Les activités du Maréchal des Logis chef Brognon durant la campagne de 1940 à 1945

J’ai l’honneur de vous rendre compte ci-dessous de l’activité du Maréchal des Logis chef Brognon (3446 à Roux) au cours de la campagne de 1940 à 1945 et spécialement au cours de son séjour en France

Le Maréchal des Logis chef Brognon était attaché au service de liquidation des Récupérations militaires à Bruxelles au 79 rue Joseph II depuis 1938 jusqu’au 10 mai 1940. Il a quitté Bruxelles le 13 mai 1940 en compagnie du 1er Maréchal des Logis chef DAMS pour accompagner un transport des archives du service susdit. Ce transport consistait en un convoi de 7 camions qui furent dirigés d’abord sur Ostende puis vers la frontière française à Sainte-Adresse pour arriver aux environs de Poitiers le 21 mai 1940.

À cette date, le Maréchal des Logis chef Brognon a été mis à la disposition du cabinet du Premier ministre installé à Poitiers, rue de Blossac, numéro 15. Cet immeuble servait hôtel particulier à tous les ministres belges et le service de la gendarmerie consistait dans le contrôle et l’identification des personnes se présentant chez les ministres.

Le Maréchal des Logis chef Brognon assurait ce service en compagnie d’un autre gendarme dont il ignore le nom. Ce service a duré jusqu’au 4 juin environ. Les ministres ont quitté Poitiers quelques jours avant mais le Chevalier Pierre Van Outryve d’Ydewalle, chef de cabinet du Premier ministre est resté sur place avec les archives qui étaient entreposées dans les caves de l’hôtel.

Vers le 19 juin 1940, trois camions militaires belges sont venus prendre les archives pour les conduire à Dax. Le Maréchal des Logis chef Brognon assurait la direction du convoi. Il dut intervenir auprès d’un chauffeur militaire qui s’était enivré en cours de route. Le Chevalier d’Ydewalle contrôlait le convoi tout le long du parcours à l’insu des préposés.

L’arrivée à Dax c’est effectué sans incident vers 18 h le même jour. Dans la soirée et sous une pluie battante, le Chevalier d’Ydewalle a conduit les camions vers un endroit ignoré des convoyeurs pour mettre les archives en sécurité. Le Maréchal des Logis chef Brognon a pu se rendre compte que la cachette se trouvait dans les caves d’un couvent des sœurs situés dans les environs immédiats de Dax mais dont il ignorait l’endroit exact.

Il a aidé au déchargement et à la mise en place des caisses concernant les archives. Ces caisses ont été scellées en présence du Maréchal des Logis chef Brognon à Poitiers par des agents de la police judiciaire de Charleroi et portait comme marque distinctive une couronne royale gravée au fer rouge sur le couvercle.

La nuit passée dans le camion, le Maréchal des Logis chef Brognon est allé trouver le Chevalier d’Ydewalle pour lui demander des ordres espérant pouvoir rester avec le chef de cabinet et rejoindre l’Angleterre en sa compagnie.

Le 20 juin 1940, il a reçu du Chevalier comme ordre de mission de se rendre à Sauveterre-en-Guyenne où se trouvaient les ministres. Sa mission étant terminée, il reçut l’ordre de rejoindre un groupe de gendarmes belges sous les ordres du capitaine commandant Bovens.

Chargé par celui-ci de la garde d’un dépôt d’essence militaire à Castelmoron, il y est resté, abandonné, avec trois gendarmes après que le groupe du capitaine commandant Boyens eut franchi la ligne de démarcation le 22 juin 1940 bien que son ordre de marque stipulât qu’il serait rappelé dès que la colonne se mettrait en mouvement.

Recueilli par le Baron capitaine commandant de Gemelinne de Meux, il a été fait prisonnier par les Allemands le 30 août 1940 à Parroy-le- Monial et dirigé sur le Stalag 2 B où il est resté jusqu’au 18 mai 1942 rapatrié par train sanitaire.

Le Maréchal des logis chef Brognon n’ignorait pas l’importance des archives cachées. Il ignorait l’endroit exact de la cachette mais aurait très bien pu la retrouver s’il l’avait voulu. Il aurait alors pu échapper aux rigueurs de la captivité en livrant aux autorités ennemies le secret dont il avait connaissance. Il a accompli la mission qui lui fut confiée avec une discrétion et un zèle exceptionnel faisant l’admiration des autorités qui le commandaient.

J’ignore si la conduite du Maréchal des Logis chef Brognon est susceptible d’être récompensée par l’octroi d’une décoration. Cependant, j’estime que cette conduite peut être citée en exemple à tous les membres du corps de la Gendarmerie. Je propose que le Maréchal des Logis chef soit cité en exemple à tous les membres du corps de la gendarmerie.

Je propose que le Maréchal des Logis chef  Brognon soit cité aux ordres du Corps avec la mention suivante: « A fait preuve d’un bel esprit de discipline militaire en acceptant les rigueurs de la captivité plutôt que de dévoiler à l’ennemi l’endroit où il savait être caché durant l’occupation les archives de la Cour et du Gouvernement belge. »

Ce rapport fut rédigé par le sous-lieutenant Bernard, commandant le district de gendarmerie de Marchienne-au-Pont et transmis au Commandant de la Compagnie de gendarmerie de Charleroi pour être dirigé vers le Ministère de la Défense nationale

Document rédigé le 30 novembre 1946

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