Le meurtre du 18 août (suite 38)

À la morgue de Courcelles

Dépouille de M. Hoslet

Les assassins partis, un silence lugubre planait sur le théâtre de la tragédie.  Les gens se taisaient avec stupeur.  Le soleil s’était levé et ses rayons commençaient à darder sur les blessures des morts. Sous son action, les figures ensanglantées se noircissaient et les signes de la décomposition se hâtaient d’apparaître

Peu à peu, les voisins se risquèrent à jeter un regard. Bientôt, les voilà devant l’horreur du spectacle: des corps étendu sur le dos ou sur le flanc… Chacun se dirigeait vers les cadavres dans le plus grand silence et s’apitoyait sur le sort des martyrs.

Survint alors une voiture du garage de la Ville de Charleroi transportant Monsieur le Commissaire en chef Plumier et Monsieur Jacques Jacquemin, le secrétaire communal.  Après avoir inspecté les lieux, ils s’en retournèrent à Charleroi. Monsieur Plumier téléphona à la police de Courcelles et demanda à Monsieur Meurée, le commissaire adjoint de prévenir la Kreiskommandatur. À 7h 30, la police courcelloise ainsi que des agents de police de Souvret arrivèrent sur place

Le policier Dumont téléphona à la police judiciaire de Charleroi. Devant l’absence de réponse, il  interpella la Kreiskommandatur. Ces derniers ordonnèrent de ne bouger à rien mais peu de temps après, un nouveau coup de téléphone demanda aux policiers de faire transporter les victimes à la morgue.

Monsieur Jules Pèlerin, commissaire de Courcelles, réquisitionna deux véhicules  de la commune pour le transfert des corps.  Les dépouilles des malheureux furent chargées, déposées à la morgue et étendues sur de la paille. Six hommes furent chargés d’accomplir cette triste besogne.

Entre-temps, certaines familles avaient été prévenues et souhaitaient se recueillir sur les corps des suppliciés. Monsieur Tihon, substitut du procureur du Roi demanda à Monsieur Francaux, juge au Tribunal de 1 ère Instance de faire prendre des photographies des cadavres.

Constatant que la tête de chacun d’eux était méconnaissable, Monsieur Meurée de Courcelles convoqua les Sœurs de la Charité de Sarty pour faire la toilette funèbre, du moins laver les têtes et leur rendre au moins un aspect humain. Elles furent aidées dans cette triste besogne par Monsieur Deltence, le fossoyeur communal et d’une infirmière.

Les corps avaient été recouverts par deux longues bâches laissant les pieds à découvert. Le spectacle d’ensemble était fait pour inspirer l’effroi : tous étaient atteints à la nuque ou à la tête. Les Sœurs de Charité ayant apporté deux seaux et des draps de lit se mirent à laver les visages pour les rendre reconnaissables. Le travail fut long et pénible car le sang coagulé adhérait à la peau. Au fur et à mesure qu’on les lavait les figures des pauvres personnes redevinrent reconnaissables.

Les Soeurs découpèrent dans chaque vêtement une petite pièce pour rendre possible l’identification des corps.  Elles remirent en outre au commissaire les objets qu’elles avaient trouvés dans les vêtements. C’est à ce moment qu’il fut possible de prendre la photographie des corps, tâche qui fut confiée à M Doulier, photographe, domicilié sur la place du Trieu à Courcelles.

Les corps furent transportés sur une planche recouverte de paille pour les photographier. Le travail terminé, on remit les corps dans la morgue et un agent de police fut posté dans la rue à l’entrée du cimetière. Les photographies servirent à identifier les corps. Lors de l’enquête judiciaire , les clichés soumis aux meurtriers qui, certains, placés face à l’image de leur victime ne purent refuser de les reconnaître. Certaines de ces photos furent reproduites dans la presse belge et ainsi connues du grand public

Pendant ce temps,  prévenues, les autorités allemandes avaient décidé de creuser une fosse commune et d’y entasser les cadavres tels quels. Toutefois, peu après, les Allemands revinrent sur leur décision et autorisèrent les familles  à reprendre les  corps. Le commissaire Meurée fit signer par un responsable par famille une attestation stipulant qu’ils respecteraient les conditions émises par la Kommadantur.

On imagine facilement la surprise, la terreur, la tristesse, sentiments  éprouvés par un père, une mère, un fils, un frère ou un parent de se trouver face aux victimes d’une barbarie sans nom dont le corps fut mutilé, la figure abîmée alors que deux jours auparavant, ils étaient en parfaite santé. On ensevelit les corps et on les déposa dans un double cercueil pour les ramener chez eux. À 10 h du soir, tous les morts avaient été repris par leur famille.

Un résumé effectué par Robert Tangre

A suivre

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