Nos activités culturelles

Dans les années 50, il y avait un groupe de danses folkloriques polonaises à Marcinelle. Ce groupe était dirigé par Maria qui habitait la rue Neuve. Certains d’entre nous en faisaient partie. Avec eux, nous avons organisé des bals au salon du XII. Ce groupe se produisait partout. Une cousine de mon épouse en fit partie et bientôt, il compta plus de Belges que de Polonais car Maria et ses copains s’en étaient retournés en Pologne
Plus tard avec ma fille Françoise, j’ai organisé un bal polonais avec un autre groupe dans la salle de la Maison du Peuple de Gilly. A cette occasion, Anne-Marie, militante de Goutroux vint avec une amie pour nous renforcer. Cette personne s’appelait Greta et était d‘origine allemande. Elle n’avait pas 12 ans lorsque sa mère se réfugia en Belgique, fuyant la RDA. Devenue adulte, Greta désapprouva sa mère, qui disait-elle , avait agi de façon irréfléchie croyant faire fortune chez nous. Lorsque sa mère devint vieille, elle l’eut à sa charge car sa maman n’avait droit à aucune pension. C’est la raison pour laquelle Greta, la transfuge malgré elle, regretta toujours son pays d’origine et nous épaula dans toutes nos actions.
Le Cercle Rénovation de Dampremy.
Ce cercle dramatique jouait des pièces en wallon. J’en faisais partie ainsi que d’autres de mes amis. Une des pièces, la plus importante de celles que nous avons jouées, s’intitulait « L’amour autour du monde ». C’était une pièce en huit actes dont le régisseur était Armand Letellier de La Docherie . Dans les scènes en wallon, je tenais un petit rôle secondaire. Par contre, je devais exécuter des danses folkloriques de plusieurs pays . Un petit groupe de danseurs fut formé et c’est Jeanne Papleux de la Quairelle à Jumet qui nous les apprenait. Jeannine avait été danseuse aux Variétés à Charleroi. Les thèmes de la pièce étaient : « L’amour aux Etats-Unis, au Brésil, en Italie, en Pologne, en URSS, à Paris et enfin en Wallonie. »
Dans l’acte « L’amour à Paris » , je portais un pull très décolleté qui laissait apercevoir un gros foulard rouge à carreaux. Avec une casquette retombant sur l’oreille , j’étais paré pour une danse d’apache. C’était une danse acrobatique que j’ai répétée plusieurs fois chez Jeannine qui contrôlait chaque geste. C’était une danse assez brutale, aussi me fallait-il une partenaire solidement bâtie. Gilberte, une jeune fille anglaise qui habitait Jumet fit très bien l’affaire
Malheureusement, une semaine avant la représentation, sa mère tomba gravement malade et elle dut s’en occuper. Il fallut lui trouver une remplaçante. C’est ma sœur Huguette qui prit la place et Jeannine dut faire son apprentissage en catastrophe. Cela a toutefois très bien marché et la pièce fut réussie le jour de la représentation.
Pendant les répétitions, Marcel Dagnicourt de Roux devait chanter les deux chansons d’amour qui lui étaient dévolues. Sa sœur venant de gagner un cachet radiophonique, Marcel se croyait issu d’une grande famille de chanteurs . Il travaillait aux ACEC et c’est dans les WC de l’usine qu’il répétait son rôle. Il chantait comme une carafe fêlée et les ouvriers qui vidangeaient à ce moment les urinoirs, riaient de bon cœur en l’écoutant brailler ses rengaines.
Lors de l’avant dernière répétition, Armand Letellier se tourmenta et lui dit : « Tu chantes faux ». Mais il était trop tard pour lui trouver un remplaçant. Dans l’acte « L’amour en Wallonie », Marcel dut faire une déclaration d’amour en wallon à ma sœur Huguette. Il la tenait dans ses bras et lui débita son boniment. Comme il était réellement amoureux, ce fut une réussite et il fut vivement applaudi. Il avait tenu son rôle à merveille.
La danse d’apache ayant connu un tel succès, cela fit germer une idée dans la tête du camarade Maurice Magis. Nous étions en 1952,et il nous fallait préparer des élections communales et organiser une série de meetings. La plupart du temps, ces interventions n’étaient pas autorisées. Nous ne pouvions donc pas les annoncer en distribuant des tracts.
L’idée de Maurice était d’attirer les gens sur les places publiques en organisant un petit spectacle de danses. Il prendrait la parole par la suite. Il sollicita donc mon aide ainsi que celle de ma sœur. Nous avons ainsi organisé notre danse d’apache sur la place des Haies à Marcinelle., au quartier de la Violette à Dampremy, sur la place de Heigne à Jumet et sur celle des Aiselies à Roux.
Sur cette dernière, des gendarmes se sont amenés. Nous pensions qu’après ma danse, nous serions obligés de donner notre carte d’identité. Au lieu de cela, ils nous remirent à ma sœur et moi un billet de 50 FB comme soutien. Maurice put alors tenir son discours comme le spectacle avait plu.
A suivre
Roger Nicolas.