Une résistante carolo : Yvonne Ledoux

Yvonne, Ledoux, l’épouse de Joseph Leclerc, est née à Châtelineau le 4 août 1907.

Elle nous raconte: « Dès 1940, en septembre, j’ai formé mon premier groupe, à Châtelet, dénommé la « Légion noire ». Mon second groupe a été formé début 1942 à Montignies sur Sambre. Mon troisième groupe a été créé à l’Hôtel de Ville de Charleroi. Dès septembre 1940, j’ai commencé à recopier des articles de journaux, à rédiger des tracts contre l’occupant. Ce fut ensuite l’édition de journaux locaux  » Châtelet revue » et  » Braderie monstre » à Châtelet dénonçant les collaborateurs mais reprenant aussi d’autres informations, des faits divers… A cette époque, j’étais en rapport avec Désiré Desselier et d’autres membres du Parti Communiste comme avec les représentants de la région de la Légion belge. Les réunions se faisaient chez moi.

Nos premières actions consistaient en chaulage, de mots d’ordre, en distribution de tracts. Elles se sont alors étendues : à l’aide de rubans tricolores, nous ornions des pavés que nous lançions dans les fenêtres des rexistes. Les façades étaient maculées d’encre d’imprimerie et de goudron. Tant et si bien que les rexistes ont été obligés de placer une guérite sur le devant de leurs maisons avec un veilleur de garde. Cela ne nous empêcha pas de continuer.

Fin de l’année 1941, la Légion belge nous avait remis un plan du souterrain qui reliait les trois ponts de la Sambre. Pendant des mois, nous avons travaillé à ce projet de sabotage mais malgré les pompages d’eau. Nous avons été bloqués.

Après l’arrestation de nos jeunes camarades, je continuai à recopier, des articles de journaux, des tracts. J’ai récolté des fonds pour Solidarité. Ensuite, il m’a été demandé de quitter mon emploi chez un architecte et j’ai pu entrer à l’Hôtel de Ville, au service des œuvres sociales. Là, j’avais de nombreuses occasions de travailler pour la résistance. Je faisais des enquêtes pour le service ce qui me permettait de sortir, des interventions à l’Assistance publique pour des aides telles que l’ambulance, les soins médicaux ou l’hospitalisation.

Dès le début de mon activité, j’ai fait partie des « Passeurs d’hommes », ligne française, pour le rapatriement des évadés français. J’ai reçu mon brevet de passeur d’hommes, avec médaille, de même que le brevet, signé par le général de Gaulle de soldat sans uniforme. Des prisonniers soviétiques arrivèrent alors dans la région carolorégime.

Certains étaient hospitalisés, d’autres vivaient dans des camps et travaillaient au charbonnage. Il a fallu les secourir tant leur état était pitoyable. Nous avons recherché de la nourriture, des vêtements, des maisons d’hébergement pour assurer les évasions. Nous avons été amenés à faire évader l’infirmier du camp de Marchienne dont les activités avaient été découvertes par les gestapistes.

Blessé lors de son arrestation par une rafale de mitraillette, amené à l’hôpital civil de Charleroi, il a pu s’évader à l’heure de midi grâce à des complicités médicales et être acheminé au boulevard Jacques Bertrand. J’ai dû réquisitionner le docteur Sœur qui  l’avait opéré et que je ne connaissais pas. Puis il a été conduit dans d’autres hôpitaux de la région pour terminer parmi les blessés des charbonnages du docteur Noppius.

Nous avons aussi fait évader des prisonniers soviétiques de l’hôpital et des camps de Marchienne et du Vieux Campinaire. J’ai hébergé chez moi, un commandant, un lieutenant et un sergent de l’Armée Rouge. Avec eux, nous avions saboté les trains et des voies de chemin de fer de la gare de formation de Monceau. Nous avons désarmé des Allemands.

J’ai fait aussi plusieurs transports d’armes dans les carrières d’Haut-le-Vasti et dans le bois de Maffle.

Par ailleurs, j’ai contribué à l’hébergement de sept prisonniers soviétiques dans la tour Turenne de l’Hôtel de Ville de Charleroi. J’allais chercher leur nourriture, le soir à l’Université du Travail, donnée par la cuisinière Philo, soit à la gendarmerie de Charleroi par le gendarme Thomas.

Je procurais des cartes d’identité et de légitimation, des timbres, des secours.

Le 11 septembre 1943, mon groupe a réussi à faire une action d’éclat. Nous avons hissé le drapeau belge à la coupole centrale de l’Hôtel de Ville. Ce fut un grand événement. Les Allemands vinrent le retirer après 45 minutes. Trois résistants furent arrêtés. Ils ont toujours nié.

Le bureau du Front de l’Indépendance était bien organisé pour la libération avec téléphone secret. Tous ensemble avec les Russes, mon groupe de Charleroi et mon groupe, de Montignies, nous avons fait le coup de feu lors des combats de la Libération. Nous avons pris part, aux combats de Nalinnes, Fosse, Fraire,…

J’ai mis le bureau du Front de l’Indépendance en bon ordre puis celui des Partisans Armés comme secrétaire de Commandant de Corps. Je suis restée à l’Etat-Major jusqu’en 1945 pour reprendre ensuite ma place à de ville de Charleroi.

Extrait de « Femmes dans la Résistance », édité par le Musée national de la Résistance, Front de l’Indépendance

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