Oppositions idéologiques
Le groupe des camarades qui avaient formé la section de la JPB n’avaient pas renié leurs origines. Quand l’école catholique de la Villette organisait sa fancy-fair annuelle, nous y assistions toujours. Nous y retrouvions nos anciens condisciples et nous buvions un bon verre tous ensemble. Les dames patronnesses se souvenaient de nous et se promettaient d’entamer une série d’ » Ave Maria » pour le retour au bercail des brebis égarées. Il faut croire que les prières n’atteignirent pas le Très Haut . Un jour, Pierre Gaspard, bourré, se permit une petite fantaisie de mauvais goût : il se permit d’uriner contre le comptoir du Cercle Saint Joseph. Il ne trouva son salut que grâce à ses jambes puisqu’il fut poursuivi jusqu’au bout de la rue Defuisseaux.

Evidemment, nous n’étions pas d’accord avec ce genre de provocations. Nous nous sommes fait engueuler de Bolcheviks, préparateurs du grand soir. Nestor Giot n’était pas d’accord non plus avec ces sortes de virées d’autant plus qu’il nous avait remis le livre « « L’Education communiste « de Makarenko afin de parfaire notre formation.
Lucien Henri de Mont-sur-Marchienne très regardant sur la morale fulmina quand il apprit l’histoire car il avait amené sa fille Ginette à la JPB et demandait qu’on lui donne une bonne formation marxiste. Cependant Ginette lorgnait plutôt vers la gent masculine que d’attacher plus d’importance aux principes fondamentaux de philosophie de Politzer qu’on nous avait conseillé d’étudier. Indépendamment de cela, elle devint une bonne militante et vendit, à elle seule, une quarantaine de revues « Jeune Belgique » qui était le journal de la JPB .
Nous avions donc toujours voulu rester corrects vis-à-vis de catholiques mais un jour, cela faillit tourner mal pour nous. Nous étions en plein moment de l’affaire royale et nous avions placardé dans tout le quartier des affiches proclamant « Vive la République ».

Cela était interdit et les plus excités du PSC cherchaient à savoir qui avait collé afin d’user de représailles. Mon père entendit le dénommé Lambert dire : » Si je vois un portrait de Staline placé à une fenêtre, je jetterai un pavé dedans ». Mon père lui répondit : « J’en ai justement une et je vais la placer à ma fenêtre. On verra alors qui osera lancer un pavé chez moi. »
Cela se tassa mais un jour une militante, Georgette, épouse d’un conseiller PSC proposa d’aller coller des affiches communistes sur la palissade en tôle des ACEC. Elle voulait faire enrager son mari qui était un coureur de jupons renommé.
Le PSC Alterman la menaça d’une procédure d’excommunication*. Il me menaça de la même sanction car disait-il, nous étions tous dans le même sac. Ce ne furent que paroles en l’air. On oublia cette affaire et nos rapports avec les catholiques ne furent pas vraiment mauvais. Georgette, quant à elle, passa par la suite au PSB.
Quand j’allais coller aux ACEC, je passais souvent boire une bonne pinte au café de la place où se réunissait Alterman et sa bande de catholiques. J’entrais alors avec mes affiches sous le bras et un seau de « pâpe » à la main. A part quelques sourires moqueurs, on ne me fit jamais la moindre remarque.
*Sa Sainteté le Pape Pie XII vient de décréter l’excommunication majeure contre tous les communistes militants qui seraient catholiques. Ce qui signifiait qu’ils n’avaient plus droit aux sacrements et autres secours de l’Église.
A suivre
Roger Nicolas