
Julien Lahaut, à l’époque secrétaire permanent à la Centrale liégeoise des métallurgistes, se lance avec fougue dans l’agitation sociale suscitée par la vague révolutionnaire qui suit la fin de la première guerre mondiale. Ses fonctions l’amènent à participer à de nombreuses grèves dans la région liégeoise.
Il se retrouve principal animateur du comité de grève au cours de la lutte des travailleurs d’Ougrée-Marihaye qui dura pratiquement toute l’année 1921. La grève fut reconnue avec réticences par la Centrale des métallurgistes avec le souci de la contenir et de la terminer au plus vite. La direction des métallurgistes contestait en effet l’efficacité de la grève en période de crise économique.
La grève durait depuis sept mois, lorsqu’on arrêta Lahaut pour atteinte à la liberté du travail. Pendant son incarcération, la Centrale syndicale obtint la cessation de la grève. La durée du conflit et son ampleur avaient épuisé la Centrale des métallurgistes – la grève avait coûté neuf millions de francs aux caisses syndicales…
Dès sa libération, Lahaut tente de ranimer la lutte ce qui servit notamment de prétexte à son exclusion du syndicat après une longue procédure. Lahaut bénéficiait d’une forte sympathie dans la classe ouvrière. Il rallie aussitôt autour de lui les éléments syndicaux les plus révolutionnaires et il crée une nouvelle organisation syndicale autonome à laquelle il donne le nom de Chevaliers du Travail compte tenu de ce que cette ancienne organisation avait symbolisé
Cette appellation « Chevalier du Travail » n’a plus rien à voir avec l’organisation primitive de l’Ordre mais elle donne au nouveau syndicat une auréole et un caractère original.
En 1923, à Charleroi, la Centrale des mineurs connaît une importante et inquiétante baisse d’effectifs – ceux-ci passent de 30.000 à 12.000 membres – et la situation des mineurs les rendent très sensibles à la propagande communiste. « La grève d’Ougrée-Marihaye – Comment on noyaute une organisation ? Comment on la pousse aux abîmes ? », brochure, Imprimerie coopérative de Huy, 1923. »
La Centrale se raidit vis-à-vis de ces groupes marginaux qui sont encore rassemblés au sein d’une Fédération des Chevaliers du Travail (dont le premier mensuel « La vie syndicale » paraît au début février 1923).
Le 27 février 1923, la Centrale organise à Charleroi une grande manifestation. Le meeting est perturbé par Lesoil et les communistes. Les esprits s’échauffent. Un mouvement de grève sauvage se déclenche dans quelques puits pour se terminer le 2 mai. Il est suivi d’une répression sévère qui touche surtout les militants syndicaux connus pour leur appartenance aux Chevaliers du Travail.
De nombreuses arrestations visent les militants communistes: Lahaut, H.Glineur, Lesoil et plus de 500 de leurs camarades. La machination policière vise à créer un nouveau « Grand Complot ». La manœuvre échoua et tous les inculpés furent acquittés le 9 juillet 1923. Lahaut avait, entre temps, adhéré au Parti Communiste immédiatement après l’affaire du « Complot ».
De cette façon, il apportait, en tant que secrétaire des Chevaliers du Travail, l’appui et le concours de son syndicat au Parti Communiste au moment même où les dirigeants des syndicats socialistes s’efforçaient d’éliminer les communistes de leurs organisations.
A suivre
Dr Jacques Lemaître