Pour rejoindre le troupe de l’autre côté de la rivière, il fallait la traverser à la nage. beaucoup d’Allemands ayant enlevé le capote tentèrent l’aventure plutôt que de se retrouver prisonniers des rouges. Pour un grand nombre d’entre eux, ce fut la fin et ils disparurent dans les remous de l’eau glacée. Les prisonniers russes, eux, utilisèrent, un vieux stratagème paysan, au lieu d’enlever leur capote, ils la déboutonnèrent et l’étalèrent sur la surface de l’eau. Ils arrivaient de l’autre côté sans trop de risques. La capote avait calmé les remous qui avaient entraîné tant de soldats allemands dans la mort.
« C’en était bien de trop! Ce n’était plus le genre de guerre qui aurait plu aux volontaires bourguignons. De chasseurs, ils étaient devenus proies. Certains désertèrent . D’autres préférant une automutilation, à cette guerre atroce, se tirèrent un coup de fusil dans le pied pour pouvoir être rapatriés au titre de blessés de guerre . Deux d’entre eux, reconnus coupables de ce genre de dérobade furent jugés comme déserteurs.
Les débris de la Légion, regonflée de quelques derniers volontaires et de prisonniers de guerre belges qui pensaient ainsi retrouver leur famille plus tôt furent engagés dans des combats dernière garde. Réduite à un squelettique bataillon, pour la Légion wallonne, ce n’était plus le moment de parader. Seul, Degrelle fut reçu par le Führer et put se prévaloir d’une croix de fer.
Le Prévôt de la jeunesse rexiste, Hagemans*, le dauphin du Fourex** était resté dans les neiges et les boues d’Ukraine. Après la chute de Berlin et la capitulation des Hitlériens, les survivants de la Légion wallonne tentèrent de regagner la Belgique. Beaucoup se faisaient passer pour des victimes des camps de concentration ou du travail obligatoire. Mais c’était sans compter sur la vindicte populaire.

| Nestor Giot |
Peu d’entre eux échappèrent aux tribunaux militaires.
Plus tard, pour rencontrer un désir d’apaisement, les autorités judiciaires des années 1950-51, en libérèrent une grande partie malgré les protestations des résistants. Ce fut le cas d’Edmond. Il avait partagé les risques de ses compagnons et il avait eu la chance de s’en sortir sans mal. Condamné par le tribunal de guerre de Liège, il passa quelques mois en prison puis fut libéré à condition de quitter Liège. Il fut assigné à vivre à Charleroi et ne pouvait plus retourner chez lui. Il échoua à Marcinelle. On ne sait trop comment, il décrocha une place de garde-barrière. Il travaillait au passage à niveau de l’avenue Mascaux non loin de la Maison du Peuple. Ce passage à niveau demandait beaucoup de manœuvres de barrière car les trains de charbon venant des fosses de Monceau-Fontaine se dirigeaient vers les installations de triage de la rue des Hiercheuses.

| Ledoux Yvonne |
De l’autre côté des voies, à 10 m de sa logette, Edmond voyait l’Osteria***. Il profitait du voisinage pour aller y prendre un verre, le travail terminé. Les clients le connaissaient mais sans rien savoir de son passé. Un jour, au cours d’une conversation, il fit part à deux militants communistes de son intention d’adhérer au PCB. Nestor Giot, responsable politique de la section de Marcinelle du parti se remémora cependant avoir eu écho du passé douteux de l’individu. Yvonne Ledoux, secrétaire du commandant du Corps des partisans armés de Charleroi, lui en avait déjà touché un mot.
Marcel et Robert reprochèrent à Edmond ses activités au sein de la légion. Edmond fit son mea culpa assurant qu’il avait agi en toute bonne foi croyant vraiment les bobards de la propagande allemande au sujet de la défense des valeurs de la civilisation chrétienne. Il disait ignorer tout des atrocités commises par les nazis. Par ailleurs, son éducation l’avait toujours conduit à la défense de la veuve et de l’orphelin. Ses protestations ne convainquirent pas Nestor. Que savait-on de ce qu’il avait pu faire dans les plaines d’Ukraine ? Il était gangrené jusqu’à l’os. Qu’il aille se faire pendre ailleurs ! Cette anecdote montre combien après la guerre, il fallait se méfier des gens qui essayaient de se refaire une virginité.
*Maurice (John) Hagemans, né en 1914 et décédé en 1942, est un rexiste (à partir de 1936) belge qui a été le dirigeant de la jeunesse rexiste. Il est tombé en Russie au sein de la Légion Wallonie.
** Fourex ; surnom donné à Léon Degrelle, chef de Rex, parti wallon d’extrême droite
***Osteria ; petit restaurant
Roger Nicolas
A suivre