Mon travail en tant que porion.

Mon frère Joseph est venu quelques mois avec moi. Lui qui avait toujours participé à la bataille du charbon me disait que le travail de nuit était beaucoup moins fatigant. Mais voilà, sa femme ne voulait pas qu’il travaille durant la nuit Elle est même allée à la mine trouver l’ingénieur, Monsieur Istace pour remettre Joseph au premier poste. Comme l’ingénieur lui répondit qu’il n’y avait pas de place au premier poste qui s’effectuait de 6h à 14h, elle lui dit : « Alors vous n’avez qu’à le remettre ouvrier mais il doit travailler au premier poste. »
Cette démarche de son épouse s’est passée en 1950. Avant de venir au poste de nuit, Joseph était porion à la taille 27 à 570 mètres. Le porion qu’il a remplacé le matin dans cette taille a été tué lors du coup de grisou du 10 mai 1950.
Après la catastrophe, Joseph a repris le travail au premier poste. Avant les événements, nous étions huit frères au siège numéro 6. Six travaillaient au fond (Auguste, Joseph, Jean-Baptiste, Georges et Yvon, je tairai le nom du 6e. Deux étaient à la surface (Albert et Pierre). Ce dernier n’est plus descendu après la Libération. Moi, j’ai continué à travailler au 3 ème poste de nuit.
En ces années, il y avait un sauveteur guide à chaque charbonnage. Et chez nous, c’était le porion Jean Debacker. Mais après la catastrophe, il fut malade, les voies respiratoires endommagées par les poussières. Alors au début de 1951, je fus appelé chez l’ingénieur Istace. Celui-ci me dit que j’étais désigné comme sauveteur guide.
Un peu après, on a nommé un sauveteur à chaque poste donc à ce moment, nous étions trois porions sauveteurs guides plus l’ingénieur : au premier poste Syndeck Stanislas, au deuxième poste, Willy Meuleniser et au troisième poste moi, Jean Sturbois.
Fin 1953 j’ai travaillé un peu du matin ce qui veut dire 6 mois au premier poste puisque Albert habitait chez nous avec son petit gamin André. Mais après 6 mois, Albert et André sont partis habiter au Baty chez mes parents. Alors, je suis retourné travailler au poste de nuit.
Ce poste me plaisait bien. J’avais beaucoup de travail à effectuer à l’entretien et je devais surtout consolider les travaux pour la sécurité des ouvriers abatteurs de charbon.
Et les années passèrent. Mais en 1954, j’ai une discussion avec Fernand, le chef porion. J’ai refusé de faire miner dans un crochon de toit parce que je lui avais demandé un ordre écrit. Comme c’était lui qui commandait, c’était lui qui devait miner. Il a refusé de m’écrire l’ordre. Alors j’ai refusé de faire miner. Mon boutefeu à ce moment, c’était Gustave Navez de Trazegnies.
Quelques jours après cette algarade avec le chef porion, Monsieur Istace et Monsieur Monnoyer, l’ingénieur de sécurité m’ont appelé avec le boutefeu. Ils nous ont expliqué comment réaliser de petites explosions avec de la poudre bicarbite . Cette poudre explosive est fracassante et non bruyante. Cela veut dire qu’après avoir miné, un ouvrier pouvait continuer à faire le passage au marteau pique car la dynamite, elle, était destructrice. J’avais reçu un ordre écrit des ingénieurs.
J’ai continué ce travail chaque jour pendant plusieurs semaines. Tout en étant au 3 ème poste, je pouvais aider mon frère Joseph qui était porion au premier poste. J’arrangeais bien les trémies pour qu’il n’y ait pas trop de mal. Chaque fois que je le pouvais, le boutefeu et moi, nous lui apportions des chariots vides pour qu’il puisse faire charger tout de suite le charbon par des premiers ouvriers afin que les hommes du dessus de la taille puissent être dégagés le plus vite possible et puissent faire descendre les boiseries aux ouvriers.
Tout fonctionnait très bien si bien que souvent, je prenais un marteau pique pour abattre le charbon. Je savais où mon frère était placé et à cet endroit, je faisais un trou en avant à l’abri des gaillettes et des bèles et bois qui descendaient avec le charbon
Malheureusement, c’était trop beau pour que cela puisse continuer. Le pied de taille était environ 25 mètres plus bas que le niveau de 640 m. Donc le transport se faisait par la vallée et c’est pour cela que je dégageais la galerie avec Alexandre, l’ajusteur et parfois Gustave, le boutefeu. Alors à partir du niveau de 640, il y avait une petite taille qui nous suivait. Cette taille marchait à mi-temps occupée par une douzaine d’ouvriers et manœuvres. Avec ces quelques hommes, nous avions le tonnage demandé par les patrons.
A suivre.
Jean le mineur