Serge Hustache , président du Collège provincial, ne s’est plus représenté lors des récentes élections d’octobre. Connaissant bien Serge pour l’avoir sollicité à plusieurs reprises durant ses mandats, je tenais à partager avec les lecteurs de Nouvelles toute l’estime que j’ai éprouvée pour l’écoute, les conseils, les soutiens qu’il a accordés au Secours Populaire Wallonie-Bruxelles. D’où la publication de son « au revoir » à la population hainuyère sur Facebook.
Robert Tangre
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Chères amies,
Chers amis,

Dans quelques jours, je tournerai une page. Une page longue de 18 ans faite de hauts et de bas, de défis et de projets mais surtout, une page riche de rencontres. Dans quelques jours, je quitterai mon mandat de Député-Président du Collège provincial. Une certaine nostalgie m’envahit car, pendant 18 ans, je me suis investi sans relâche pour l’Institution provinciale.
La Province de Hainaut, je l’ai découverte en 2006, un peu par hasard. À force de travail, avec l’aide et la collaboration de l’Administration provinciale et de mon équipe, j’ai contribué à assainir les finances, à les ramener à l’équilibre. Les mesures adoptées n’ont pas toujours été faciles : moratoire sur le personnel, diminution des budgets de fonctionnement des institutions… mais pas que…
Et en même temps, nous avons œuvré ensemble au rayonnement de la Province de Hainaut et de la Wapi. Je veux pour exemple le vaste chantier de rénovation de la Cathédrale de Tournai. Pensez donc ! Un enfant des sorcières au chevet de Notre-Dame ! Qui l’eut cru ?
Citons aussi la salle de sports de l’enseignement provincial d’Ath, la construction d’un nouveau bâtiment sur le site de la Cité Georges Point à Tournai ou encore le chantier de reconstruction des Tourelles à Chercq.
Mais la Province, c’est aussi des asbl reconnues pour leur expertise et leur plus-value. Je pense aux Ateliers Tournaisiens de Tapisserie, le CRECIT, qui emploie les dernières licières de haute-lice, au CARAH asbl, qui apporte chaque jour des aides précieuses aux agriculteurs qui en ont tant besoin et aussi à Le Moulin de la Hunelle asbl qui emploie une centaine de travailleurs porteurs de handicaps.
Mais la Province en Wapi, c’est aussi le soutien à Les Rencontres Inattendues, festival qui accueille des milliers de spectateurs chaque année, amateurs de musique et/ou de philosophie.
Durant mes trois mandats, j’ai vu passer un nombre incalculable de réformes touchant les provinces avec, par exemple, des transferts de compétences irréfléchis et mal organisés. Je pense au transfert des voiries qui a mis plus de dix ans à se concrétiser et qui aboutit aujourd’hui à une gestion calamiteuse des anciennes routes provinciales.
Mais il m’est impossible de ne pas évoquer la réforme la plus injuste et la plus surréaliste qu’il m’ait été donné de vivre : la reprise du financement communal des zones de secours par les provinces. Cette réforme punit en quelque sorte les provinces qui ont eu le mérite de gérer sainement et rigoureusement leurs finances pour aider les grandes villes wallonnes, beaucoup moins regardantes à l’utilisation des deniers.
Je pensais avoir tout vu, avoir tout connu. Je pensais que le pire était derrière les Provinces mais c’était avant. Avant de lire la Déclaration de Politique Régionale du Gouvernement MR-Engagés qui, sous de faux prétextes de saine gestion des deniers publics, condamne à mort l’Institution provinciale.
En effet, sous des prétextes populistes, ce sont des milliers d’agents dont l’emploi est menacé par des mesures improvisées et poujadistes. Ce sont pourtant des services indispensables, rendus chaque jour aux Hainuyers dans des domaines variés qui sont dorénavant menacés : enseignement, action sociale, prévention des inondations pour n’en citer que quelques-uns.
Je ne peux quitter mes fonctions sans tirer le signal d’alarme car j’ai les plus grandes craintes pour l’avenir de l’Institution provinciale. Le risque qu’elle soit bradée, de manière inconséquente et irréfléchie, est grand !
Et que dire de la Wapi qui n’est plus représentée à la table du Collège provincial ? Il ne faut pas être grand connaisseur de la politique pour savoir que les absents ont toujours tort. Le risque est grand que les économies se fassent d’abord là, qu’aucun projet n’y soit développé ni même défendu.
Pourtant, Laetitia Liénard, meilleur score provincial dans toute la Wallonie, aurait été LA bonne personne à LA bonne place. Outre son score exceptionnel, ses compétences et son bilan, tant à l’Echevinat des Finances qu’à la Présidence du CPAS de Tournai, plaidaient pour elle. Aussi, elle n’a jamais hésité à relever les défis, à moderniser et à réformer des services qui en avaient besoin, tant d’un point de vue financier qu’organisationnel. Elle aurait pu apporter à l’Executif provincial cette fraîcheur et ces impotences, ô combien nécessaires, à l’aube de réformes profondes imposées par la Région wallonne.
Je crains également que le travail que j’ai accompli en 18 ans ne soit balayé en quelques décisions dictées par les états-majors des grandes villes hainuyères.
Enfin, ma confiance en les agents provinciaux reste inébranlable car je sais, mieux que quiconque, le travail qu’ils accomplissent chaque jour, la résilience dont ils font preuve ainsi que l’utilité de leurs missions !
Bonne chance à tous ceux qui vont continuer la belle aventure provinciale !
Serge Hustache