Des murs (2)

Israël-Palestine. Le mur qui a bétonné une paix impossible

Depuis les années 2000, la politique menée par le gouvernement de Benjamin Nétanyahou s’est durcie et a réduit les chances de concrétiser la solution de deux États. Le mur commencé il y a quinze ans a bétonné une paix impossible

Sur un tracé de 708 km, environ 500 km de murs ont été réalisés Il s’agit à 95 % d’une haute clôture, mais dans les endroits urbains, comme ici à Bethléem, le mur est en béton et atteint 9 m de haut.

Il y a quinze ans, Israël lançait la construction d’une « barrière de sécurité » provisoire… Elle a durablement enraciné l’annexion de territoires. Un État palestinien n’apparaît plus viable.

Les raisons du mur

L’idée émerge au plus fort de la seconde Intifada (2000-2006). Israël est confronté à des attentats-suicides très meurtriers, perpétrés par des kamikazes palestiniens venus de Cisjordanie et de Gaza. L’objectif est d’ériger une barrière hermétique le long de la « ligne verte » d’armistice, reconnue par l’Onu, qui sépare Israël des territoires occupés en 1967 (Gaza et Cisjordanie).

Réticente, la droite du Premier ministre d’alors, Ariel Sharon, qui ne veut pas que cette barrière entérine la frontière avec un futur État palestinien, finit par s’y résoudre. Dès le départ, il est prévu d’intégrer, côté israélien, près de 10 % de la Cisjordanie, notamment des colonies, situées jusqu’à 23 km derrière la « ligne ». Face au tollé dans le monde (on parle d’un « mur de l’apartheid »), Israël répond qu’il s’agit d’un ouvrage défensif, et « provisoire », admis par le droit international.

Plus de grillage que de béton

Sur un tracé de 708 km, environ 500 km ont été réalisés presque en totalité à l’intérieur de la Cisjordanie. Il s’agit à 95 % d’une haute clôture renforcée de barbelés et équipée de capteurs. Tout le long, une route militaire permet à l’armée israélienne d’intervenir rapidement. Dans les secteurs urbains (Qalqilya, Bethléem, Jérusalem…), la barrière prend la forme d’un mur de béton qui peut aller jusqu’à 9 m de haut.

De provisoire en 2003, la « barrière de sécurité » entre l’Etat hébreu et les territoires palestiniens est devenu un mur de séparation qui fixe aussi les annexions.

Une efficacité limitée

Le nombre de civils tués par des Palestiniens des territoires n’a cessé de reculer au fil des années de la construction. Preuve de son utilité et de son efficacité, pour Israël, où l’édifice fait consensus à l’exception d’une petite minorité de gauche. Ses détracteurs relèvent que la baisse des attentats est d’abord due à la fin de l’Intifada et que le mur n’a pas empêché des attaques meurtrières.

Un enfer pour les Palestiniens

On estime que 50 000 Palestiniens vivent du côté israélien du mur, physiquement coupés de la Cisjordanie, à moins de passer par des check points à l’ouverture aléatoire. Au nom de la sécurité d’Israël, des paysans ont vu le mur se dresser entre leurs villages et leurs champs. Le mur s’ajoute aux 150 colonies juives qui mitent la Cisjordanie, et contribue à la fragmentation méthodique du territoire palestinien.

Un condensé de l’inextricable

Après l’occupation de la partie Est de la ville en 1967, Israël a fait de « Jérusalem réunifiée » sa capitale, que les États-Unis de Trump s’apprêtent à reconnaître, en opposition au consensus international.

À Jérusalem aussi, le mur ne suit pas le tracé de la ligne verte et empiète sur les territoires palestiniens). Il ne respecte pas non plus la propre limite municipale fixée par Israël lors de son annexion de 1980 ! Il exclut ainsi 80 000 Palestiniens de Jérusalem, qui vivent à Kufr Aqab ou dans l’ex-camp de réfugiés de Shuafat. La barrière défensive apparaît de plus en plus comme un nouveau tracé frontalier.

Le gouvernement israélien hésite à achever la partie qui inclut d’énormes blocs de colonies, comme Maale Adoumim à l’est de Jérusalem. « Terminer la barrière reviendrait à enfoncer un dernier clou dans le cercueil d’un État palestinien », préviennent les ONG israéliennes B’Tselem ou Machsom Watch, qui documentent la colonisation.

Extrait du site internet de https://www.ouest-france.fr/

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