortive comme substance dangereuse. « Si Donald Trump reprend le pouvoir, il essaiera de transformer ce qui se passe dans des États comme la Louisiane en une réalité à l’échelle nationale« , avait fustigé Joe Biden.

« En fait« , résume le maître de conférences à l’université d’Assas à Paris, « il y a un retour à ce que pouvait être l’Amérique il y a maintenant 50 ans« . Il observe un recul des droits à peu près partout, y compris les droits des femmes. Selon lui, l’idée d’un modèle familial « traditionnel », avec une femme qui reprend un rôle « traditionnel » — tel que l’imaginent les conservateurs américains — va refaire surface dans l’ensemble du pays « parce que les conservateurs ont repris du poil de la bête« .

Grâces pour les condamnés du 6 janvier

Enfin, Donald Trump a répété récemment qu’il prendrait une mesure de grâce « majeure«  pour les personnes condamnées après l’assaut du Capitole le 6 janvier 2021, qu’il qualifie d' »otages« . Une certaine ambiguïté persiste pourtant sur le sort des personnes condamnées pour des violences sur des policiers.

Le 6 janvier 2021, une foule de partisans de Donald Trump avait pris d’assaut le Capitole pour empêcher la certification de la victoire de Joe Biden. Plus de 1500 personnes ont été inculpées et 1270 condamnées, certaines attendant encore de connaître leur peine, selon les derniers chiffres du ministère de la Justice.

Extrait de rtbf.be

Laisser un commentaire