Les séquelles de l’occupation

Au lendemain de la Libération, le cheminement du ravitaillement ne s’améliorera pas comme on l’avait espéré. Certaines marchandises comme le beurre ou le charbon se faisaient, à certains moments, plus rares que pendant l’occupation. Le gouvernement Pierlot- Spaak n’était pas capable de mettre au pas les saboteurs économiques de tout poil. Certains dirigeants industriels et trafiquants du marché noir s’étaient fait les collaborateurs de l’ennemi à la seule fin d’engranger de super bénéfices au détriment des ouvriers dont on maintenait très bas les salaires.

Les syndicats étaient interdits par les nazis. Bonne aubaine pour ces maîtres de jurande sur qui ne pesaient plus les menaces de grève. Néanmoins, certaines éclataient ainsi que des manifestations. La plus mémorable de celles-ci fut la démonstration de force organisée par Julien Lahaut à Liège au mois de juillet 1940. Plus de 5000 travailleurs défilèrent dans les rues au nez et à la barbe de l’occupant. Ils réclamaient un meilleur ravitaillement

A la Libération, tous ceux qui s’étaient enrichis dans la collaboration voulurent continuer le petit jeu en organisant un sabotage systématique et intelligent dans les organismes industriels et à la campagne. On provoquait des pénuries artificiellement afin de surenchérir les produits de base les plus élémentaires. Tous ces gens constituaient, ce qu’on appelait à l’époque la 5e colonne et leurs activités pernicieuses ne pouvaient être que bénéfiques aux Allemands aux abois. Cela ne faisait que retarder l’échéance de leur défaite. C’est ce que comprenaient les ouvriers, les employés et les paysans honnêtes qui participaient à l’effort de guerre en améliorant la production afin de mettre un terme le plus vite possible à cette guerre et permettre le retour des milliers de prisonniers de guerre, de prisonniers politiques et de déportés qui se trouvaient toujours en Allemagne.

Il fallait donc réprimer l’activité néfaste de ces anciens collaborateurs. C’était le plus souvent les partisans qui se chargeaient de leur mise à la raison. C’est ainsi que les partisans de Roux qui contrôlaient la région de Clermont découvrirent chez un gros fermier, un stock de 55 tonnes de blé qu’il ne voulait pas écouler alors que les  300 g de pain alloués aux habitants des villes étaient insuffisants. Les autorités, prévenues, ne pouvaient rien faire, disaient-ils, car aucune loi n’autorisait à réquisitionner. Un peu partout dans les champs, c’est du froment qui germait dans les gerbes. Certains gros fermiers retardant le battage, spéculaient  ainsi sur une maigre récolte. 

À Pont-de-Loup, par exemple, les partisans organisèrent eux-mêmes le ravitaillement de la population au prix officiel. Les résistants mirent aussi fin au trafic d’un fermier de Courcelles qui vendait son beurre à 400 francs le kilo*. Sur la place du marché de Châtelet, un boucher vendait, au noir, de la graisse pour les frites à 300 francs le kilo. Un grossiste de la même localité stockait du froment qu’il revendait à 15 F le kilo.

La ration de beurre était de 150 g par habitant. C’était peu. Pourtant du beurre, il y en avait. Un grossiste de Marcinelle était « cueilleur » dans les fermes de Grandrieu. Au lieu de répartir équitablement son beurre parmi la population, au prix officiel de 40 à 45 francs, il poussait une pointe jusqu’à Bruxelles où il revendait sa marchandise à 600 francs le kilo. Il fut, pour cela, écroué d’autant plus que sa balance était truquée.

Chaque semaine, à Grandrieu, 1037 kg était entreposés à l’administration communale. En tenant compte, que des quantités semblables étaient récoltées dans d’autres localités, les membres de la  résistance avaient calculé qu’on pouvait porter la ration de matière grasse de chacun à un kilo minimum.  On préférait spéculer.

À propos de blé, il se passa en 1944 une chose ahurissante: Renders, grand maître après Canivet des charbonnages de Monceau-Fontaine possédait plusieurs ares de céréales repartis autour de plusieurs charbonnages. Chaque jour, pendant 8 heures, des ouvriers quittaient leur travail pour aller battre des cymbales dans les champs afin de chasser les moineaux. On se serait cru en 1440, lorsque les seigneurs faisaient battre l’eau des étangs et des fossés entourant le château afin d’empêcher les grenouilles de troubler leur sommeil par leur croassement.

Roger Nicolas

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