Le terril du Cherbois, une vie animée

Terril des Hiercheuses

Vu en plan, le terril du Cherbois à une forme triangulaire, avec une des pointes orientées vers le nord-ouest. Cette configuration actuelle résulte des bouleversements successifs qui se sont produits au fil des années. Au début du siècle, le terril avait une autre allure, il affectait une forme plus allongée suivant un axe nord-ouest, sud-est. À l’extrémité de la face sud se trouvait la fosse numéro 6 et à 300 m environ de la face nord-ouest se situait la fosse numéro 5 de la Belle Vue. Le terril est enclavé par l’avenue Eugène Mascaux, la rue de la Tombe, la rue de la Villa Romaine, le périphérique et la rue des Hiercheuses.

Un petit cours d’eau appelé ruisseau Bataille prenait sa source dans une prairie voisine et longeait le côté ouest du terril avant de s’engouffrer dans un des collecteurs de la Belle Vue.

Le chemin des terrils longeait aussi ce côté. Les fosses n°5 et numéro 6 étaient reliés par une ligne de chemin de fer et ont contribué, au début, à édifier cette énorme butte de schistes houillers.? À quelle époque? Il nous faudra pour le savoir retrouver les monographies des charbonnages de Marcinelle Nord qui en retracent toute l’histoire. À noter cependant que la fosse numéro 5 de la Belle Vue connue a connu la première grande catastrophe minière de la commune. C’était le vendredi 1er août 1845 mais tout cela est une autre histoire dont nous reparlerons par la suite.

Revenons à notre terril. Avant la guerre 1940 – 45, et un peu après celle-ci, les gens de la rue des Champs et de la rue des Grogères l’appelaient le terril Napoléon. L’origine de cette appellation est inconnue.

Une autre légende en est bien même racontée par les mêmes personnes surtout les plus âgés qui attestaient que sous celui-ci gisaient les ruines d’une ferme espagnole. Etaient-ce les vestiges de la villa belgo-romaine apparaissaient encore à une certaine époque. Dès les années 30, au flanc nord-ouest, une dépression de terrain servit à l’épandage des immondices collectés dans le quartier de La Villette principalement. Il y aura là de quoi satisfaire les futurs archéologues. Ils y trouveront entre autres de la faïence et de la céramique du début de ce siècle.

La guerre survint avec son cortège de misère et de pénuries. Pour compléter leurs maigres ressources alimentaires, les habitants des rues des Grogères et du Foyer entreprirent de cultiver le terril, c’est-à-dire la pente nord-ouest qui avait une faible inclinaison. On y plantait des pommes de terre et quelques tomates.

La bande de terre située entre le chemin et la prairie Thomas était aussi cultivée. Un jour, au matin, en se rendant sur leur coin de terre, les colons du lieu trouvèrent leurs légumes sous une couche d’eau de 20 à 30 cm de profondeur. C’est que durant la nuit, un important glissement de schiste houiller avait barré le cours du ruisseau Bataille provoquant une retenue qui grandissait d’heure en heure. C’était la catastrophe pour les cultures de ces coins de terre. Seuls restaient ceux situés sur la butte. Néanmoins avec le temps, cela fit le bonheur de certains vu qu’un vaste étang se forma en amont du ruisseau ainsi disparu. Il devint vite poissonneux et devint une aubaine pour les pêcheurs du coin.


Durant les étés 1943 et 1944, des dizaines de personnes arrivées des rues des Grogères, Hoyas, du Foyer venaient tailler une bavette sur les bords de l’étang tandis que d’autres s’y baignaient. Quand on plongeait, il faisait nuit sous 40 cm d’eau tellement on avait remué la vase et les poussières de schiste.

Chaque jour, faute de loisirs, les gens venaient à Terril Plage comme on disait. L’hiver, on allait patiner. Un jour, la glace s’est brisée et on s’est retrouvé à plusieurs dans l’eau glacée

Entre-temps, d’autres éboulements se produisaient. Le terril avait fini par ensevelir deux petites maisons anciennement occupées par des émigrés polonais et le chemin de fer était effacé en grande partie de la carte.

Le terril contenait d’autre richesses. Il y avait le charbon que l’on allait glaner et aussi de la sciure de bois que l’on extrayait. D’où venait-elle ? Je n’en sais rien mais sur une belle surface s’étalait une couche de 60 cm environ. C’est dans de grands sacs qu’on allait la récolter. Certains s’en servaient comme combustible et d’autres pour amender la terre de leur jardin. Peu après la guerre, cette sciure fut recouverte d’une fine couche de terres schisteuses et sur sa surface entière, poussaient une quantité invraisemblable d’érigéron* du Canada qui fleurit de juin à septembre. C’est à un peu de distance de cet endroit que le 11 octobre 1973 fut découverte la villa belgo-romaine qui fut fouillée par le C.H.A.M.

Près de cet endroit une briqueterie fonctionnait toujours en 1944, elle était source supplémentaire de combustible car on tamisait les cendres produites par les feux de cuisson pour récupérer le charbon non brûlé

Revenons à la face nord-ouest à mi-hauteur d’une des buttes du terril, des habitants de la rue des Grogères Joseph Ghillain et Joseph Aldruide surnommé Skîte creusaient une profonde et longue tranchée car ils avaient trouvé là une grande quantité de charbon.

*L’Erigéron Karvinskianus est une plante vivace à très longue floraison pouvant se développer dans très peu de terre, et qui fleurit continuellement d’avril/mai à novembre à exposition ensoleillée. Cette vivace demande très peu d’entretien et exige un sol bien drainé.

Roger Nicolas

A suivre

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