
Si la flamme olympique et son relais sont devenus emblématiques des JO, leur histoire cache un lourd passé.
Ce 8 mai 2024, la France célèbre en grande pompe l’arrivée sur son territoire de la flamme olympique, venue tout droit depuis Olympie. Une grande cérémonie est organisée à Marseille pour l’occasion, avant de voir la torche être transportée triomphalement à travers l’Hexagone, et ce jusqu’à la tenue des JO, du 26 juillet 2024 au 11 août 2024. Un engouement général et pourtant, l’histoire de la flamme est loin d’être si belle qu’elle n’en a l’air. Car si elle a été créée par Pierre de Coubertin, le créateur des Jeux olympiques contemporains, elle doit sa popularisation … aux nazis !
Retour en arrière. Lors de la tenue des premiers JO, en 1896, pas de flamme à l’horizon. Ce ne sera d’ailleurs pas le cas pendant plusieurs décennies. Mais en 1928, alors que l’événement acquiert une réelle popularité internationale, cela change. C’est alors Amsterdam qui s’occupe de l’organisation, et la ville néerlandaise veut marquer les esprits. Anvers avait créé le serment olympique en 1920, Paris le village olympique en 1924. Cette fois-ci, ce sera la flamme olympique.
Selon la RTBF, Pierre de Coubertin a proposé l’idée en s’inspirant de l’histoire de Prométhée, qui a, selon la mythologie grecque, dérobé le feu des dieux pour le donner aux hommes. Selon l’helléniste Jean-Manuel Roubineau , la source d’inspiration proviendrait plutôt « de la course aux flambeaux par équipes, en relais (les lampadédromies, ndlr), discipline sportive en vigueur dans certaines cités, notamment à Athènes, mais pas à Olympie », explique-t-il au Monde. Mais cette course représentait une compétition, pas une cérémonie. « Il n’y avait pas de flamme olympique » durant l’Antiquité, insiste-t-il en ce sens, contredisant ainsi le site officiel des JO.
Des nazis séduits par la Grèce antique.
Au cours des éditions suivantes, les JO récupèrent ce nouveau symbole, mais toujours pas de relais à l’horizon. Pour cela, il faudra attendre les JO de Berlin en 1936. C’est à un théoricien du sport allemand, Carl Diem, qui en a l’idée. Il avait déjà créé un relais à la torche en 1922 aux « JO germaniques », les Deutsche Kampfspiele. Il s’inspire aussi d’un parcours avec une flamme réalisée à Sofia pour le millième anniversaire du premier tsar de Bulgarie en 1929.
En 1933, les nazis arrivent au pouvoir et l’organisation des JO semble en péril. Carl Diem, qui était déjà secrétaire du Comité d’organisation des JO, ne fait pas partie du parti national-socialiste, mais il s’en rapproche et propose au nouveau pouvoir en place de faire ce fameux relais entre Olympie et Berlin. Pour séduire, il ajoute à son projet un soupçon d’idéologie raciste. « Les Aryens considèrent que les Hellènes, en tout cas les Doriens, sont leurs cousins de sang », explique à Radio France l’historien du sport Patrick Clastres. « Les Doriens, ce sont ces Grecs du côté de Sparte et d’Olympie, qui ne sont pas les Ioniens du côté d’Athènes ; eux sont plutôt dans le camp de la démocratie. L’idée est vraiment d’établir un lien charnel. Et puis c’est toute la manifestation symbolique de la flamme de purification dans l’esprit des nazis : c’est la flamme de l’holocauste, qui va brûler tout ce qu’on veut détruire, et illuminer tout ce qu’on veut conserver et promouvoir ».
Le ministre de la Propagande, Joseph Goebbels, est séduit par l’idée, qui est retenue. Encore une fois, il n’existait aucun relais de la flamme durant l’Antiquité. Pourquoi aurait-il existé, puisque les jeux étaient toujours organisés à Olympie, et pas ailleurs ? Mais cela sert parfaitement l’idéologie nazie, qui veut puiser ses racines dans la Grèce antique. La flamme de 1936 est ainsi créée par les usines d’armement Krupp et allumée dans le sanctuaire de Zeus, le 20 juillet 1936, avant de traverser à pied l’Europe de l’Est jusqu’à Berlin.
La survie sur le fil du relais de la flamme
Après la guerre 40-45, pendant laquelle il n’y a pas eu de JO, le relais aurait pu tomber dans l’oubli. Mais cela n’a pas été le cas. Si les USA s’opposent à la nomination de Carl Diem au sein du Comité olympique, le théoricien du sport est protégé par l’absence d’appartenance officielle au parti nazi. Il a d’ailleurs pu continuer à travailler après-guerre de la République fédérale d’Allemagne (RFA) jusqu’à sa mort.
Ainsi, le fameux relais a pu survivre. « Il a été un symbole tellement fort, dans la magnification de l’héritage de l’Antiquité, que le CIO a préféré le conserver et passer à la trappe la propagande qui allait derrière », explique au Monde Sylvain Bouchet, auteur d’un livre sur Coubertin. Une tradition qui perdure jusqu’à nos jours.
Par Kevin Dupont
Extrait de moustique.be