Absence de soutien, condescendance, paternalisme : qui peut croire les mots venant de ceux qui ne vont pas au contact et se contentent de donner des leçons à ceux qui vont au charbon ?

Quand trois académiques « condescendants » remettent « un instituteur un peu geignard à sa juste place »
Ainsi donc, après 17 années de pratique, un instituteur a eu l’audace de dire qu’il n’y arrivait plus, qu’il en avait assez des enfants-rois et des parents hélicoptères qui passent tout à leur petit chéri ou à leur princesse adorée.
On lit cet appel au secours, partagé par beaucoup de collègues, mais peut-être un peu excessif, avec intérêt et on se dit qu’il y a peut-être quelque chose à faire pour mettre fin à la situation telle qu’elle est décrite.
On pourrait donc se réjouir de voir trois ‘académiques’ (sciences de l’éducation et sciences politiques) réagir à ce témoignage. Hélas, on doit bien constater que la réjouissance sera de courte durée.
Condescendant
Premier constat, la réaction de nos académiques ne contient pas le plus petit mot de soutien à l’auteur du texte initial dont j’ignore qui il est et où il travaille. En revanche, une brève recherche permet de voir que deux des signataires, MM. Horemans et Pourtois sont professeurs d’université, le troisième est, peut-être, actif dans le ‘réseau Idée’, une ASBL de formation des enseignants aux questions d’environnement. On peut donc, au moins, supposer que deux des trois signataires ne sont pas professionnellement, appelés très souvent à se confronter tous les jours à des mômes de primaire.
Deuxième déception, le ton particulièrement condescendant utilisé dans le texte. On commence par citer Hésiode, pour bien montrer au lecteur qu’un académique possède, forcément, une maîtrise des lettres classiques. Ça fait sérieux et a, de surcroît, l’avantage de remettre cet instituteur un peu geignard à sa juste place, celle occupée par les prolétaires de l’enseignement fondamental.
Des académiques réagissent à la tribune de l’instituteur sur les « enfants les plus impolis et irrespectueux qui détiennent le pouvoir » à l’école
Constatons enfin que M. Libert a aussi droit à une leçon (un prêche ?) destinée à le convaincre qu’il n’a rien compris, que les enfants sont tous des anges, sauf ceux qui ne le sont pas, mais qu’alors ce n’est pas de leur faute ; qu’il faut être bienveillant, etc. Bref, toute la litanie qui empêche de faire respecter un minimum de règles nécessaires au fonctionnement paisible d’un groupe. À cela notre enseignant, qui semble ignorer le B.A. BA qu’on vient de lui rappeler, devra aussi faire dorénavant tout son possible pour respecter les parents même quand ils se montreront agressifs ou qu’ils organiseront du harcèlement via les réseaux sociaux contre lui.
Préjugés
Ce qui me désole dans ce texte paternaliste et pédant, c’est qu’il repose tout entier sur des préjugés qui empêchent la prise en compte des réalités du terrain. Je ne pense pas que M. Libert veuille rétablir le bonnet, encore moins les châtiments corporels. Il veut seulement bénéficier du respect auquel il devrait avoir droit comme professionnel de la part des géniteurs des enfants qui lui sont confiés et que ceux-ci cessent de se comporter comme des clients de supermarché mécontents du service qu’ils paient. Du respect aussi qu’un enfant devrait avoir pour un aîné.
J’ai commencé ma carrière en septembre 1968 dans une classe de 3e primaire, où les élèves se levaient quand un adulte entrait en classe et qui m’appelaient maître. Plus tard, comme inspecteur communal, j’ai dû gérer des dossiers disciplinaires. Parmi les plus étonnants, celui d’un élève de deuxième secondaire, particulièrement indiscipliné, que son école n’avait d’autre choix que d’éloigner. Nous avons choisi le refus de réinscription plutôt que l’exclusion en cours d’année, nous avons autorisé la présentation des examens de juin et de septembre, l’élève a pu se réinscrire sans difficulté dans une autre école. Tout ça n’a pas empêché les parents d’attaquer le pouvoir organisateur au tribunal de première instance pour réclamer des dommages et intérêts, et, déboutés, d’interjeter appel et d’être déboutés une deuxième fois!
Confronté à de telles réalités, le texte de nos trois académiques semble émaner d’une autre planète. Le métier d’enseignant est dévalorisé, la pénurie n’en finit pas d’augmenter et la seule cause de cette dégradation serait seulement l’autoritarisme de M. Libert et de ses collègues ? Qui peut croire cela, des gens gavés de théories qui ne vont pas au contact et se contentent de donner des leçons à ceux qui vont au charbon ?
Une opinion de Claude Wachtelaer, inspecteur – directeur honoraire (Département de l’Instruction Publique de la commune de Schaerbeek de 1995 à 2014)