| Une exposition fut réalisée en souvenir de Jean Lagneau à l’occasion de la rénovation de la place de Souvret portant son nom. Tout comme Jean Lagneau, de très nombreux jeunes gens ont combattu pour notre liberté. Aujourd’hui, vu leur âge, les témoins immédiats ont presque tous disparu. Je souhaite rappeler la mémoire de personnes comme Benoît Michiels et Yvonne Forneville, son épouse qui ont milité jusqu’à leur dernier souffle pour crier aux jeunes » Plus jamais ça ! « . Comme notre ami Wilchar présent lors du vernissage, ils sont aujourd’hui décédés. La génération suivante, celle de Jean Denuit, président de la Maison de la Laïcité à l’époque et de la mienne souhaite transmettre le relais car nous avons besoin de vous, les plus jeunes. Toutefois, si les témoins disparaissent, les témoignages restent. Je vous conseille de chercher à visionner le film sur Breendonk où Wilchar retrace son enfer et celui de ses compagnons. Il a revécu ces moments douloureux où des hommes avilissaient d’autres hommes. Ces hommes étaient des Allemands mais aussi de bons Belges, Flamands ou Wallons, adeptes de Le Pen, en France, en Autriche, partisans de Haider ou encore, en Italie, membres du Parti de l’Alliance nationale de Fini. Wilchar, l’affichiste, Wilchar le peintre, Wilchar, l’impertinent, Wilchar, l’anar, Wilchar, l’affichiste, Wilchar, l’imagier populaire, Wilchar, toujours, est l’homme debout. C’est par sa peinture, ses gouaches qu’il témoigne de ses souffrances et de celles de ses compagnons de captivité. Son œuvre est aujourd’hui la propriété du Fort national de Breendonk. Et l’art dans tout cela? Il est vrai qu’il n’y avait pas de place pour l’art. Tenaillés comme ils l’étaient par la faim, dit Wilchar, nous enregistrions dans nos mémoires recettes de cuisine et adresses de restaurants. Quand Wilchar revient, il porte en lui ces remarquables dessins, témoignage qui est et restera unique de ce qui se passa à Breendonk. L’œil du peintre et le subconscient de l’artiste avaient tout retenu. Quelle fresque étonnante que celle de ces pauvres fantômes, silhouettes sans visage, qui vous serrent le cœur. Plus éloquentes dans leur simplicité apparente de lignes que dans une évocation trop réaliste qui eût seulement atteint les tripes. Ainsi fit Picasso dans » Guernica » qui, prenant ses distances, préféra faire comprendre aussi l’horreur de la guerre, par le cœur et l’intelligence. Ils ont voulu transmettre aux jeunes générations les dures leçons qu’ils ont tirées du fascisme et essayer de leur faire comprendre que la lutte pour la liberté est de la volonté de tous les jeunes. Je conclurai cet article prochainement par une série de réflexions sur la notion de liberté. Robert Tangre |

