Le parti Alternative électorale et justice sociale (WASG)

Trois facteurs ont conduit, en 2004, à la création, à côté du PDS, d’un nouveau parti de gauche en Allemagne : la crise du SPD, la nouvelle orientation des syndicats et la faiblesse du PDS en Allemagne de l’Ouest. Durant les années où il était au gouvernement, le SPD a perdu le tiers de ses membres, sa direction a gouverné contre la majorité de ceux-ci et de son électorat, en particulier ceux qui étaient proches des syndicats. Ces derniers avaient perdu, du fait de la politique gouvernementale néolibérale, leur principal partenaire politique. Et le PDS ne pouvait pas attirer les forces déçues par le SPD.

Cela a constitué l’étincelle initiale pour la WASG. L’alternative électorale était un creuset rassemblant des intellectuels de gauche, des scientifiques, des journalistes, proches des syndicats, avec une expérience chez les Verts, le SPD mais aussi le PDS de l’Ouest. Des forces de l’IG Metall  de l’Allemagne du Sud ont joué un rôle important. La création de la WASG était une réaction contre les contre-réformes néolibérales des partis dominants. Avec l’accord tacite d’une partie des directions syndicales, des cadres syndicaux intermédiaires ont cherché une possibilité de casser la position de monopole que le SPD occupait dans le champ politique.

Un nouveau parti apparaît, les élections fédérales de 2005

Lorsqu’après une nouvelle défaite dans une élection régionale, Gerhard Schröder a entamé en mai 2005 une fuite en avant en provoquant des élections anticipées au Bundestag, le calcul visait en partie à rendre impossible, en la privant du temps nécessaire, la formation d’un parti alternatif de gauche avant les élections. Mais c’est le contraire qui se produisit. Alors que pour les élections régionales du printemps 2005, le PDS et la WASG étaient encore en concurrence et avaient échoué nettement devant l’obstacle des 5 %  au printemps 2005, ils réussirent à former une alliance électorale en septembre 2005, sur les listes du PDS rebaptisées Linkspartei-PDS.

Une des clés du succès a été la candidature d’Oskar Lafontaine, l’ancien président du SPD, et Gregor Gysi, le dirigeant incontesté du PDS. Le résultat du scrutin – 8,7 % – fut significatif. Une majorité du centre et de la gauche était arithmétiquement possible, mais aussi bien le SPD que la Linkspartei la refusèrent.

Au printemps 2007, le PDS et la WASG ont juridiquement conclu l’unification déjà réalisée au Bundestag depuis 2005. Oskar Lafontaine et Lothar Bisky (jusque-là président du PDS) sont devenus coprésidents. Des statuts et des repères programmatiques ont été adoptés. Dans les sondages, le nouveau parti, Die Linke, atteint plus de 10 % sur l’ensemble du pays, 5 % dans presque tous les Länder de l’Ouest. Il est entré pour la première fois dans un parlement d’un Land de l’Ouest à Brême avec 8 % des voix et atteint entre 25 et 30 % dans les Länder de l’Est. Il s’est établi durablement dans le paysage politique de la République fédérale.

Le parti Die Linke propose aux syndicats de se libérer des liens unilatéraux avec le SPD. Avec Les Verts, il est de plus en plus le partenaire le plus important au Bundestag et dans nombre de Länder pour de nombreux mouvements sociaux. Il a remis avec efficacité à l’agenda politique officiel des revendications de gauche comme le salaire minimum, les retraites pour les personnes sans ressources, le refus à la participation aux guerres.

L’essor actuel de la Linkspartei peut conduire à un changement fondamental dans le système des partis. Comme le note Thomas Petersen, de l’Allensbacher Institut : « On reconnaît la profondeur de l’impact de la gauche dans le champ du SPD au fait que des compétences, que la population a reconnues au SPD depuis des décennies, sont aujourd’hui accordées au même titre au minimum à la Linkspartei . » Le graphique 1 montre clairement qu’il s’agit en fait d’un euphémisme, tout au moins pour les questions sociales. Pour beaucoup de partisans du SPD, il n’y a plus de doute, 40 % d’entre eux approuvent même l’affirmation selon laquelle le SPD a renié ses origines, n’est plus le parti des petites gens et des travailleurs, et ne se soucie plus que des intérêts de l’économie.

Ce qui s’est esquissé pour la première fois au cours des élections de 2005 peut être constaté maintenant dans la durée : dans l’opinion, la Linkspartei est presque sur un pied d’égalité avec le SPD pour les orientations de gauche classiques : l’État social, la justice, le dépassement du clivage riches-pauvres. Dans ces domaines clefs, le SPD a cessé d’être l’interlocuteur principal, notamment pour ceux qui sont au bas de l’échelle sociale.

Ces succès de la Linkspartei ne pourront cependant être stabilisés que si la capacité à incarner les intérêts et les thèmes aujourd’hui dominés va de pair avec la capacité de contribuer à la mise en œuvre d’une autre politique. Le succès donne des responsabilités. Ce qui sera décisif pour la Linkspartei sera de réussir à promouvoir un changement d’orientation politique en Allemagne. Cela n’est possible que dans le cadre d’une alliance entre le centre et la gauche.

Michael Brie, Traduction  Louis Weber
Extrait de Cairn.info

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