Etats-Unis : 5 ans après, où en est le mur de Trump ?
Symbole de l’ère Trump, la construction du mur entre les Etats-Unis et le Mexique a été brutalement stoppée en janvier 2021, lorsque Joe Biden est arrivé au pouvoir. Mais un an après l’investiture du démocrate, certains chantiers ont tout de même repris.

C’était l’obsession de Donald Trump, durant son mandat. L’ex-président républicain avait fait de la construction d’un « beau et grand mur » , le long de la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique, une mesure phare pour lutter contre l’immigration illégale. Un projet stoppé net à l’arrivée au pouvoir de Joe Biden, en janvier 2021, quatre ans après le lancement des travaux.
Pourtant, un an après l’investiture du démocrate, des travaux ont repris sur certaines portions du mur. Retour, en images, sur un symbole anti-immigration, dont l’efficacité reste à démontrer.
725 km de mur érigés sous Trump, à peine 83 km vraiment nouveaux
Le projet d’un mur entre les Etats-Unis et le Mexique ne date pas de Trump : un peu plus de 1.000 kilomètres de barrière ont été bâtis (sur 3.144 kilomètres de frontière) sous Barack Obama, George W. Bush et Bill Clinton, dès les années 1990. La promesse de Donald Trump portait sur l’extension et le renforcement de cette barrière, avec la construction de 1.600 kilomètres supplémentaires, le tout aux frais des Mexicains.
Cinq jours seulement après sa prise de fonction, le 25 janvier 2016 , le président républicain signait un décret fixant comme objectif de « sécuriser la frontière sud des Etats-Unis grâce à la construction immédiate d’un mur ». Les travaux sont lancés dans les quatre Etats frontaliers au Mexique : la Californie, le Nouveau-Mexique, l’Arizona, et au Texas, qui comprend les deux-tiers de la frontière, et où l’administration de Trump peine à obtenir les autorisations nécessaires pour la construction (seules 40 % des terres sont obtenues).
Quatre ans plus tard, en janvier 2021, 725 kilomètres de barrières, dont 83 seulement sont entièrement nouvelles, ont été construits, selon un rapport du service des douanes et de la protection des frontières . Un chantier colossal, qui a nécessité quelque 600.000 tonnes d’acier, pour un budget estimé à près de 17 milliards de dollars – selon le ministère de la Défense – payés par… le contribuable américain.
Joe Biden veut bousculer la politique migratoire du pays
Sous son administration, « pas un centimètre de mur ne sera construit ». C’était la promesse de campagne de Joe Biden, aux antipodes de celle de Donald Trump. Et dès sa prise de fonction, en janvier 2021, le nouveau président démocrate signe plusieurs décrets en ce sens, et s’engage en outre à bousculer la politique migratoire du pays.
L’administration Biden, qui juge que l’immigration est une force pour les Etats-Unis, promet l’annulation de nombreux textes de l’ère Trump. Cela pourrait faciliter la naturalisation de millions de personnes déjà installées aux Etats-Unis. La Maison Blanche veut aussi casser la mécanique de l’immigration illégale.
Trois millions de dollars par jour pour surveiller des travaux à l’abandon
Mais l’arrêt des travaux a un coût. Le journal américain « The Atlantic » a estimé, en décembre 2021, que l’administration Biden dépense jusqu’à 3 millions de dollars par jour pour rémunérer les sous-traitants afin qu’ils surveillent les chantiers à l’abandon. Le matériel abandonné aurait coûté 350 millions de dollars. Le ministère de la Défense chiffrait, dans une note parue en avril 2021, des frais de suspension et de résiliation à 1,4 milliard de dollars.
Des pertes impressionnantes, qui ne viennent rien arranger au désastre écologique dénoncé par les organisations de défense des animaux, lié à la pollution des chantiers, qui défigurent les paysages et mettent en danger des dizaines d’espèces.
Malgré la promesse de Biden, des travaux reprennent
En décembre 2021, l’administration Biden annonce qu’elle comblera certains trous dans la barrière, et qu’elle achèvera la construction de certaines infrastructures connexes, rapporte l’agence de presse Bloomberg . Des travaux justifiés pour des raisons de sécurité et d’environnement. Le ministère de la Défense, à qui sont confiés ces travaux d’urgence, est en charge de terminer les routes de patrouille, d’entretien et d’accès, et de connecter l’électricité aux portes actuellement non fonctionnelles.
Outre cette reprise des travaux – dénoncée comme une « trahison » par les opposants au mur – des initiatives locales voient le jour. Comme au Texas, où le gouverneur Républicain Greg Abbott, fervent sympathisant de Donald Trump a décidé de poursuivre la construction du mur sur le territoire texan.
Une poursuite des constructions, surtout symbolique, qui vaudra au gouverneur de recevoir la visite de Donald Trump, en juin 2021.
La crise migratoire a repris de plus belle
L’efficacité d’un tel mur reste à démontrer. Sous Donald Trump, les chiffres de l’immigration illégale ont baissé, mais pas forcément en raison du mur. En effet, ce sont surtout les lois anti-immigrations qui bloquent les migrants du côté mexicain de la frontière. Une politique baptisée « Remain in Mexico » (rester au Mexique), qui dresse un mur administratif dissuasif pour les candidats à l’immigration.
Sous l’administration Biden, la crise migratoire a repris, après un coup d’arrêt lié au Covid, à un niveau record. Selon le centre de recherche Américain Pew Research Center , les gardes frontaliers américains ont intercepté en 2021, plus d’1,6 million de passages clandestins à la frontière (arrestation ou expulsion), soit plus du quadruple du nombre de l’exercice précédent et le total annuel le plus élevé jamais enregistré. Plus de nationalités sont recensées à la frontière, notamment les migrants haïtiens. Des milliers d’entre eux se sont fait refouler à la frontière en septembre 2021.
Carole Bibily, Sebastie Mastrandreas
http://www.lesechos.fr