
La période de deux ans d’exclusion temporaire était loin d’avoir fait dévier Viktor Orbán de ses positions illibérales. En novembre 2020, l’adoption du budget européen 2021-2027 et du plan de relance pour contrer les effets économiques du Covid-19, est remise en cause après le veto de la Hongrie et de la Pologne.
Un veto causé par le nouveau mécanisme de conditionnalité de versement des fonds européens au respect de l’état de droit. Pour Viktor Orbán, comme pour son homologue polonais Mateusz Morawiecki avec lequel il a fait alliance sur ce sujet, ce mécanisme aurait constitué une ingérence dans les affaires intérieures de son pays et, donc, une remise en cause de sa politique. “Nous n’avons pas créé l’UE pour avoir une deuxième Union soviétique”, n’a-t-il pas hésité à déclarer au micro de la radio d’Etat hongroise. Un compromis proposé par la présidence allemande du Conseil est finalement accepté en décembre par Budapest et Varsovie, permettant dans la foulée le déblocage du budget au Conseil européen.
Présenté comme une victoire par le Premier ministre hongrois, la proposition allemande a apporté des précisions au mécanisme de conditionnalité. Son entrée en fonction a été conditionnée à une décision de la Cour de justice de l’UE (CJUE), finalement rendue en février 2022 et qui a rejeté les recours hongrois et polonais contre le mécanisme. Et le 5 avril, la Commission européenne a annoncé la première activation du dispositif, uniquement à l’encontre de la Hongrie.
Viktor Orbán n’a ainsi pas fait reculer les Etats membres sur le principe même du mécanisme. Sa marge de manœuvre était en effet limitée, étant donné la dépendance de son pays aux fonds européens, le très fort attachement de certains Etats membres à cet instrument (Pays-Bas, Danemark, Suède, Finlande et Belgique) et la menace réelle d’un plan de relance mené à 25 au lieu de 27. Toujours est-il qu’au-delà de ce qu’il a concrètement gagné dans la bataille, le chef de l’exécutif hongrois a, encore une fois, réussi à marquer sa différence avec ses partenaires européens.
Largement réélu lors des élections législatives d’avril 2022
“Nous avons remporté une victoire exceptionnelle – une victoire si grande qu’on peut sans doute la voir depuis la lune, et en tout cas certainement depuis Bruxelles”. Au soir du 3 avril 2022, réélu triomphalement avec plus de 53 % des voix, Viktor Orbán savoure sa victoire par un énième pied de nez à l’UE. Avec son score, il conserve sa majorité des deux tiers au Parlement. Une configuration qui lui permet notamment de modifier la Constitution comme il l’entend.
Pourtant, le dirigeant hongrois n’avait jamais vu son avenir politique aussi incertain que pour ce quatrième mandat successif. Et pour cause : une très grande partie de l’opposition s’était unie pour le battre. La coalition était menée par le conservateur Péter Márki-Zay, désigné au terme d’une primaire où la victoire du maire écologiste de Budapest Gergely Karácsony avait été un temps pressentie. Des partis de centre droit, des sociaux-démocrates ou encore des écologistes avaient ainsi apporté leur soutien à un candidat unique.
Dans la dernière ligne droite de ce scrutin, cette opposition talonnait de près Viktor Orbán dans les sondages. Beaucoup parmi ses opposants lui reprochaient sa proximité avec Vladimir Poutine, qui a envahi l’Ukraine à partir du 24 février, alors que la Hongrie fait partie de l’UE et de l’Otan. Refusant que des armes à destination des Ukrainiens ne transitent par son pays, le candidat à sa réélection leur avait rétorqué que sa position permettait au pays de ne pas s’immiscer dans une guerre dont il devait se tenir le plus possible éloigné. Couplée à des gestes pour préserver le pouvoir d’achat des Hongrois (gel du prix des carburants à partir de novembre 2021, de celui de six produits alimentaires de base à compter de février…), qui suivent eux-mêmes des mesures de plus long cours (hausse du salaire minimum, retraites réévaluées ou encore prime de naissance pour le troisième enfant), la stratégie de Viktor Orbán s’est avérée payante. Appuyée par le narratif de médias presque tous pro-gouvernement, elle s’est en effet imposée haut la main.
Seule ombre au tableau pour le chef de gouvernement, un référendum controversé sur la “protection de l’enfance” organisé le même jour que les élections législatives, invalidé faute de participation. Le vote s’est tenu pour plébisciter une loi adoptée en juin 2021 interdisant la “promotion” de l’homosexualité et de la transidentité auprès des mineurs, qui a valu à l’exécutif hongrois de nombreuses condamnations internationales et une procédure d’infraction de la Commission européenne. Si les quatre questions posées ont recueilli plus de 90 % de “oui”, seuls 44 % des électeurs y ont participé, soit moins des 50 % nécessaires à la validation du référendum. En 2016, un vote référendaire sur l’accueil des migrants, lui aussi dirigé contre Bruxelles, avait connu le même sort. Peu importe pour Viktor Orbán, qui compte bien rester un pilier des droites radicales européennes pour au moins plusieurs années supplémentaires.
Jules Lastennet, mis à jour par Boran Tobelem
Extrait du site « touteleurope.eu »