Interview de Madame Marie-José Sturbois – Wauters

Mon mari, était un rescapé de la catastrophe du charbonnage de Mariemont Bascoup à Trazegnies le 10 mai 1950. Il a vu ses 37 camarades tués sur le coup de grisou qui envahissait l’étage 570. Deux amis mouraient plus tard à l’hôpital. Parmi les victimes, se trouvait également son frère Georges.

Yvon avait 15 ans au moment de l’accident. Il lui est resté des séquelles sur tout le corps, surtout à la tête. Mais l’angoisse causée par l’accident a habité toute sa vie. Elle fut la cause de cauchemars et de beaucoup de nuits blanches. Aujourd’hui, on donne une assistante psychologique aux victimes survivantes pour les accompagner et apprendre à gérer le traumatisme. Lui, il était livré à lui-même. Il était aussi très jeune quand il a vécu ce drame.

Physiquement, il a eu aussi beaucoup de séquelles et il devait souvent se faire soigner. C’est ainsi qu’il était au sanatorium quand je l’ai connu. Je visitais mon père qui y était soigné. Ainsi, on a fait connaissance. Je suis bruxelloise. Nous nous sommes mariés le 7 juillet 1956. Il avait alors 21 ans. Dans la famille Sturbois, il y avait 16 enfants dont 11 ont survécu, 9 garçons et deux filles. La photo de mes beaux-parents se trouve toujours dans mon salon. A un certain moment, tous les frères travaillaient au charbonnage, nous avons vu 6 enfants. Yvon est retourné travailler à la mine mais seulement à la surface.

Après la fermeture de la mine. Il a connu le chômage puis il a été engagé à la commune. On lui donnait le travail du haut cimetière ce qu’il ne lui fallait pas. Le lieu du monument lui rappelait son frère et de ses amis. C’était devenu son lieu de travail.

Les souvenirs du passé revenaient le hanter. La peur l’envahissait de nouveau. Il a dû arrêter ce travail. Ainsi, toute sa vie a été marquée par cette catastrophe.

Il est décédé le 2 décembre 2007 suite à une thrombose à la tête. Il avait 73 ans.


Interview réalisée par Marie-Louise de Roeck.

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