Les histoires d’un militant de Marcinelle (suite n° 11)

Un meeting au quartier de l’Asie à Marcinelle.

Cette même année, Georges Glineur, député de Courcelles, programma un meeting au quartier de l’Asie. Une jeune femme, nouvelle adhérente au parti, proposa de venir avec son autoradio et d’introduire le discours.

Le jour convenu, tout était en place. La femme commença son introduction lorsqu’elle remarqua une auto de la police qui débouchait de la rue de la gare. Elle ne savait pas  qu’à chaque meeting, la police devait être présente. Le policer descendit et « Oh ! surprise : c’était son mari. « 

Elle était devenue militante du PC et son époux l’ignorait. Tandis que son mari lui dardait des yeux furibards, elle conserva son sang-froid et continua.

Georges Glineur était plus estomaqué qu’elle et en moralisateur, il nous fit plusieurs reproches. Le mari dont la bienséance nous interdit de citer le nom ne dit rien et s’en retourna. Le soir, au domicile des époux, cela dut barder.

Fête champêtre à Goutroux.

Tout comme à Marcinelle, les communistes et la Jeunesse populaire de Goutroux organisaient une fête annuelle. Un beau jour de l’été 1951, un samedi, Angèle Parée vendait le Drapeau rouge à  la Belle Vue et aux Grogères. Par sa voix tonitruante, elle s’annonçait de loin. Elle vint frapper chez Pierre où nous étions en réunion à plusieurs copains. Elle nous vendit un journal puis nous annonça que les camarades de Goutroux organisaient leur fête et les avaient invités, son compagnon Raymond et elle. Elle nous proposa de nous joindre à eux

Nous connaissions des jeunes de Goutroux mais pas leur fête. Nous acceptâmes avec plaisir. Dans l’après-midi, nous sommes donc partis tous ensemble, à pied, vers cette localité, trajet qui nous prit un bon bout de temps, pas mal de kilomètres à nous « taper ».

La fête se tenait dans une prairie située à droite du Tienne Piron. Elle appartenait à un couple déjà âgé, A. et Jeanne Huberlant , propriétaires d’une petite ferme.

On avait installé un plancher pour les danseurs et quelques baraques foraines : le traditionnel tire-à-pipe, une baraque pour la tombola et quelques tables et chaises. Ce qui comptait, c’était la chaude ambiance qu’allaient créer les petites-filles de nos amis. On les appelait «  les filles Gouverneur » quoiqu’elles n’étaient pas toutes de la même famille. La Jeunesse communiste de Goutroux avait une particularité : elle ne comptait que des filles. Autre particularité, ces jeunes femmes avaient toutes, elles aussi, fréquenté l’école catholique.

Le matin, un foulard rouge sur la tête orné de la faucille et du marteau, elles s’étaient rendues à l’église pour évoquer le saint de service afin que ce dernier nous gratifie d’un temps ensoleillé. Il faut croire que leur prière fut convaincante car le temps fut superbe durant ces deux journées de fête.

La fête battait son plein lorsque Maurice Magis qui était présent , lui aussi, se souvint de cette fameuse danse d’apache que nous avait apprise notre camarade Jeannine. Je fus donc sollicité avec ma sœur Huguette pour l’exécuter devant nos amis de Goutroux. Ces exploits acrobatiques nous fatiguèrent et c’est durant plus d’une demi-heure que nous restâmes affalés devant une bonne chope de bière.

Ce fut ensuite un rock endiablé qui nous fit comprendre que nous étions encore bien jeunes et que nous pouvions nous surpasser. Tous les couples présents s’en donnèrent à cœur joie sur la piste de danse. Parmi le public, il y avait une jeune fille que nous avions dénommée «  Celle à la jupe à fleurs ». Elle excellait dans l’art d’exécuter le rock, danse nouvelle pour nous et chacun de nous s’empressait de devenir son partenaire. Elle était vêtue d’une ample jupe ornée de grosses fleurs rouges, jupe qui prenait de l’ampleur dans les mouvements les plus endiablés.

Ma sœur Huguette crut comprendre que suite aux regards que je portais à cette jeune femme , j’aurais pu tomber amoureux d’elle  et la choisir comme charmante épouse.  Hélas comme on le verra plus tard, le destin fut tragique pour cette jeune et jolie demoiselle.

La soirée arrivait, la fête se terminait doucement  et comme nous nous amusions toujours, Angèle et Raymond s’en retournèrent pédestrement à Marcinelle, en nous souhaitant de bien nous amuser. Vers deux heures du matin, la grand-mère de Jeanne nous proposa de loger chez elle. Dans sa vaste cuisine, elle étendit des couvertures sur le sol, et tous, garçons et filles, nous nous allongeâmes par terre. Pas question d‘effectuer des gestes incongrus vis-à vis des filles, le grand-mère, mi-somnolente dans son lit surveillait au grain ayant toujours à portée de main son fameux « courti ». D’où provient ce mot ? C’était un noueux et solide bâton de frêne qu’elle nous aurait asséné sur la tête s’il l’eût fallu.

L’éclairage public dessinait l’encadrement de la fenêtre sur le mur de la cheminée. Cella apportait une faible lueur dans la cuisine et permettait de mettre en relief le petit père Staline bien en évidence dans son cadre argenté sur la cheminée. Il pouvait jeter ainsi un œil attendri vers les enfants de la révolution sagement endormis.

Le réveil se fit tard le matin. La grand-mère nous avait préparé un bon bol de cacao fumant avec de bonnes et larges tartines de son fameux pain de campagne dont elle avait le secret. Ce fut merveilleux. Elle cuisinait ce bon pain de 3 à 4 kg dans son four à bois ce qui lui conférait cette saveur délicieuse d’autant plus qu’elle ne lésinait pas sur le beurre. Tout le pain y passa entièrement.

Elle aura certes dû dire à ses petites filles : « Une fois mais pas trop souvent ». Il est vrai aussi qu’on lui rendit la pareille en remettant tout en ordre après la fête. Celle-ci ne se termina toutefois pas trop tard car le lendemain était jour de travail.

A suivre.

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