Les gamins au fond de la mine (3)

Je continue te raconter mon travail de gamin. En octobre 1936, on est venu nous offrir 3 francs de plus par jour pour aller travailler au puits numéro 10 de Forchies la Marche. Je quitte donc le charbonnage des Hamendes à Jumet le 13 octobre 1936 pour commencer le 15 octobre 1936 au numéro 10 à Forchies.

Là aussi, j’ai travaillé dans une taille qui avait beaucoup d’eau. Les ouvriers abatteurs remontaient une heure plus tôt. Ils avaient donc 1 heure de grâce mais nous, les gamins, nous devions rester pour évacuer le charbon qui restait dans les couloirs. Quand je rouspétais auprès du porion, je lui disais que je n’étais pas venu pour être dans l’eau. ll me répondait : « Vous êtes venu pour faire ce qu’il faut faire. » Heureusement, nous avions un délégué syndical qui nous défendait. Il s’appelait Marchant.

À force de rouspéter, on m’a donné un travail dans la voie. Je devais aider un hiercheur adulte à rouler avec une bérotte. La bérotte, nous la remplissions à la taille et nous devions la pousser jusqu’à la cheminée. Arrivés là, nous ouvrions un verrou qui libérait le tape cul et le charbon tombait. Dans la cheminée, le charbon glissait jusque dans la voie principale d’où nous chargions les chariots tirés par des chevaux vers la grande galerie. Ensuite, le trait se faisait avec des treuils. Les frères Daoust formaient des rames de 10 chariots et les faisaient descendre vers le puits d’extraction. Bon, revenons à la bérotte. Qu’est-ce que c’est ? Et bien, c’est un petit wagonnet ou chariot comme on en voit dans certaines rues de Courcelles mais qui se fermait à l’avant ainsi qu’à l’arrière par un tape cul retenu par un verrou.

Après plusieurs mois de ce travail pénible, oui, pénible car nous devions courir dans l’eau rempli de boue. Parfois, il y en avait jusqu’au-dessus des rails. Nous mettions chaussures en caoutchouc et nous retroussions nos culottes jusqu’aux genoux mais c’était déjà beaucoup mieux que dans la taille. Puis on m’a muté vers une autre taille car dans la mine c’est comme ça, les tailles avancent et le travail change. Je sus allé dans une taille où je montais de la boiserie. Celle-ci se trouvait au-dessus d’un bouveau montant. Là, le hiercheur faisait le trait avec deux petits chevaux. Un jour, j’ai dû remplacer cet homme malade. Le porion m’a dit; « Et bien comme vous avez 16 ans, vous pouvez conduire les petits chevaux. » C’est donc moi qui ai remplacé le hiercheur conducteur de chevaux.

J’allais chercher les deux chevaux à l’écurie. Chaque cheval avec son nom écrit derrière lui. L’un s’appelait Pierre. L’autre Galet et je les suivais. Ils connaissaient bien leur chemin pour aller vers la taille mais pour monter les bouveaux, j’avais une grande peur car mon copain Désiré m’avait conseillé de ne pas rester derrière les chevaux lorsqu’ils montaient car parfois, ls pouvaient marcher sur un rail, glissaient et tombaient.

Enfin me voici arrivé au-dessus du bouveau et je continue avec mes chevaux jusqu’à la taille et là j’en attachais un à un chariot et chaque fois qu’il était rempli , je criais « un pi » (un pied) au cheval et il avançait pour amener le deuxième chariot sur la trémie. Une fois que 5 chariots étaient remplis, je les conduisais à la tête du bouveau. Pendant ce temps-là, l’autre cheval était attaché au chariot vide pour exécuter les mêmes manœuvres.

À la tête du bouveau montant, un hiercheur (ravaleur) faisait descendre les chariots et moi, j’en prenais 5 vides pour aller vers les fronts de la taille et je repartais avec les pleins à la tête de du bouveau. Ce travail s’appelait le trait de France. Quand le hiercheur a repris le travail, le chef porion Trigalet m’a proposé 5 francs de plus par jour si je conduisais le gros cheval dénommé Crou en bas du bouveau. J’ai accepté. C’est donc là que j’ai travaillé avec mon copain Désiré Charlier qui était un hiercheur employeur au pied du bouveau. Il accrochait le chariot vide au câble qui passait dans une poulie à frein au-dessus du bouveau montant. Là, un autre hiercheur attachait le chariot plein qu’il faisait descendre et dont il réglait la vitesse au moyen du frein à bras et le chariot vide montait. Le danger était pour mon copain Désiré. C’était lorsqu’ un chariot déraillait, il devait monter dans le bouveau pour le remettre sur les rails

Quand j’étais arrivé avec ma rame, je pouvais l’aider. Mon travail consistait à former des rames de 10 chariots dont Désiré m’avait expliqué la manière de le faire. Je devais placer le premier chariot et le calais pour avoir assez de place. Là, nous les accrochions avec des chaînettes. Lorsqu’il avait le temps, Désiré décrochait les vides tout en accrochant les pleins. En partant avec une rame de 10 chariots vers la galerie, je croisais souvent mon frère Auguste qui était conducteur de chevaux dans la galerie du Nord, moi, j’étais au couchant. Dans la galerie principale, deux hiercheurs, les frères Daoust René et Edmond formaient des rames de 40 chariots qui étaient tirés par des treuils jusqu’à la chambre d’envoyage près du puits.

À suivre

Jean le mineur

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