
Le lundi 8 mai 1950 était une journée de chômage. Le personnel de maitrise travaillait et commençait à préparer l’outillage et les ventilateurs. Le mardi 9 mai, je lis dans le rapport que je dois aller rechercher le gros ventilateur appeler l’ouragan à l’étage 490 m, prendre une bérote* et un palan pour charger l’ouragan et l’amener à la chambre d’envoyage pour que les hommes désignés dans cette chambre puissent l’envoyer à 570 m.
On a décidé d’ouvrir le mur le mercredi 10 mai et j’explique pourquoi le perçage du mur a été reporté au jeudi 11 mai. Comme je l’ai dit plus haut, je suis allé chercher l’ouragan aidé du manœuvre, Alphonse Scherling. Arrivés aux environs de la deuxième chambre, il y avait des chariots de terre et nous avons laissé la bérote derrière ces chariots. Les hommes de la chambre du premier poste n’avaient pas été prévenus de la présence de la bérote derrière les chariots. Ils ont refoulé les chariots de terre dans le contour (galerie) pour eux faire passer leurs chariots. La priorité pour le poste du matin, ce sont les chariots de charbon à remonter à la surface. Il faut dire aussi qu’au poste de nuit, il n’y avait personne à l’envoyage. Le matin du mercredi 10 mai, je suis remonté et j’ai prévenu le chef porion Fernand Saint-Denis que l’ouragan était dans la chambre au niveau 490 m. J’ai fait mon rapport sur le travail que j’avais effectué la nuit et je suis rentré chez moi.
Comme d’habitude, le soir du mercredi 10 vers 20h30, je suis allé au charbonnage pour reprendre mon service. En arrivant, la première chose que je fis ce fut de me rendre au bureau pour lire le rapport. J’y suis très mal accueilli par le chef porion qui est très en colère. Je lui demandai de se calmer et que l’on puisse s’expliquer. Alors il me montre le livre de rapport en disant : « Lis ça ! Quel savon, nous avons reçu de la part du conducteur Herman Chapelle. De ta faute, ils n’ont pas ouvert une brèche dans le mur car il manquait l’ouragan ». Je lui ai expliqué qu’il était bien dans la chambre 490 mais derrière les chariots de terre. Alors lors de notre descente, nous sommes allés au mur à 570 m. Là, nous avons remarqué que deux hommes étaient allés chercher l’ouragan et l’avait amené près du mur à 570. Tout était prêt pour faire la brèche dans le mur mais le matin du 11 mai, nous recevons une engueulade du conducteur. C’est mon chef porion qui réplique de suite qu’il n’y a pas personne à la chambre au poste 3 et si les gens du matin avaient été prévenus, la bérote avec l’ouragan n’auraient pas été refoulés dans le contour.
La nuit, les cages d’ascenseur et les puits étaient occupés par les repasseurs du puits. Ceux-ci redressaient un guidonnage. Ce matin du 11 mai 1950, je m’en souviens comme si c’était hier. Le conducteur Monsieur Chapelle et le chef porion Fernand Saligo et le porion de la taille 27 Jean-Baptiste Duquesne étaient tous bien nerveux. Jean-Baptiste qui était pourtant mon ami ne voulait pas me parler car disait-il: « C’est de ta faute que la brèche n’a pas été faite dans le mur. » Le mercredi, il n’était pas venu au travail car il avait pris un jour de congé et c’est moi qui l’avait conduit au crédit ouvrier pour avoir tous les papiers nécessaires pour acheter sa maison. Bon revenons au matin du 11 mai. Lorsque Léon Saint-Denis rentrant dans le bureau me dit : « Ne vous en faites pas Jean-Baptiste. Maintenant tout est en place. Cela doit bien se passer. » J’ai rencontré sur le poste « le carré » Roukout et Vleyschman. Je lui dis que j’avais fait placer deux chariots vides à côté du mur plus un chariot de mortier et un tas de briques au cas où il faudrait reboucher de suite.
J’ai aussi croisé mon frère Georges qui était déjà à la lamperie pour prendre ses lampes. Il en prenait plusieurs car il organisait l’envoi des chariots vides vers le front de taille et les chariots pleins vers la chambre d’envoyage. Je crois que c’était Gustave Dauge, le second manœuvre pour ce travail. Ils étaient à 50 m environ du mur
Donc en passant près de lui, il me dit : « J’ai oublié mon tabac à chiquer ». Je lui ai donné mon paquet de tabac et je lui dis : « Le petit Jeannot, ça va ? » « Oui, me dit-il, avec un grand sourire, il m’a dit papa ! ». Son nouveau-né était âgé de 10 mois et je dis à mon frère : « A ce soir » car il venait m’aider à placer un nouveau carrelage chez moi.
Arrivé au bas de l’escalier, mon frère Yvon était accroupi près de la porte des vestiaires. Je lui ai demandé : « Qu’y a-t-il, Yvon ? » Il s’est mis à pleurer en me disant : « J’ai peur, Jean, je n’aime pas de descendre. » Moi, tout en retenant mes larmes, je lui répondis que moi aussi je suis descendu à 14 ans et qu’il fallait bien le faire pour aider nos parents à vivre. Ça me faisait très mal de le voir pleurer quand voilà notre frère Joseph qui arrive et ensemble nous lui avons remonté le moral et surtout dit des mots d’encouragement pour qu’il ne pleure plus. Joseph et moi l’avons regardé partir avec un cœur bien gros
« Tiens, me dit Joseph, nous n’avons pas vu notre frère Auguste ». Monsieur Raoul Petit nous dit : » Votre frère a pris un jour de congé de maladie hier ». À ce moment, on entend crier : « Julien Roland est arrivé. Que fait-on ? » Il était arrivé en retard et le porion du 27 répondit : « Qu’il aille à sa place au 27 et que Hiernaux reprenne sa place à 490 m ». Il avait été désigné pour remplacer Julien à la taille 27.
Mon frère Joseph et moi, nous avons pris nos vélos pour rentrer chez nous à la rue de Trazegnies à Courcelles. Je me suis mis au lit après avoir regardé le maçon placer quelques carrelages dans notre première pièce
À suivre
Jean le mineur