La résistance du charbonnage du Bois du Cazier

Durant la guerre, l’action des résistants avait évidemment pour but de causer le plus de torts à l’occupant. Cela pouvait se faire de diverses manières : actions à main armée contre des soldats ou des collaborateurs, sabotages, renseignements fournis aux alliés, etc. … Mais pour les actions de sabotage, il fallait des explosifs capables d’anéantir d’un coup des équipements difficiles à remplacer.

Valentin Tinclair

Si dès le début du conflit , des communistes s’organisèrent individuellement pour résister, c’est après l’attaque de l’URSS par l’Allemagne le 1 er juin, 1941 que le Parti communiste entra en action. Les cellules de propagande se réfugièrent dans la clandestinité et devinrent autant de cellules de combat, bien organisées et ayant l’expérience de la vie secrète de gens pourchassés.

Dans le pays de Charleroi comme dans les autres régions de vieille tradition ouvrière, le Parti communiste comprenait de nombreux membres plus ou moins déterminés mais en nombre suffisant en tout cas pour constituer une armée secrète.

Cette organisation comprenait une partie agissante, les Partisans armés, les Milices patriotiques et une organisation de soutien, le Front de l’Indépendance ou F.I. chargé de récolter fonds, armes, fausses pièces d’identité ou autres documents.

Raoul Baligand et Victor Thonet étaient des dirigeants des partisans armés au pays de Charleroi et, précisément en ce début de 1942, ils cherchaient l’occasion de se procurer des explosifs pour attaquer l’appareil de production de l’ennemi. Ils avaient bien reçu des armes de Londres qui les distribuaient parcimonieusement. Un fossé séparait en effet le gouvernement de Londres et ses adversaires politiques d’hier. Les communistes recevaient donc peu d’aide.

Avant la guerre, Tinclair, le leader communiste de Couillet était souvent venu haranguer les ouvriers du Bois du Cazier lors d’élections ou à l’occasion de manifestations pour de revendications sociales. Nombreux étaient les mineurs affiliés au Parti communiste. Une cellule bien organisée s’activait.

L’arrestation de Tinclair avait rompu un instant le lien qui liait le Parti communiste à ses adhérents mais Baligand et Thonet savaient qu’ils pourraient compter sur l’aide de ces militants, le moment venu. Au mois d’avril, c’est par ce canal qu’ils reçurent une information bienvenue. Les Allemands, soucieux de mettre hors de portée les matières explosives sachant que celles-ci pouvaient être utilisées contre eux, répartissaient des dépôts de poudre nécessaire dans des salles souterraines.

Comme il n’y avait pas d’issue que par les puits, ils ne pouvaient s’imaginer que quiconque puisse avoir l’idée de les dérober dans un endroit si bien clos.

Peu après, sous le commandement de Baligand et Thonet, douze partisans se sont retrouvés dans un endroit bien désert aux petites heures du matin., le cimetière communal de Marcinelle, rue des Sarts à peine à 150 m des installations du puits St Charles du charbonnage du Cazier où 300 kg de dynamite et 200 détonateurs étaient entreposés. Quel beau feu d’artifice en perspective. Une partie devait d’ailleurs être immédiatement utilisée pour faire sauter les machines d’extraction. Les ouvriers devaient remonter par les échelles.

Victor Thonet

Transportée au dehors par les partisans, les caisses furent passées par-dessus le mur du cimetière Marcinelle et cachées dans deux caveaux accueillants d’où ils les  retirèrent une semaine plus tard quand les Allemands cessèrent les recherches devenues inutiles. Il faut dire que quatre P. A . avaient parlé espagnol, devant les ouvriers faits prisonniers dans la chaufferie. Cette langue inconnue avait laissé supposer aux feldgendarmes qu’il se serait agi d’un groupe de parachutistes anglais. Où étaient-ils donc passés ?

Ici, il reste un petit mystère à éclaircir Raoul Baligand assure avoir enlevé 300 kg de dynamite en paquets de 25 cartouches de 100 grammes et de 2000 détonateurs ;

Or , Jean Place, dans un livre récent sur la ville de Charleroi rapporte que suivant un rapport de l’OKW, le groupe avait emporté 527 kg de dynamite, 27 kg d’explosifs légers et 3681 détonateurs ordinaires. Quel intérêt auraient eu les Allemands à gonfler le chiffre de ce qui leur avait été soustrait ?

Outre la destruction de la salle des machines, ce rapport signale aussi la destruction de deux machines à vapeur et des installations électriques . Comme prévu, ce coup d’éclat eut un grand retentissement parmi la population qui avait bien besoin de se remonter le moral.

Un traître infiltré parmi les P.A. dénonça plus tard huit des douze partisans aux Allemands. Ils furent arrêtés et six d’entre eux furent fusillés dont trois en représailles lors de l’exécution du bourgmestre rexiste du grand Charleroi, Teughels , le 19 novembre 1942. Trente otages avaient été fait prisonniers à cette occasion, et envoyés à Tournai où certains restèrent près de deux ans.

La recrudescence des attentats dans la région de Charleroi fut évidemment le résultat du vol des explosifs : la Fabrique de Fer le 15 avril, les ACEC le 25 mai, les bureaux du Sicherheitdienst, avenue Meurée à Marcinelle le 22 juin par exemple.

Nous connaissons quelques noms des participants au coup de main du Cazier : Raoul Baligand qui était devenu lieutenant dans l’armée républicaine espagnole avait acquis l’expérience des combats de partisans au sein des Brigades internationales. Il devint Commandant national de L’Armée des partisans.

Victor Thonet lui succéda comme commandant du Corps de Charleroi lorsque Baligand fut envoyé dans la région du Centre pour y organiser un Corps semblable à celui de Charleroi. Arrêté fin décembre 1942, il fut fusillé le 25 avril 1943. C’est lui qui avait exécuté Teughels le 19 novembre 1942.

Franz Michiels et son épouse

Franz Michiels*fut fusillé aux côtés de Thonet le même jour. Il avait exécuté Demaret  le bourgmestre rexiste de Ransart. Ce personnage était coupable d’avoir livré des centaines de patriotes à la police allemande. Lors de son exécution, Franz avait 27 ans.

René Genaux fut fusillé le 1 er avril 1943. Il avait assuré le transport d’armes et de dynamite jusqu’au jour de son arrestation le 22 juillet de l’année précédente.

Yvon Malevez fut exécuté , lui aussi, le 20 avril 1943. Les trois partisans exécutés le 27 novembre 1942 en représailles à l’exécution de Teughels étaient Gustave Derard, François Lambert et Joseph Boulanger.

Jean-Marie Schaenen de Gilly avait organisé un groupe de résistants dès le début de l’occupation. Cette cellule s’appelait l’ABCG ou «  Les Amis Bien Choisis de Gilly » mais qui se lisait aussi « Anti Boche Club Gillicien » . Il fut arrêté en octobre 1942 à 20 ans . Il fut interné au camp de Breendonk où il fut torturé. Lors du X -ème anniversaire de sa prise de pouvoir, Hitler fit un geste. Sur un ordre transmis à Von Falkenhausen, gouverneur allemand de la Belgique, il fit libérer un pourcent des détenus politiques. Le sort fut favorable au Gillicien qui fut libéré le 30 avril 1943.

Un Polonais, ancien des Brigades Internationales faisait aussi partie du groupe. Il s’appelait curieusement « Gramatika ». Était-ce un pseudonyme ? On ne connaît pas son sort.

Roger Nicolas

*Oncle de nos camarades Jeanne, Catherine et Jean-Pierre Michiels. La famille paya un lourd tribut pour sa participation active à la résistance. 

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